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mercredi 21 août 2019

Jour de fête / Праздничный день

Dès mon retour au Kazakhstan, j'ai pu remarquer, comme à l'aller, quelques différences entre les 2 pays riverains. Ici, moins de touristes, herbe un peu moins verte, mais malgré cela niveau de vie plus élevé : moins de vieilles Lada et plus de voitures japonaises, plus de WC à l'occidentale et de mitigeurs dans les douches, agriculture plus mécanisée, troupeaux de chevaux plus gros, bankomats même dans de petites villes...

Cimetière d' Ak-Say dans la steppe kazakhe entre les cols Kegen et Alasa

Le fait que les touristes soient nettement plus dilués au Kazakhstan est plutôt agréable : les gens du coin m'abordent par curiosité plus que pour vendre un service ou un gîte ; on me demande souvent si mon tricycle a une assistance électrique, alors que les Kyrgyzes me demandaient d'abord combien ça coûte.

Départ du bivouac 3* au bord de la rivière Charyn

Des automobilistes m'ont même à 2 ou 3 reprises offert du ravitaillement en cours de route : fruits, biscuits, ou même une boîte de petits chocolats à la marmelad que j'ai préféré abandonner dans le frigo du gîte suivant, j'avoue...

Descente sur la rivière Charyn en amont du canyon

Et puis, j'abordais 2 étapes faciles, avec, enfin, nettement plus de descente que de montée.

Kerwan : "Қара жорға"

Au sommet du premier col, un gars me fait signe et m'appelle : il me propose une pause-thé. Ça tombe bien, j'ai soif ; et puis, un thé en Asie centrale, ça ne se refuse pas. Et là, surprise, en guise de thé, c'est un repas complet qui m'attend : beshbarmak (spécialité à base de viande de mouton et de patates, dont le nom indique qu'on a le droit de manger avec les doigts), salade, beignets, fruits, thé, kumyz, vodka...

Après le repas, on danse !

J'ai invoqué le régime imposé par ma récente gastro pour limiter la quantité de choses à ingurgiter. J'ai échappé à la vodka, mais pas au gras de mouton : "avec du kumyz, ça passe tout seul" , m'a expliqué ma voisine de table en m'en resservant un verre... Bon, le mouton et le kumyz étaient tous deux bien frais, c'est passé.

Repas de fête au col Kegen

Après j'ai dû porter un toast (en russe), j'ai remercié cette grande famille pour son hospitalité. On m'avait expliqué, pendant que je dégustais mon beshbarmak, que ce repas faisait partie des préparatifs d'un mariage.

Le musicien du mariage kazakh était kyrgyze

La famille du futur marié, sans lui, allait chercher la future mariée dans sa famille à Kegen, pour la ramener à Almaty où le mariage serait célébré dans une dizaine de jours. Mes hôtes ont ensuite dansé un peu au son de l'accordéoniste-chanteur et on est repartis chacun dans notre direction.

Vue du col de Kegen, versant nord

J'ai ensuite eu un peu de mal dans la remontée du col Alasa, mais les 2 descentes de cols et le grand faux-plat descendant sur un tronçon de route toute neuve et lisse

Steppe kazakhe à l'approche du canyon de Charyn

jusqu'au parc national du canyon de Charyn étaient super. J'ai même parrcouru avec plaisir un tronçon de steppe pelé où les aigles ne passaient près de moi que quand l'appareil photo était éteint au fond de sa sacoche.

Steppe kazakhe entaillée par le début du canyon de la rivière Charyn

jeudi 15 août 2019

Un petit saut au Kyrgyzstan / Небольшой прыжок в Кыргызстан

Kudaibergen ansambl : "Konil kuy"

Je savais avant de partir (et la charmante hôtesse au comptoir Turkish Airlines de Cointrin le savait aussi) que sans visa, je n'avais pas le droit de rester plus de 30 jours consécutifs au Kazakhstan, alors que je suis partie pour 33 jours. J'avais décidé de faire un petit détour au Kyrgyzstan voisin pour réinitialiser mon compteur des 30 jours : on peut aussi entrer au Kyrgyzstan sans visa pour les séjours < 30 jours, la frontière n'est qu'à 30 km de Kegen, et le lac Yssyk Kul à 120 km, avec au passage un col à + de 2000, facile vu que Kegen est déjà à presque 1800m.

