blog.zamir.fr  /  блог.замир.фр

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

dimanche 21 janvier 2018

Rando avec vue sur le toit de l'Europe / Прогулки с видом на крыше Европы

En chemin au-dessus de Terskol Margarita Suvorova : "Эльбрус" (chant karatchaïevo-balkar)

De Terskol, sans permis, on ne peut monter que du côté nord de la rivière Baksan. Le chemin pour l'observatoire du pic Terskol partait de juste derrière notre gîte.

Juste en amont du village, un garde fait payer 300 roubles (moins de 5 €) un ticket d'entrée valide dans les parcs nationaux du secteur. Ensuite, si on monte tôt le matin, c'est tranquille, et la vue est superbe. En montant dans la forêt de pins du Caucase On monte d'abord dans une forêt de pins qui sentent aussi bon que là où on s'est fait refouler, puis le chemin passe le long de petites barres de colonnes basaltiques. Colonnes basaltiques sur les flancs de l'Elbrouz Et enfin, en amont d'une belle cascade nommée "Dievitchy kosy" (tresses de jeune fille), on commence à avoir une belle vue sur l'Elbrouz, ou Mingi-Tau en karatchaïevo-balkar. Les 2 sommets de l'Elbrouz vus du pic Terskol

Pause pique-nique sur un divan-balcon de roches volcaniques Si vous avez bien suivi les épisodes précédents, vous ne pouvez plus ignorer que c'est le plus haut sommet d'Europe, et même plutôt 2 fois qu'une avec ses 5642 m (sommet ouest) et 5416 m (sommet est).

Dans le dernier tronçon sous l'Observatoire Terskol, on peut couper droit dans la pente, même sans bâtons et avec un bras quasi-invalide (enfin, sans le chariot-pulka, faut quand même pas exagérer) : les blocs volcaniques soudés à chaud depuis environ 700'000 ans sont bien stables, et cette roche dure et rugueuse accroche très bien sous les semelles Vibram.

Du pic Terskol (3127m), on voit bien les sommets frontaliers en face, dont l'Ushba qu'on aurait bien aimé voir de plus près. Vue du pic Terskol. Au fond, on aperçoit l'Ushba Les bâtiments autour de l'Observatoire ont l'air à moitié abandonnés, mais il est encore en service.

Le dôme de l'Observatoire Terskol (3127m)

En redescendant l'après-midi, on a croisé des cohortes de touristes lève-tard. Souvent ils ne montent que jusqu'à la cascade pour prendre une douche rafraîchissante. La cascade 'Dievitchi kosy' en heure de pointe Et comme ce sont très majoritairement des randonneurs russes, ils se promènent avec leur sidoushka aux fesses, La sidoushka est un accessoire très populaire chez les randonneurs russes ou parfois sanglée sur ou sous leur sac. Sidoushka portée sur ou sous le sac à dos

Randonneurs-alpinistes russes assis sur leur sidoushka Pour mémoire, si vous aviez raté l'épisode au sujet des sidoushki de ma petite promenade en Sibérie : une sidoushka sert de coussin pour s'assoir confortablement sur n'importe quel sol en cours de route. C'est un accessoire très populaire chez les randonneurs russes, et ça fait partie des trucs que j'ai adoptés au cours de mes voyages.

Sidoushka Dekatlon made in Russia Ce qui est fabuleux, c'est que Décathlon, qui a ouvert un magasin dans une dizaine de villes de Russie, s'est mis à commercialiser des sidoushki Dekatlon, alors que cet article est introuvable chez Décathlon en France. Pour info, la sidoushka Dekatlon de luxe aluminisée est à 189 roubles (à peine 3 €), et la version de base moitié moins chère.

Avis aux amateurs : à mon avis, c'est une affaire qui pourrait marcher très bien à Grenoble !

vendredi 29 décembre 2017

Quatrième rencontre avec les pogranitchniki / Четвёртая встреча с пограничниками

Vallée du Tcherek Bezengskyi > Aydamir Mugu & Aslan Tlebzu : "Седовласый Кавказ"

Va falloir que je me bouge ou que je fasse un résumé plus court, sinon je risque de ne pas avoir terminé le blog des vacances 2017 avant les vacances 2018 ! Mais soyez indulgents pour la lenteur des mises à jour : les séquelles de mon accident de mars dernier me gênent encore pour écrire, j'ai récemment chopé une tendinite au coude droit en cherchant à ménager mon épaule droite...

Retour Bezengi - Naltchik : bain de pieds dans la boue entre 2 marshrutkas Bref, après ces belles journées à Bezengi, on est redescendues en marshrutka jusqu'à Naltchik, avec une correspondance marshrutka - bain de pieds - marshrutka dans un lacet où la piste était coupée par une coulée de boue. Notre deuxième conducteur a gentiment fait un arrêt au gué suivant pour qu'on se lave les pieds à l'eau claire.

Ushba (4710m), face sud vue de Géorgie De là on a enchaîné directement pour Verkhnyi Baksan parce que le conducteur, après avoir déposé tout le groupe dans un lieu inconnu à Naltchik, nous a proposé un tarif honnête pour aller jusqu'à notre destination suivante. De Verkhnyi Baksan, on peut remonter l'Adyrsuu jusqu'à un autre confortable alplager , et passer un col pour rejoindre la vallée de l'Adylsuu d'où on devrait avoir une belle vue sur l'Ushba, l'équivalent du Cervin dans le Caucase.

On attend le funiculaire au débouché des gorges de l'Adyrsuu La remontée de la vallée commence par un funiculaire rustique, qui doit débiter au maximum 4 à 6 voitures par heure en période de pointe. La piste continue ensuite dans une forêt de pins qui sent super bon. Et là, juste avant un petit pont qui re-franchit la gorge de l'Adyrsuu, on rencontre un point de contrôle des permis zone-frontière. On n'ira pas plus loin : le garde-frontière (pogranitchnik en russe) nous apprend que notre permis n'est pas valide dans ce district. :-( Zut, zut, zut, on ne pourra pas aller bivouaquer dans une clairière qui sent si bon le pin, ni admirer la face nord de l'Ushba...

Cabane de garde-frontière entre l'alplager et le glacier de Bezengi L'agence de Vladikavkaz nous a remis nos permis sans même vérifier qu'ils correspondaient à ce qu'on avait demandé. Et comme il faut près de 2 mois au FSB pour valider une nouvelle demande, inutile d'espérer obtenir un nouveau permis en 1 semaine. C'est ridicule de retoquer de simples touristes randonneurs ou alpinistes dans des coins où la frontière est aussi difficile d'accès, mais inutile d'insister : les pogranitchniki ont ordre de ne laisser passer que les permis en règle, et ils sont suffisamment équipés et armés pour être dissuasifs. Et comme on a vu au-dessus de Bezengi, des pogranitchniki, il peut y en avoir d'autres en amont, jusque sur les glaciers... Donc demi-tour.

Funiculaire dans les gorges de l'Adyrsuu Une alpiniste venue de Lettonie, qui nous a aidées à redescendre mon chariot-pulka par les escaliers longeant le funiculaire, nous a dit qu'elle avait aussi eu ce genre de surprise dans un district voisin, et là, elle attendait que son guide arrive avec son permis pour l'Adyrsuu.

Demi-tour, on redescend... Le funiculaire des gorges de l'Adyrsuu, avec mon chariot sur les épaules d'une alpiniste lettone Sur le petit tronçon de route entre le funiculaire et la route principale, un gars qui a un gîte dans le village de Verkhnyi Baksan attend les randonneurs fatigués et fait le taxi. Il nous propose un tarif presque honnête pour Terskol. Quand je lui fais remarquer que pour le kilométrage, c'est quand même plus cher qu'à Vladikavkaz, il répond en souriant : "Oui, mais ici, il y a l'Elbrouz"...

En route, entre Verkhnyi Baksan et Elbrouz, le chef-lieu du district suivant, on traverse un village appelé Neutrino : notre chauffeur nous explique qu'il y a un observatoire souterrain, et je suis toute fière de lui apprendre que j'ai des collègues qui travaillent dans un observatoire similaire dans les Alpes, au tunnel du Fréjus. Après l'effort le réconfort : bière locale Altitude

Bref, 1/2 h et 400 roubles plus tard, nous arrivons à Terskol où les hôtels sont plus pleins qu'à Vladikavkaz (oui, c'est vrai, il y a l'Elbrouz...). Mais on trouve un gîte sympa tout propre et pas cher, où on se pose avant d'aller se consoler dans un restau. Et pour accompagner un bon repas, on nous propose la bière locale, la "5642" que les gens du coin appellent simplement "altitude". Vous devinez ? C'est l'altitude de l'Elbrouz. Elbrouz (5642m) vu du pic Terskol

dimanche 26 novembre 2017

Vacances à l' alplager / Отдых в альплагере

Alplager de Bezengi. Au fond, la pyramide du Gestola (4860 m)

Ansambl Kartcha : "Боз алаша" (chant karatchaeïvo-balkar)

Alplager de Bezengi vu depuis le sentier qui remonte le vallon du Mizhirgi Alplager de Bezengi : le terrain de camping avec vue sur les parois de l'école d'escalade Entre mes petites randos, je me suis reposée à l' alplager et j'en ai profité pour observer la vie quotidienne de ses habitants temporaires, presque tous russes, à part quelques alpinistes biélorusses, polonais, tchèques, ukrainiens ou kazakhs.

Chemin entre le glacier Bezengi et l'alpager

Alplager de Bezengi : pause-pastèque L' alplager de Bezengi est géré par des Balkars. Ils font venir chaque matin un tracteur qui monte du ravitaillement de Bezengi-village et descend des poubelles, et une marshrutka de Naltchik. Quand je suis passée le voir la veille de notre départ pour réserver 2 places dans le minibus et payer notre séjour, le directeur a commencé par me dire qu'en tant que visiteurs français, on n'avait pas à payer notre séjour. Je lui ai répondu en souriant que si les alpinistes russes payent, moi aussi je peux payer : il m'a donné le tarif et j'ai payé. Comme quoi la pratique du taarof n'est pas exclusivement persane. Ceci dit, je crois qu'il nous a fait payer la place de bus plus cher qu'aux alpinistes russes, mais on ne s'en est aperçues qu'à Naltchik, quand le conducteur nous a donné son tarif pour enchaîner jusqu'à Verkhnyi Baksan...