Abords du col de San-Tash. C'est plus vert qu'au Kazakhstan

A l'aller, j'ai passé la frontière en heure creuse, vite fait. Le plus long était d'attendre que les policiers kazakhs puis kyrgyzes essaient mon vélo à 3 roues en se photographiant les uns les autres (moi, j'avais pas le droit de prendre de photos). Au retour, y avait un peu de queue, à cause des Kazakhs qui rentrent de leur week-end au lac, mais le tricycle a été autorisé à dépasser les voitures donc je n'ai pas trop attendu.

Poste frontière de Karkara

Le reste du détour m'a pris un peu plus longtemps que prévu, à cause de quelques dizaines de kilomètres de pistes pas très roulantes (en passant, j'en profite pour rendre grâce à la suspension du trike AZUB Ti-Fly, elle amortit bien), et d'une petite tourista vraisemblablement causée par de la mayonez qui avait pris un coup de chaud. Mais cette semaine au Kyrgyzstan était bien agréable.

Les Kyrgyzes sont culturellement et linguistiquement très proches des Kazakhs, mais leur pays est tout petit, ce qui permet, contrairement au Kazakhstan, d'avoir une multitude de paysages variés sur de courtes distances. Le Kyrgyzstan est donc, logiquement, devenu nettement plus touristique. Et comme il n'a, contrairement au Kazakhstan, pas d'énormes ressources minières et pétrolières, eh bien on y exploite les touristes, mais ça reste raisonnable pour un touriste de la zone euro. Ainsi à Karakol, point de passage de hordes de touristes, j'ai créché pour 1500 sums (20€/nuit) chez Svetlana, qui tient un gîte propret et très confortable : chambres impeccables avec douche à l'italienne, couette en duvet, p'tit-déj copieux et savoureux, et seulement 500 sums le supplément banya avec thé inclus.

Et puis, il suffit de sortir un peu des itinéraires touristiques classiques pour trouver des coins calmes ou fréquentés quasi exclusivement par des gens du coin.

Cimetière de Boz-Beshik. Au fond, la chaîne des Terskey Ala Tau

J'ai ainsi pris un.premier bain très tranquille sur la datchniy plyazh, la plage du coin des datchas à Mikaïlovka. Piotr, un retraité russe veuf depuis 2 ans, m'a tenu compagnie et m'a conseillé une autre petite plage à l'eau plus claire, un peu plus loin entre 2 vergers.

La plage des datchas â Mikhaïlovka

Ensuite, je suis tombée un peu par hasard, en suivant les indications de 2 villageois de Ak-Döbö, sur une plage très animée par les nombreuses familles kyrgyzes en week-end.

Plage fortement fréquentée par les locaux le week-end, environ 35km à l'ouest de Karakol

J'ai assisté à une fête célébrant les premiers pas de la petite dernière d'Adilet. A cette occasion, on entrave symboliquement les pieds du bambin avec un double fil de laine noire et blanche, et au moment de couper ce fil à la patte, les invités et autres passants participent à une course dont le bambin est la ligne d'arrivée, et dotée de divers lots, selon la catégorie de coureurs : petits garçons, petites filles, hommes, et femmes. Le gros lot, pour l'homme le plus rapide, était rien moins qu'un mouton encore vivant, destiné à devenir assez rapidement un délicieux beshbarmak ou autres shashliks.

Le gagnant de la course repart avec le gros lot : un délicieux mouton

Dès la fin de cette festivité, mon tricycle est naturellement devenu la principale attraction de la plage. J'avais pas le temps de souffler. Fallait que je donne quelques consignes : non, on ne tire pas le velosiped par les gaines de frein, on ne le pousse pas par les garde-boue, on ne monte pas à plus de 2 à la fois sur le siège, et le porte-bagages est réservé aux enfants de moins de 30 kilos, etc. Parfois on me demandait d'arbitrer sur qui ferait le tour suivant.

Et c'est parti pour une longue séance d'essais de tricycle et/ou de photos sur la chaise longue à pédales

Elim, un brave gamin désireux lui aussi de piloter l'engin, est même venu timidement me demander si c'était gratuit. Ca faisait plaisir de voir sa mine réjouie au guidon de ma chaise longue à pédales. Par contre, les yourtes sur la plage n'étaient pas du tout gratuites, et si j'avais discuté le tarif avant d'y passer la nuit, je crois bien que j'aurais plutôt planté ma tente...

Yourte payante au prix d'un hôtel chic

Pour me remettre de cette trépidante journée, je suis allée me reposer au pansionat Marko Polo, une quinzaine de km plus à l'ouest.