Vallon du Mizhirgi en amont de l'alplager de Bezengi : vestiges de station météo dans un alpage exposée aux chutes de bloc Les habitants de l' alplager ont le choix entre des chambres dans un des bâtiments du camp, ou le terrain de camping. En arrivant le premier soir, on se demandait si c'était bien raisonnable de camper parmi ces tentes entassées, mais en fait, aucun problème : c'est calme. La majorité des campeurs se lèvent tôt pour aller grimper ou randonner : ça permet de profiter de belles journées avant les fréquentes averses de fin d'après-midi.

Alplager de Bezengi : un cours sur les nœuds Pendant la journée, ceux qui ne sont pas encore partis, ou déjà revenus d'une course se livrent à diverses occupations : douche et lessive, leçons sur les nœuds et les manœuvres de corde, cours de secourisme avec travaux pratiques, école d'escalade,... On a même aperçu un soir une course d'orientation nocturne : telles des lucioles, des frontales couraient le long des chemins du secteur.

Lors d'une de nos pause au café, le plus grand bâtiment de l'alplager, une russe est venue discuter avec nous dans son meilleur français — meilleur que mon russe. Elle nous a confirmé qu'en Russie, les alpinistes suivent une formation assez exigeante. On avait déjà remarqué que les alpinistes russes sont entraînés à porter des gros sacs bien lourds ; ils doivent aussi être capables de ramener un blessé au camp de base. Alpager de Bezengi : TP de secourisme

Bar de l'alplager Bezengi. Révision des nœuds. Enfin, on a profité du café-restaurant du camp : l'équipe balkar prépare chaque jour des osetinskie pirogi au fromage frais et aux herbes, des salades tomate-concombre, des shashliks, des soupes, du riz pilaf... Il arrive même, avec un peu de chance, que les bières soient fraîches !

mardi 31 octobre 2017

Au pied du mur / К стене

Avant l' alplager de Bezengi et le mur de Bezengi, on passe au village de Bezengi. Au terminus, sur la petite place du village, on s'est réfugiées pendant une petite averse dans un des 2 magazin-kafe. On a commandé un thé, et la gérante nous l'a servi dans l'arrière-boutique.

Village de Bezengi. Fin d'après-midi souvent pluvieux Taulan Batchaev, Daud Zhanataev, Tengiz Gabaev, Zuhra Kabardokova, Fatima Bajchorova & Kamilya : "Минги-тау" (chant traditionnel karatchaïevo-balkar)

Vallée du Tcherek Bezengskiy

Le chariot-pulka remonte vallée du Tcherek Bezengskiy. Premier aperçu du mur de Bezengi Elle nous a expliqué qu'il y avait pas mal d'exode rural dans le coin, les Balkars ne sont plus très nombreux. Et d'après elle, les diverses langues turcophones de l'ouest de la Russie sont relativement proches : un Balkar peut à peu près comprendre ce qu'un Azéri, un Kumyk ou un Tatar lui dit. En tous cas, à l'oreille, le balkar sonne en effet assez "turc", avec entre autres particularités des séries de voyelles qui déteignent sur leurs voisines (mots en taratata ou en türlütütü, car en turc on ne mélange pas les voyelles ouvertes ou fermées dans un même mot). Et vous avez sans doute remarqué en écoutant les paroles des chants, la langue est moins riche en consonnes que chez les voisins kabardino-tcherkesses...

Tcherek Bezengskiy à moins de 5 km en aval de sa source : déjà costaud !

Nuages du soir sur le vallon du Mizhirgi Après un bivouac tranquille en sortie de village, le lendemain on est montées à pied jusqu'à l' alplager de Bezengi. Cette petite route non asphaltée le long du Tcherek est tranquille (ce serait super à vélo, mais bon, même à pied c'est agréable) . La vallée est belle.

Le site de l' alplager est lui aussi superbe. On y est restées 3 jours, pour aller admirer le fameux mur de Bezengi Un des nombreux cairns (турик en russe) sur le chemin du glacier Bezengi et ses à-côté, depuis les moraines du glacier Mizhirgi Moraine du glacier Mizhirgi au-dessus de l'alplager de Bezengi

Cailloux sur la moraine du glacier Mizhirgi et du glacier Bezengi, Mur de Bezengi vu depuis le pied du glacier. Pour le Shkhara (5201m), prendre au fond à gauche encadrées par des flancs de vallée abrupts et parfois instables. Terrain friable sur les flancs de la moraine du glacier Bezengi J'ai vu 2 fois un petit groupe de bouquetins du Caucase, mais ils courent vite, je n'ai eu en photo que le petit dernier : Petit dernier d'une famille de bouquetins du Caucase. Ils sont descendus dans le talus en faisant dégringoler les cailloux

Alpinistes russes dans un champ de cailloux Bezengi est une destination prisée par les alpinistes russes Alpinistes russes en chemin pour le camp 1 du Koshtan-tau ou du Dykh-tau il y a une belle collection de "5000" à proximité (Dykh-tau, Skhara, Koshtan-tau, Dzhangy-tau, pic Pushkin et Mizhirgi-tau). Le long du glacier Mizhirgi, juste avant mon demi-tour (le passage suivant à flanc de moraine n'est pas facile sans les bras) Malgré ça, les quelques sentiers partant du camp sont assez tranquilles. Bezengi : vallon, glacier, source du Tcherek, et mur Le plus étonnant, c'est qu'il y a encore un poste de contrôle (en plus de celui sur la route à la sortie du village de Bezengi, où notre permis zone-frontière kabardino-balkare a été contrôlé une première fois) et des garde-frontière russes jusque sur ces glaciers ! Le Nord Caucase est difficile à franchir, et reste une barrière stratégique sur laquelle la Russie veille de près.