Plage privée du pansionat Marko Polo, près de Boz-Beshik

Là, ce n'est pas le même public. Ma chambre avec balcon au pansionat Marko Polo. Admirez particulièrement la découpe de la moquette au niveau du seuil du balcon. En gros, c'est une résidence de luxe ex-soviétique rénovée, avec un parc verdoyant et une plage privée équipée de chaises longues sans pédales mais avec parasols, et avec un banya au bout d'un ponton en bois, pour pouvoir sauter directement du sauna dans le lac. J'y ai passé 3 jours pour profiter du lac, et pour digérer la mayonnaise daubée du premier repas en pension complète...

Plage du pansionat Marko Polo vue depuis le quai du banya

Après cet intermède balnéaire, j'ai pris le chemin du retour, partiellement en taxi pour ne pas passer trop de temps sur la tôle ondulée entre Sary-Tölögöy et Karkara. Bye bye Kyrgyzstan. Oydon, mon chauffeur de Karakol à Karkyra Le chauffeur Oydon était intéressant, ancien apparatchik communiste, cultivé, plein d'entrain et d'humour, et plutôt content de pouvoir causer à un touriste occidental qui parlait russe. Quand je lui ai expliqué que j'avais un vélo aussi spécial à cause d'un accident qui m'avait laissé quelques séquelles évaluées à 10% d'invalidité, il m'a répondu qu'il mériterait lui aussi au moins 10% d'invalidité vu qu'il avait 10 ans de plus que moi... Et il a continué à chanter.

samedi 3 août 2019

Intermodalité dans les Tian Shan / Интермодальность в горах Тянь-Шань

Les montagnes, c'est tau en kazakh ou en kyrgyz, et shan en chinois ; mais ici comme au Kyrgyzstan, le massif des Tian Shan porte ce nom chinois qui signifie montagnes célestes.

Camp de base Mramornaya stena. Pic Bayanköl (ou un de ses voisins)

Kerwan : "Örüldük biz her yana"

Un des buts de mon voyage est de voir la face nord du Khan Tengri. Elle est difficile d'accès depuis le Kazakhstan : pour aller au camp de base nord, il faut soit franchir un col glaciaire bien raide (totalement exclus dans mon état) à + de 5000m, soit passer par le Kyrgyzstan, à pied ou en hélico, pour remonter la vallée du glacier Enylchek. Je ne pourrai donc pas voir la face nord d'aussi près que la face sud en 2013. Je m'en contenterai.

Mon itinéraire consiste à remonter la vallée de Bayanköl, en direction du point triple Kazakhstan / Chine / Kyrgyzstan. Pour cela, un permis zone frontière est évidemment requis. J'ai donc fait appel à une agence d'Almaty qui m'a proposé de me joindre à un petit groupe qui avait justement prévu d'aller au Kitaïski pereval (en russe, le col chinois, 3980m) et au pic Astana (4550m), depuis le camp de base Mramornaya stena, appelation due à la belle paroi de marbre en face nord du pic portant ce nom (6550m).

Mramornaya stena, le mur de marbre (6550m) vu de son.camp de base

Première partie du trajet : en trike jusqu'à Kegen, par le col du même nom. Deux cols, à environ 1400m puis 1900m, permettent de passer de la steppe à 700m à une steppe à 1700m, un peu moins sèche et moins chaude.

Un arrêt d'autobus typique dans la steppe kazakhe

On franchit en passant un creux qu'il faut immédiatement remonter : l'extrémité amont du canyon de Charyn, au fond duquel on trouve quelques super coins de bivouac ****. Même si j'ai dû partager mon coin avec Zoïa et Petya, un sympathique couple de retraités russes d'Almaty, c'était super tranquille. Zoïa et Petya n'ont pas eu de chance : contrairement à leur précédent bivouac ici, ils n'ont pas attrapé de truite, et surtout leur matelas pneumatique fuyait...

Bivouac **** dans le canyon de la rivière Charyn

Juste avant le bivouac suivant, 350m sous le col Kegen, j'ai croisé un minibus de randonneurs kazakhs qui revenaient enthousiastes de Bayanköl. Ils m'ont offert une bonne rasade de kumyz (lait de jument fermenté) et j'ai eu droit à une N-ième séance de photos avec le tricycle.