dimanche 22 octobre 2017

De l'Ossétie du Nord - Alanie à la Kabardino-Balkarie / Из РСО-Алания в КБР

De l'autre côté du mur de Bezengi : le Mont Skhara vu d'Ushguli. Magomed Dzybov : "Кобэщычым Яхьанэхъожъ" (chant tcherkess)

Un des buts du voyage était de voir la face nord du mur de Bezengi, une belle muraille culminant à 5200m, dont on avait pu admirer le versant géorgien en Svanétie en 2011. Bezengi est en Kabardino-Balkarie. De Vladikavkaz, capitale d'Ossétie du Nord - Alanie, à Naltchik, capitale de la république de Kabardino-Balkarie, Gare routière nord de Vladikavkaz. Interdit de prendre des photos dans ce hall il n'y a que 2 trains par jour avec changement à Eaux Minérales (sérieux, la ville s'appelle Минеральные Воды), et pas à des heures très pratiques pour nous. On a pris une marshrutka.

A la gare routière Naltchik-1, une passagère de notre minibus nous a expliqué que pour continuer sur Bezengi, il fallait aller à la gare routière 2, celle du Zelyoniy rynok (le marché des fruits & légumes), et elle nous a appelé un taxi moins cher que ceux qui maraudent dans la gare routière. A Naltchik-2 on a fait quelques emplettes au marché et pris un rafraîchissement à la cafèt de l' avtovokzal. On est maintenant en pays musulman : lave-main à l'entrée de la salle et plats hallal au self-service. Mais la proportion de jeunes femmes encapuchonnées m'a semblé plus faible qu'en France.

Gare routière Zelyoniy rynok, Naltchik-2 Lorsque le bus Naltchik - Bezengi a fait une petite halte vers Kashkhatau, on nous a expliqué qu'on était maintenant en terre balkare. C'est vrai qu'en montant, les noms des villages commençaient à être moins exotiques : ça rappelait du déjà vu en Asie Centrale, avec par exemple des noms de rivières ou de villages riverains en ...-su (su ou suu = eau en turc, tatar, kazakh, kyrgyz...).

Gorges du Tcherek Khulamskiy entre Babugent et Karasu

Petite pause culturelle : les Kabardes font partie de la grande tribu des Tcherkesses (ou Adyguéens), ils parlent une langue de la famille "Caucase nord-ouest" (langues abkhazo-adyguéennes) riche d'une soixantaine de consonnes. Ils habitent majoritairement dans la plaine au pied du Caucase. Petit marché près de la gare routière nord de Vladikavkaz. Couvre-chefs caucasiens Un peu plus au sud, dans la montagne, on trouve des Balkars et des Karatchaïs, qui parlent une langue de la famille du turc.

Alim Gazaev : "Марьям" (chant balkar)

Il aurait pu paraître logique de créer une micro-république kabardino-tcherkesse et une micro-république karatchaïevo-balkare. Mais suivant un précepte connu depuis la nuit des temps, Staline a appliqué une autre logique consistant à diviser pour régner. C'est pourquoi les habitants turcophones sont minoritaires aussi bien en Karatchaïevo-Tcherkessie qu'en Kabardino-Balkarie.

dimanche 8 octobre 2017

Bienvenue à Ordzhonikidze / Владикавказ 2

Vladikavkaz. Un livreur de kvas passe devant l'hôtel Kadgaron De retour à Vladikavkaz, on n'a eu aucune peine pour retrouver à se loger : le bus de touristes russes allait au Kadgaron, l'hôtel où on s'était posées en arrivant la semaine dernière. La réceptionniste a fait un peu la tête parce qu'on avait perdu un de nos coupons d'enregistrement, mais nous a finalement ré-enregistrées, puis le lendemain matin, nous a suggéré d'aller voir un petit atelier près du marché central, rue Ramonova.

Bientôt les élections au parlement d'Ossétie du Nord : une star locale soutient le parti communiste. Cet atelier était minuscule. Il y avait bien un peu de quincaillerie, une perceuse sur pied et une machine pour copier des clés, mais le technicien a rapidement conclu qu'il ne pourrait rien faire pour nos morceaux de chariot. Par contre, à OZATE, peut-être on trouverait la solution. Il nous a montré l'emplacement sur notre plan de ville, et nous voilà reparties, en tram. Faudra que je vous fasse un petit topo sur le réseau de tram de Vladikavkaz, une prochaine fois.

Chœur et orchestre du Bolshoï teatr : version russe d'un chant plus populaire ici que dans son pays d'origine, la France.