Petite pause au col Kegen. Je vais boire un thé pendant que Sharbat et ses amis essaient le trike

A Kegen, je m'attendais à trouver l'unique petit hôtel presque vide, mais non : c'est une étape pratique pour les voyageurs qui font une traversée ou une boucle entre Kazakhstan et Kyrgyzstan (dont plusieurs cyclistes en partance ou en provenance de la route du Pamir). J'ai donc dû faire un peu la queue à l'unique douche, mais bon, c'était propre et l'eau chaude était bien chaude ; presque trop , vu que le mitigeur à la russe passait de glacé à brûlant en une petite fraction de quart de tour..

Ma chambre à l'hôtel Kegen. La patronne a tenu à rentrer le trike dans le hall d'entrée

Le lendemain, mon guide Anna et sa petite équipe, partis le matin même d'Almaty, passent me prendre. J'ai donc fait le trajet Kegen - Bayanköl - Zharkulak dans un gros 4×4 Toyota que Sergey conduit à vive allure sur une route ondulée puis carrément défoncée, en écoutant des chants cosaques en version hard-rock. Impossible de viser et prendre des photos en route, ça secouait trop.

Narynköl. Steppe au pied des Tian Shan.

On a dû s'arrêter plus de 1 h en.route pour des formalités liées aux permis zone frontière, à Narynköl puis au poste de contrôle de Bayanköl.

Poste de contrôle de la zone frontière de Bayanköl

La zone frontière est délimitée par des kilomètres de clôture barbelée, et admirez le soin du détail : on peut y voir quelques épouvantails en uniforme de garde-frontière disséminés dans les champs ou sur des miradors, en plus des vraies patrouilles.

Vallée de Bayanköl en amont du poste de contrôle des pogranitchnii

Au détour d'un virage sur la piste, la voiture d'Anna stoppe : il est là ! Pause photo, le Khan Tengri dépasse tout le reste à l'horizon. On ne le reverra plus ensuite...

On le verra mieux au téléobjectif : au fond, le Khan Tengri, face nord.

Au bout de la piste à Zharkulak, Serdzhan nous attend avec 2 chevaux. Ce sont ces braves bêtes qui vont porter nos sacs à dos, et les gros sacs isothermes de viande que la guide devait livrer pour alimenter le camp de base.

Et nous, on part à pied. Il ne faudra pas longtemps pour que la guide Anna remarque que je suis plus lente que le reste du groupe. Le contraire aurait été étonnant : Anna, Dilia et Laura sont 3 triathlètes, dont 2 pratiquent aussi le marathon, et le photographe Aydar est un trapu tout en muscles. Et comme on démarre tard, pour éviter de devoir monter un grand tronçon de nuit, la solution s'impose : les sportifs marcheront vite (20 km et 500m de dénivelé en guère plus de 2h), et moi je vais rejoindre les sacs sur le second cheval.

Montée au camp de base, vue de mon cheval

J'étais moyennement rassurée par cette proposition, vu que je n'ai jamais fait de cheval, mais j'ai rapidement constaté que c'était sans risque. Déjà, chargés comme ils étaient, les chevaux n'avaient aucune envie de faire des embardées ; et en plus ils étaient encordés, c'est donc Serdzhan et le premier cheval qui conduisaient. Du coup, j'ai trouvé la montée bien agréable, surtout le tronçon oû le chemin serpente entre de petits buissons épineux : les plantes m'arrivaient à peine au mollet. Il fallait juste que je sois attentive pour ne pas perdre l'équilibre quand le cheval franchissait des marches, ou s'encoublait dans la corde reliant les 2 chevaux. Mais on s'y fait vite. Et presque sans effort, je suis arrivée 1/2 h avant les triathlètes marathoniens, qui, comme prévu, ont fini à la frontale.

Arrivée au camp de base Mramornaya stena

Le lendemain et le surlendemain, par contre, j'ai marché. Les 2 guides Anna et Dima (on a rejoint un autre groupe de la même agence) avaient prévu une rando d'échauffement au Kitaïski pereval. On s'est arrětés au pied de l'éboulis terminal, à environ 100m de la frontière chinoise. Quand j'ai fait remarquer que ce serait chouette d'aller se promener en Chine sans visa, un des Russes du groupe m'a répondu ironiquement "Oui, oui, tu peux, mais seulement une fois"...

Arrivée et pause sous le Kitaïski pereval

Et le surlendemain, après de longues palabres, redescente, car les prévisions météo étaient pourries pour les 5 prochains jours :pluie (on a déja eu une grosse averse le 2ème soir) puis neige y compris au camp de base...