Quand le tram 5 ou 9 nous a déposées à destination, on était un peu perplexes. A côté du magasin AIST velosiped, il y avait une grande bâtisse datant de l'époque soviétique, avec une enseigne ОЗАТЭ gravée dans le béton, mais fermée. Atelier AIST & OZATE : le coin vélo, Macron aux infos, et Staline au-dessus de la mêlée... On est rentrées dans le magasin de vélos, et le jeune qui était là nous a fait passer dans l'arrière boutique, puis dans l'arrière-cour, pour entrer dans une annexe dont ne ne sait pas très bien si elle faisait partie de la boutique ou de l'usine.

Cet atelier était un sympathique capharnaüm, on ne s'est pas ennuyées pendant les 2 heures de l'intervention. On pouvait regarder les infos à la télé, mais ce n'était pas le plus intéressant. Atelier AIST & OZATE, le coin Kalashnikov On a pu lire une affiche bien illustrée expliquant comment remonter son AK74, un fleuron de l'industrie soviétique plus connu chez nous sous le nom de la marque, Kalashnikov.

Atelier de tournage de l'usine OZATE à Vladikavkaz On pouvait aussi admirer diverses décorations : une arbalète, un sabre, une hache, une baïonnette, des médailles d'anciens combattants ou des fanions de clubs de trial, et un portrait d'un Caucasien mondialement connu, Iossip Vissarionovith Djougachvili. Il y avait aussi un portrait de Vladimir Illitch Oulianov, mais moins visible dans le hall d'entrée.

Remontage du chariot-pulka réparé : mécanos et vélocipédistes de tous pays, entraidez-vous ! L'usine est en voie d'abandon, mais il reste quelques machines-outils, et une grande carte murale de l'URSS, toute jaunie par le temps. Le technicien le plus expérimenté de la maison a pris le chariot en main. Comme il n'avait pas de raccords de la bonne dimension, ni de poste pour souder l'alu, il est allé dans un atelier bien plus grand pour tourner et fraiser 2 raccords sur mesure en tube plein. Il a ensuite poncé minutieusement pour que tout s'emboîte bien, taraudé et vissé les raccords, et voilà.

Il avait visiblement une bonne formation de mécanicien, mais pas de commercial : j'ai insisté un peu pour payer, mais il a répondu qu'il était normal d'aider les voyageurs.

Pour fêter la réussite de notre mécano, on a bu un pot à sa santé à la Pivnaya SSSR sur Prospekt Mira : za mir !

Pivnaya CCCP. Portrait de Staline au-dessus de l'écran de télé Stéphane Grappelli : premier hymne de l'URSS, interprété en style jazz manouche

Dans cette petite brasserie typiquement russe, on commande de petites assiettes de poisson séché pour accompagner la bière, et on peut la siroter en regardant des comédies des années 60-70, ou en feuilletant des magazines ou des bouquins rangés sur une étagère : j'ai aperçu un Code du travail soviétique, par exemple.

Ah, au fait, vous l'avez peut-être reconnu dans la pénombre au-dessus de la télé : c'est encore un portrait de l'Homme d'acier soviétique.

J'aime Vladikavkaz, en ossète Je n'ai pas vu s'il y avait aussi dans un autre coin un portrait de ses copains également originaires du Caucase, Mikoyan, Beria et Ordzhonikidze.

Vladikavkaz a porté le nom d'Ordzhonikidze pendant une soixantaine d'années, du temps de l'URSS, à part un intermède d'une dizaine d'années où la ville a porté un nom ossète, Dzadzhykhau.

mardi 3 octobre 2017

Dargavs, petite ville des morts / Даргавс, мёртвых городок

Nécropole de Dargavs. Toits avec vue sur le Gizeldon

Yusup Dzhenaev & Evelina Eyupova (2 couplets en ossète) puis Timur Ramazanov & Alsu Seytova (2 couplets en karatchaïevo-balkar) : "Цы сусæг кæнон - Ярат синем"

Dargavs est un site peu étendu et peu connu à l'étranger, mais qui mérite le détour. C'est dans une belle vallée ouverte. Par beau temps on peut voir le Kazbek ; et sur un promontoire dominant le village, et baignant dans une belle lumière l'après-midi, on trouve ce que les gens du coin appellent мёртвых городок (ça se prononce myortvikh gorodok), littéralement la petite ville des morts. On aime bien les diminutifs en Russie : vous connaissez sans doute la petite eau russe, la vodka. Village de Dargavs et haute vallée du Gizeldon

Nécropole de Dargavs vue de l'entrée du site A l'accueil du site, avant même qu'on achète nos tickets d'entrée, on nous a offert un thé et un savoureux osetinskiy pirog, une espèce de tourte farcie avec viande hachée, oignon, chou et épices. Il existe d'autres variantes, en particulier au fromage frais et fines herbes.

Et ensuite, on a passé l'après-midi à slalomer entre les... euh, je ne sais pas comment ça s'appelle, ces petites maisonnettes qui me font un peu penser à des morilles, avec un toit similaire à celui des tours ingouches, c'est-à-dire avec des couches d'ardoises alternant avec les pierres des murs. Dargavs. Des toits ardoise+pierre vus de dessous.

Selon l'époque de construction (14 ± 2 zième siècle) ou les goûts du constructeur, ce toit peut être à 2 ou 4 pans, droit ou légèrement bombé, plus ou moins raide. Toutes ces maisonnettes sont des tombeaux : dans plusieurs d'entre elles on peut voir des squelettes par l'unique ouverture, une fenêtre carrée ou voutée.

Nécropole de Dargavs vue de la sortie du site Après avoir déambulé en long, en large et en travers dans la nécropole, on a visité le petit musée ethnographique, et on s'est raccrochées à un groupe de touristes russes de Moscou et Kazan. Il restait quelques places dans leur bus, leur guide nous a proposé de rentrer à Vladikavkaz avec eux.

Ce petit bus a pris l'étroite piste vertigineuse qui serpente à flanc de falaise, à proximité de la conduite forcée qui alimente la centrale électrique Gizeldonskaya. Là, on a compris pourquoi les marshroutkas Dargavs - Vladikavkaz font le détour par Verkhnyi Fiagdon plutôt que de passer par les gorges du Gizeldon... Nécropole de Dargavs

lundi 25 septembre 2017

Ambulance pour Dargavs / Неотложка до Даргавса

Rupture du chariot-pulka... Tcherim Nakhushev & Olga Sokurova : "Лъагъуныгъэ уэрэд" (chant tcherkess)

La suite des événements était incertaine à cause de la rupture du chariot, mais rien de catastrophique. On était à environ 300 m d'un hameau habité, tout près d'une bifurcation entre 2 petites routes : celle montant au col suivant, en direction de Dargavs, et celle redescendant directement sur Vladikavkaz. On a décidé de continuer sur Dargavs pour visiter ce site, et ensuite on verrait bien si on pouvait trouver un réparateur à Vladikavkaz.

Vue de Karmadon sur le mont Mailikhokh (4598m) et le glacier Kolka

Notre ambulance à DargavsMais pas question de porter nos gros sacs + le chariot au bout de nos 3 bras valides sur plus de 300 m. Après avoir salué en passant une équipe d'alpinistes russes qui partait à l'assaut du Kazbek, on s'est posées au pied d'arbres avec vue pour faire du stop. Vu le trafic, on a alterné des tours de garde en plein soleil pour faire signe aux rares conducteurs, et des pauses sieste ou pique-nique à l'ombre.

3 heures et 5 voitures pleines plus tard, on a pu embarquer dans une ambulance vide. Ah, c'est sûr qu'à vélo, ça aurait été plus rapide au démarrage, et on aurait pu s'arrêter pour des photos en route. Mais bon, ce jour-là, j'ai arrêté de grogner contre ce malheureux chariot : si on ne trouvait pas comment le réparer, je ne pourrais plus faire grand chose d'autre que buller dans les stations thermales du Caucase pendant 3 semaines, et ça ne serait pas très bon pour mon régime...

En autostop dans une ambulance rustique de Karmadon à Dargavs

Je n'ai pas fini de trier mes photos de Dargavs, vous les verrez au prochain épisode.

lundi 18 septembre 2017

Datcha accueillante et sanatorium fantôme / Уютная дача и призрачный санаторий

Des ruchers nomades, on pensait aller facilement jusqu'à Dargavs en 2 jours. Vallée du Suargom ; au fond, l'Ingouchie

Khakhty Zalta & ansambl Sarmat : "Терчы бабызта" (chant ossète)

Nos permis zone frontière ont bien sûr été contrôlés. Le poste de contrôle ossète n'était pas très visible, il faut faire un détour de 50 m pour passer devant le portail, mais les garde-frontière savaient bien qu'on allait passer : ils patrouillent régulièrement sur la piste et on les avait déjà rencontrés un peu plus bas la veille.

Utilisation de l'abondante végétation locale : bouillon-blanc. Ah non, pardon : pétasite A pied, on avance bien plus lentement qu'à vélo, alors on a plus de temps pour observer la végétation, un peu similaire à celle des Alpes, mais avec plus de plantes plus grosses, plus grandes, plus fleuries. J'ai mangé des fraises des bois et des framboises, et apprécié quelques plantes non comestibles mais bien pratiques : la pétasite utilisable comme parasol, et le bouillon-blanc qui peut avantageusement remplacer le PQ grâce à ses grandes feuilles veloutées.

Un raccourci entre le col et Staraïa SanibaEn-dessous de 2000m, si les troupeaux n'ont pas tondu, il est parfois difficile de se frayer un chemin à travers champs. On a quand même pris 2 raccourcis là où l'herbe et les plantes n'étaient pas trop hautes, pour arriver en fin d'après-midi à Staraïa Saniba.

Là, après avoir fait le plein d'eau dans la première maison sur notre chemin, on est remontées jusqu'à un petit pont sur le Kauridon, et comme la piste n'avait pas l'air de continuer, on a demandé si on pouvait rejoindre Karmadon en suivant le trajet du gazoprovod (le petit gazoduc qui alimente ces villages) ou s'il suffisait de contourner le pied de la butte. Carte et vue satellite de l'éboulement du glacier Kolka dans la vallée du Genaldon Et là on a déchanté : Raïa nous a dit qu'on ne pourrait pas franchir le Genaldon et le grand éboulement en traînant notre chariot. Il fallait descendre jusqu'à l'entrée des gorges pour trouver un pont, puis remonter à Karmadon, soit environ 7 km de détour. Et ça, à pied, c'est beaucoup !