Enfin, après la redescente à pied, retour à Kegen entassés à 5 dans le moins gros 4x4 Nissan d'Anna, avec des bagages plein le coffre et sous, entre et sur nos jambes (on rapatriait des tentes du camp de base en plus des 5 sacs à dos, et le gros 4x4 de Sergey n'était plus là).

dimanche 28 juillet 2019

Au pays des aigles / В странe беркутов

Je vous donnerai un aperçu d'Almaty quand j'y reviendrai, après ma virée dans la steppe et la montagne.

J'ai consacré mes 2 premières journés à la récup de sommeil + décalage horaire et aux préparatifs : remontage du trike sous les regards intrigués et amusés d'Àïda (ici c'est un prénom.masculin) et de la réceptionniste, dépose du sac à dos que je retrouverai avec mon guide à Kegen, premier contact avec la gastronomie locale dans un restau kazakho-russo-coréen (émincé de cheval au wok, pas mal du tout), et enfin relaxation au banya de l'hôtel.

Avant l'effort, le réconfort. Sauna de l' hôtel Resident à Almaty

Pour mon départ, la réceptionniste Venera m'a judicieusement conseillé d'aller à l' avtovokzal Saykhat plutôt que d'appeler un taxi. Ce n'est pas la principale gare routière d'Almaty mais je n'ai eu aucune peine à trouver un taxi à grand coffre pour un prix correct (moins de 40€ pour 120km). En chemin il a fait le plein de GPL (70 KZT soit moins de 20 centimes le litre...) et une pause au dernier bazar avant la steppe.

Asylbek Ensepov : "Великая степь "

Premières impressions de cycliste sur la route : le Kazakhstan, c'est grand ! Ce qui apparaissait comme une simple vallée sur ma carte du pays est une large steppe avec quelques montagnes à l'horizon de part et d'autre.

Steppe au sud-est d' Almaty. Les montagnes visibles à l'horizo appartiennent aux diverses chaînes des Ala Tau.

Pendant ma première demi-journée de pédalage, aucun risque de surmenage des poignets : en moyenne un virage tous les 5 km. Par contre, avec mon enclume à 3 roues et son chargement, je sens vite que la steppe du sud-est du Kazakhstan n'est pas parfaitement plate : les faux-plats successifs font efficacement baisser ma vitesse moyenne.

Vue de ma chaise longue

J'ai donc tout mon temps pour admirer le vol des aigles, en position semi-allongée sur le trike c'est confortable. J'en ai vu un qui s'entraīnait ou s'amusait à enchaîner les phases finales de piqué, pattes et griffes tendues en avant puis remontée immédiate : impressionnant mais difficile à photographier!

Au prochain épisode, j'arrive dans les montagnes (le blog est déjà en retard sur moi, je profite de mes vacances!). Et je complèterai en photos plus tard aussi.

mardi 23 juillet 2019

Almaty via Istanbul / Алматы через Стамбул

Voilà, je suis arrivée à ma prochaine destination, que vous aviez reconnue grâce aux indices de l'article précédent : le Kazakhstan,

Ulytau : "Ақжелкен"

et plus précisément pour commencer, son ancienne capitale Almaty (alma, en kazakh, c'est la pomme). Pas encore eu le temps de visiter la ville, mais j'ai passé en chemin prés de 5 h dans le tout nouvel aéroport d'Istanbul, excentré au nord de la ville.

Un des halls du nouveau Istanbul Great Airport

Je n'ai pas essayé de compter s'il avait encore plus de portes d'embarquement, mais la surface est a l'évidence plus grande car la foule habituellement dense est diluée dans des allées spacieuses. Les premiers WC le long de l'immense galerie des arrivées étaient à la turque et avec douchette :-) . J'ai retrouvé les boutiques duty-free qui offrent des dégustations de loukoums (j'aime bien ceux à la rose, et pistache-grenade) et testé les nouvelles banquettes des salles d'attente.

Banquettes matelassées le long deswallées du nouvel aéroport d'Istanbul

Elles ne sont pas toutes, loin s'en faut, optimisées pour qu'on s'y allonge (forme en arc de cercle, ou parfois accoudoirs en travers) mais j'ai fait une sieste confortable.

Enfin, arrivée du 2ème vol à l'aube à Almaty. J'ai pu remarquer une grande diversité parmi les passagers de la file réservée aux passeports kazakhs : type russe, mongol, chinois ou japonais, avec bien sûr tous les mélanges possibles. Et une rareté qui ne semble pas si exceptionnelle ici : des Kazakhs métis blonds aux yeux bleus avec des traits de type mongol très marqués.