Alors, quand Raïa nous a proposé de faire une pause pour prendre le thé en attendant que la voiture soit prête, on a accepté avec soulagement et gratitude. Bien sûr, avec le thé, enrichi en herbes aromatiques du coin (menthe, sauge, origan,...), on a eu du gâteau, des biscuits et du miel. Et on a bavardé sous la véranda.

Raïa habite Vladikavkaz où elle est habituellement très sollicitée par ses petits-enfants, alors pour se reposer, elle monte ici à la datcha avec son mari, ancien général et depuis peu député. Le général nous a demandé ce qu'on pensait de notre nouveau président, et si il allait continuer à coller aux basques des USA comme ses prédécesseurs. Raïa, elle, nous a expliqué que le nom du village suivant, Karmadon, signifiait chaude-eau. Contreforts du Mont Tchizdzhinkhokh au-dessus de Karmadon Du coup on s'est mises à parler des familles de langues: l'ossète est la seule langue du Caucase apparentée, d'un peu loin, au persan (karm, c'est la même racine que garm en persan et en tadjik). Il existe 2 dialectes en Ossétie du Nord, la langue officielle iron, langue maternelle de son mari, alors que Raïa parle digor ; du coup entre eux ils parlent russe. Enfin, amusée par ma tentative pour prononcer avé l'accent les 2 mots d'ingouche que j'avais appris, elle a fini par nous dire qu'elle n'aimait pas bien les Ingouches, plus enclins à guerroyer que les paisibles Ossètes.

Sur ces bons mots, le voisin et sa voiture étaient prêts, on a démonté le chariot, et notre chauffeur nous a déposées à Karmadon à la nuit tombante. On a choisi dans le noir un coin avec vue en prévision du p'tit déj.

Bivouac avec vue à Karmadon : massif du Kazbek

Bivouac avec vue à Karmadon, côté face C'était pas mal, même si on se doutait bien que de l'autre côté, ce serait moins glamour avec les immeubles abandonnés qu'on avait vus de loin la veille : la chute de l'URSS et l'effondrement du glacier Kolka (125 morts en 2002) ont eu raison de la station thermale de Karmadon. Et... nos sacs à dos ont eu raison du chariot-pulka (on n'aurait peut-être pas dû essayer de mettre les 2 à la fois dessus) : un bras puis l'autre ont rompu au moment où on se posait à Karmadon.

mercredi 13 septembre 2017

Abeilles en Kamaz / Пчелы на Камазе

Haut de la vallée du Suargom, arrivée vers le col La remontée du Suargom se fait tranquillement par une piste carrossable en bon état, avec très peu de trafic, dans la forêt presque jusqu'au col Sanibskyi. Bien sûr, à pied, j'ai eu tout mon temps pour regretter de ne pas monter là à vélo, mais passons.

Comme la nuit tombe assez tôt là-bas (pas d'heure d'été en Russie), on s'est arrêtées après 2 h de marche, dans un des rares emplacements où on pouvait monter la tente près d'une petite source (la petite rivière qu'on remontait était un peu trop boueuse à notre goût) : un replat où stationnaient déjà 3 gros camions de ruches et une fine équipe d'apiculteurs russes. La nuit, ils dormaient dans leurs camions Kamaz, mais ils prenaient les repas dans une grande tente confortablement équipée : table et bancs en bois, réchaud et barbecue, grande bouilloire pour le thé...

Ptit-déj avec nos amis apiculteurs entre les camions de ruches

L'accueil fut cordial. On n'a pas été piquées par les abeilles, on s'est juste un peu piqué la ruche : quand on leur a dit qu'on ne buvait pas de vodka, ils nous ont sorti du cognac arménien. Et si on se laissait distraire par la conversation, nos verres avaient tendance à se remplir subrepticement à mesure qu'on les vidait. Ruchers nomades et leur camion Nos hôtes nous ont expliqué qu'ici, c'était les hommes qui faisaient la cuisine donc c'était très simple (poulet rôti, salade tomate-concombre nature, pain-miel), mais on a bien mangé et le miel était très bon, et différent de celui de Fourtog (ici c'était du miel de tilleul).

Après cette sympathique soirée, on a rejoint notre tente derrière les ruches. Et au moment où on s'endormait, nos joyeux apiculteurs nous ont gentiment mis une berceuse avec la sono sur batterie du Kamaz à fond :

Kubanskiy kazatchiy khor : "Ой ты Галю" (chant cosaque)

Ma foi, ça avait de l'allure. Puis tout le monde a passé une bonne nuit ; et au petit déj, on n'a bu que du café au lait et du thé.

dimanche 10 septembre 2017

De l'Arkhmi au Suargom / От р.Архми до р.Суаргом

Anzor Bakaev : "Лорса лида" (chant ingouche)

Réseau gaz et électricité, jusqu'aux plus petits hameaux Après la visite de quelques petits villages flanqués de tours, on avait prévu de redescendre la vallée de la rivière Arkhmi, de retraverser le Terek par le pont par lequel on est arrivées en Ingouchie, puis de remonter le Suargom, une des rares rivières ossètes dont le nom ne se termine pas par "don" (дон = eau en ossète). Facile, sauf que sans les vélos, on se traîne.

L'autostop se pratique, les automobilistes s'arrêtent relativement facilement quand ils ont des places, mais ils sont tellement peu nombreux sur ces petites routes transverses qu'on attend longtemps. A Dzheyrakh, on a compris vers 13 h qu'on avait relativement peu de chances de trouver un véhicule avant le bus de 16 h.

Mais ce n'était pas gênant : ça nous a permis de profiter d'une invitation. Zara habite Nazran et est fonctionnaire dans je ne sais plus quelle administration régionale à Dzheyrakh. Elle nous a saluées, et proposé de laisser nos gros sacs là, au bord de la route, pour prendre un thé chez la voisine. Pause tchaï sous le préau à Dzheyrakh

Toutes les maisons du village sont entourés de murs, avec un grand portail en fer forgé qui barre l'entrée. Mais dès qu'on rentre, on trouve une cour intérieure avec un préau qui sert de salon l'été. C'est très agréable. On y a pris le thé. Les gens du coin sont assez fiers de leur région et nous invitent généreusement à goûter aux produits locaux. Zara nous invite pendant sa pause méridienne Mais la région est morcelée, et a bien souffert des guerres civiles. L'Ingouchie a accueilli de nombreux réfugiés qui fuyaient la guerre de Tchétchénie, et a elle-même déclenché un conflit avec l'Ossétie voisine, lequel s'est soldé par l'expulsion des Ingouches qui résidaient dans un district limitrophe d'Ossétie... La population de Nazran, la principale ville d'Ingouchie, est passée de 20'000 à 120'000 en 10 ans.

J'ai essayé de profiter de cette rencontre pour apprendre quelques mots d'ingouche. Je n'en ai retenu que 2, deux façons de dire merci : баркал ou хIаделъдукх (avec 2 syllabes sur 3 qui viennent de tout au fond de la gorge). J'ai aussi appris 1 ou 2 qualificatifs russes employés par Zara pour désigner les Ossètes ou les Russes, mais j'éviterai de les citer publiquement...

Après sa journée de travail, Zara a pris le même bus que nous pour rentrer à Nazran via Vladikavkaz (la route qui ne passe pas par l'Ossétie est plus longue). Elle s'est assurée que le conducteur avait bien compris à quel carrefour on voulait se faire déposer, puis nous a laissé son numéro de téléphone en nous proposant de venir manger les shashliks chez elle si on passait à Nazran.

dimanche 3 septembre 2017

Villages et villageois ingouches / Ингушские села и жители

Village de Lyazhgi par temps gris en fin d'après-midi Après Beyni, nous avons marché jusqu'en amont de Lyazhgi, en passant par une redescente dans la vallée faute de carte assez détaillée. Il n'y avait que quelques kilomètres à vol d'oiseau entre Beyni et les tours dominant Lyazhgi et Olgeti, mais ce trajet nous a pris une journée. Ca aurait été plus agréable (et rapide) à vélo...

En chemin, nous avons bavardé un peu avec des Ingouches venus de Nazran pour le week-end, ils ramassaient des pousses de pin et faisaient griller des shashliks.

On a fait une pause au niveau de la dernière ferme du village de Lyazhgi, où nous nous sommes ravitaillées en eau, avant de chercher un coin pour bivouaquer en amont. Ce n'était pas la place qui manquait ! On a choisi une pelouse qui se trouvait être sur le chemin entre les pâturages et le village. Troupeau de chevaux au-dessus de Lyazhgi

Troupeau de vaches contournant notre bivouac. On ne passe pas inaperçues... Alors en fin de journée, on a eu droit à la visite de tous les bergers du village, à pied, à cheval, ou à moto. Les uns après les autres, tous se sont arrêtés près de notre tente, en nous demandant si on avait assez à manger, si on ne risquait pas d'avoir froid, si on n'avait pas peur des loups et des ours... On a estimé qu'on était assez proches du village pour ne pas avoir à craindre les ours, et on a remercié tout ce petit monde en leur promettant que si on avait besoin de quoi que ce soit, on irait leur demander. Erzi. Troupeau de tours médiévales au-dessus d'Olgeti

Tours ingouches en amont de Lyazhgi Pendant ces sympathiques visites, nos interlocuteurs nous parlaient bien sûr en russe, mais échangeaient entre eux des commentaires en ingouche (ils étaient intrigués ou amusés, entre autres, par mon chariot-pulka). Alors là, je n'en revenais pas : je ne connaissais encore aucune langue qui comporte une telle densité de sons gutturaux. Je les écoutais bouche bée, toute émerveillée d'entendre quelque chose d'aussi exotique. L'ingouche, qui ne ressemble à rien sauf au tchétchène, utilise des régions de la gorge qu'on n'utilise pas pour parler dans les langues indo-européennes, même pas pour produire des "Х" russes avec l'accent géorgien ou des "ch" en schwyzerdütsch.

Ruslan Naurbiev & Tamara Yandieva : "Хьо хитIа еча" (chant ingouche)

Petit hameau abandonné en amont de Lyazhgi Le lendemain matin, grand beau. On en a profité pour aller admirer un point de vue sur Erzi depuis un minuscule hameau abandonné aux tours restaurées par une famille du village. Et ensuite, on a rejoint la route en fond de vallée, puis stop jusqu'à Dzheyrakh. Lyazhgi, village ingouche. Au fond, l'Ossétie

- page 1 de 5