Avec l'opion parasol :-) La fatigue et le manque d'entraînement aidant, j'ai confondu un billet de 10000 avec un de 1000 KZT, le bagagiste-porteur-rabatteur du taxi a mieux gagné sa journée que le conducteur... Enfin, il a dû faire un effort pour traîner et hisser jusque dans le coffre mon encombrant et pesant bagage spécial :

Emballage en cours. Même pliant,c'est bien encombrant

mon nouveau tricycle couché à suspension intégrale et châssis pliant, dont je parlerai quand j'aurai suffisamment roulé avec.

samedi 29 juin 2019

Ma prochaine destination / Мое следующое направление

Ce n’est pas…

Ses habitants étaient des nomades cavaliers pratiquant le chant de gorge diphonique et la chasse à l’aigle, mais ce n’est pas la Mongolie.

Kerwan : "Kөшпендилeр"

Drapeau du ...-stan C’est un grand exportateur de pétrole et de gaz, mais ce n’est pas un pays du Golfe Persique. C’est un pays à cheval sur 2 continents et où on parle russe, mais ce n’est pas la Russie. C’est un pays turcophone à cheval sur 2 continents, mais ce n’est pas la Turquie.

C’est…

un pays en –stan qui manque encore à ma collection, et le plus grand d'entre eux. C'est la terre natale des premières pommes. C’ est le premier producteur mondial d’uranium.

Point culminant du -stan où je vais cet été, vu depuis le -stan voisin : face sud-ouest du Khan Tengri

Le pays est constitué à 80% d' immenses steppes, mais son point culminant est à 7010 m. Je verrai peut-être sa face nord, mais probablement pas de cavaliers dresseurs d’aigles : il en reste dans le nord-est du pays, mais cette fois je visiterai seulement le sud-est ( le pays est grand comme 5 fois la France ).

L’avez-vous reconnu ?

jeudi 27 juin 2019

Retour Dagestan - Géorgie / Прощай Дагестан

Il serait temps que je termine les mises à jour, avant un nouveau départ...

Zaynab Makhaeva : "Единственный"

Alors en résumé, à Gunib, j'ai visité les environs : musée ethnographique ; mémorial dédié aux combattants des Guerres du Caucase, et en particulier à l'imam Shamil qui avait négocié un traité de paix conférant au Daguestan un statut particulier aux marches de l'empire russe ; un petit parc régional avec un élevage de daims.

Vallée de Salta, le long de la petite rivière Bakdakuli

Arsen, une connaissance de Zimfira, m'a guidée jusqu'à la très originale cascade de Salta, à environ 2 h de route de Gunib.

Saltinskiy vodopad, une curiosité naturelle accessible par un chemin qui se perd dans le lit du ruisseau

Le chemin à Saltinskiy vodopad s'enfonce dans un étroit canyon Cette cascade a creusé plusieurs strates de roche pour se frayer un passage souterrain quasi vertical avant de redevenir un ruisseau à l'air libre. On y accède en remontant à pied le lit du ruisseau.

Arsen et moi avons ensuite été invités pour thé + goûter par un sympathique papi tout fier de parler quelques mots d'allemand et de me faire visiter le terrain avec le monument dédié aux victimes de la "Grande guerre patriotique" (la 2ème guerre mondiale), qui, comme dans toute la Russie et l'ex URSS, comporte une liste de noms relativement longue par rapport à la population locale.

L'école du village de Salta : contre l'extrémisme, le terrorisme et la toxicomanie.

Enfin, la fin des vacances approchant à grands pas, retour rapide : Zimfira m'avait trouvé un taxi partagé jusqu'à Levashi. J'ai ensuite repassé le col Nagrelabek, en sens inverse, cette fois sans pluie ni brouillard, et youpiiiii, 50 km de descente jusqu'à la Caspienne. La route était un peu rugueuse : c'est pendant cette descente que mes poignets m'ont convaincue de choisir un modèle intégralement suspendu pour mon prochain trike.

Petite pause dans l'échoppe de Munia J'ai fait une pause à Sergokala : je cherchais un petit restau mais panne d'électricité au village, aucun four à shashliks ou à tchudu ne fonctionnait. Munia m'a proposé de manger une soupe avec elle dans son petit magasin de pastèques et a refusé que je paie (j'ai demandé 3 fois...).

Entrée d'Izberbash. La boucle est bouclée.

De là, retour à Izberbash, dernier bain de mer, puis taxi pour Vladikavkaz, en passant comme à l'aller par la riante Tchétchénie avec le trike sur le toit de la petite Lada, la même qu'à l'aller. Le conducteur Abdullahkh m'avait laissé son numéro de téléphone et attendait de pied ferme que je le rappelle pour le retour.

Il m'a déposée au poste frontière de Verkhnyi Lars, et là, ma commande de changement de vitesse a partiellement lâché. J'ai fait du camion-stop et je suis arrivée à Kazbegi dans le camping-car de Walter et Svetlana, un couple italiano-russe installé en Allemagne. Heureusement, car franchir les tunnels en tricycle aurait été infernal, limite suicidaire : ça bouchonnait, avec une longue file de camions dans chaque sens, plus des voitures qui essayaient de se faufiler au moindre élargissement et qui coinçaient ensuite la circulation. L'horreur...

Le lendemain matin, je suis arrivée miraculeusement à remettre en place la commande du changement de vitesses : ouf, j'ai pu franchir le col Djvaris !

Entre Kazbegi et le col Djvaris

J'y suis montée tout doucement, puis de nouveau, youpiiii, une grande descente jusqu'à la vallée de l'Aragvi. Juste avant d'arriver dans la plaine, je me suis posée dans un minuscule relais routier et j'ai appelé Giorgi pour terminer en taxi : pas trop envie de me risquer en tricycle sur les voies express d'entrée de Tbilissi...

Tbilissi, le centre ancien rénové et les thermes Tchreli Abanos.

Jgufi Bani : "მალიქა " (Maliqa - adzharuli)

Pour ma dernière journée à Tbilissi, je suis retournée aux thermes, avec cette fois l'option "massage sportif" : pas mal aussi. Mes hôtes, des Géorgiens d'origine arménienne, m'ont dit qu'ils avaient bien apprécié le petit cadeau que je leur avais apporté en arrivant il y a 1 mois, pour les remercier de m'avoir réservé une chambre sans versement d'acompte : du Brie truffé. Un de leurs oncles avait travaillé en France, ils connaissaient déjà quelques fromages français mais pas celui-là, et ils ont aimé !

Tbilissi. Immeubles typiques du centre historique

Pendant une excursion en minibus promène-touristes jusqu'à Sighnaghi, chef-lieu de la Kakhétie, la région des vignobles, j'ai prêté mon tricycle au touriste qui logeait à l'hôtel d'en face. Yaghoub, un iranien qashqay, languissait ici sans son vélo, car il avait dû abandonner sa voiture et son précieux chargement à la frontière Iran/Azerbaidjan. Enfin, j'ai passé un petit moment à reconstituer l'emballage de mon trike, voilà à quoi ça ressemblait :

Mon trike en tenue de camouflage, avant dépose de peaux de pastèques et cartons de pizzas vides

Quand je suis revenue vers minuit du petit restaurant qashqay (nouveau, avant c'était un restau de spécialités géorgiennes ici, sur la rue Pushkin) où Yaghoub m'avait invitée, j'ai retrouvé un petit amoncellement de cartons de pizzas vides et autres peaux de pastèques sur mon super-emballage... Heureusement, le camion-poubelle n'était pas passé faire le ménage !

dimanche 14 avril 2019

Magomed, bourgmestre de Sogratl / Магомед, градоначальник Согратля

Tchokh, village perché typique du Daguestan central

Mosquée à l'entrée de Sogratl. Les voitures ne vont pas plus loin.

Tcharondinskiy khor : "Гимн Дагестана" (chant patriotique avar)

Magomed m'avait doublée la veille sur la petite route avant Gamsutl. Quand je lui ai expliqué que je voulais visiter le village-fantôme et Tchokh, un autre village perché mais bien vivant celui-là, il s'est efforcé de me convaincre que son village Sogratl était aussi intéressant que Tchokh et qu'il fallait que je vienne lui rendre visite. J'ai hésité, car même si c'était proche, ma carte laissait prévoir une autre bonne grimpette pour y arriver.

Vue sur Tchokh entre des rochers depuis la petite route en contrebas

Qu'à cela ne tienne : le lendemain matin, Magomed m'a téléphoné pour savoir si j'étais bien en route, et il est venu à ma rencontre. Il m'a proposé de laisser le tricycle sur le parking d'une petite station-service en fond de vallée, et m'a conduite en voiture à Sogratl.

Tchokh, un village perché typique de la région

Au niveau architecture, Sogratl est en effet aussi intéressant que Tchokh, même si le site est un peu moins spectaculaire : Sogratl est à flanc de montagne alors que Tchokh est sur une petite crête.

Sogratl, village à flanc de montagne

Sogratl : tunnels piétons entre maisons du village Dans ces 2 villages avars, les maisons sont construites en escalier, le toit d'un niveau pouvant servir de terrasse à ceux du dessus. On peut circuler, à pied, par des ruelles, des escaliers et des arcades en tunnel, comme les traboules du vieux Lyon. Des grilles permettent de voir les galeries d'écoulement des eaux (pluviales ou eaux usées) qui descendent droit dans la pente, sous ou entre les constructions.

Magomed Gadzhiomarovitch est le bourgmestre de ce gros village.

Le long de la petite route qui monte à Sogratl, il m'a montré les rétroviseurs qu'il a fait installer dans quelques lacets ou au débouché de chemins transverses sans visibilité. Il avait vu de tels équipements quand il faisait son service militaire à Berlin-Est, et une fois devenu bourgmestre de son patelin, il a cherché un fournisseur pour la Russie. Visite du chef de district de Gunib dans la municipalité de Sogratl

Pendant qu'il me guidait dans les ruelles du village, j'ai aussi remarqué qu'il avait fait installer des corbeilles et des poubelles. Résultat : pas un détritus ni un emballage par terre, c'est le village le plus propre que j'ai vu au Daguestan.

J'ai pris un thé avec 3 employés de la municipalité, pendant que Magomed recevait une de ses administrées venue en fauteuil roulant à la Mairie. A la fin de l'entretien, les fils et/ou voisins de cette vieille dame sont venus porter le fauteuil dans les escaliers pour la reconduire chez elle. Ce n'est pas que la Mairie soit spécialement peu accessible aux PMR : en fait, tout le village est en escaliers...

Sogratl : la grande maison historique construite avec l'aide des moutons

Puis j'ai eu droit à une visite guidée de Sogratl. On a pris un thé avec quelques pâtisseries traditionnelles chez la mère de Magomed. Il m'a montré l'école, la boulangerie et son four tandyr, et une très grande maison avec cour intérieure dont j'ai oublié la fonction précise, mais dont la construction a nécessité d'acheminer du bois à dos de moutons. Un mouton porte peu, mais ils étaient nombreux !

L'école, avec les portraits des héros soviétiques de Sogratl

Un des portails menant à l'école. Gravé dans la pierre, il est écrit que chaque citoyen de l'URSS a droit à l'éducation L'école est une grande bâtisse : du temps de l'URSS, elle comptait près de 700 élèves ; ils ne sont plus que 120. L'exode rural est important au Daguestan.

Magomed m'a aussi montré le mémorial Vatan, dédié aux Daguestanais avars, lezgins et laks, qui s'étaient unis pour repousser Nadir Shah, le Napoléon persan du 18ème siècle. Et enfin, il m'a invitée à déjeûner à la gostinitsa du petit terrain de camping qu'il a fait créer en contrebas du village. Il y avait juste un chemin boueux et aucune signalisation pour y accéder, et encore aucun touriste. Mais Magomed fait de son mieux pour aider son village à être attractif, et veut rester optimiste quant au potentiel de sa région. J'espère que l'avenir lui donnera au moins un peu raison.

Sogratl : place à l'entrée du village, terminus pour les voitures

samedi 16 mars 2019

Gamsutl, village-fantôme / Село-призрак Гамсутль

Bakhtyar Gantaev : "Пандур и зурна" (lezginka avar)

J'avais vu sur le net quelques photos de villages en nid d'aigle que j'avais très envie d'aller voir de plus près. De Gunib, j'ai donc fait une excursion en direction de Tchokh et Gamsutl.

Un verger entre Gunib et Kommuna

On ne monte pas vite en tricycle, mais aucune importance : calée dans ma chaise longue, je pouvais savourer le paysage. Et j'ai même pu pique-niquer confortablement assise à midi, à l'ombre d'un arbre et de stèles ornés de foulards et bandeaux de tissus (je ne sais pas précisément ce que c'était).

Le long de la route entre Kommuna et Khadub

Les petites routes du Daguestan central ne sont pas très bonnes, mais elles sont tranquilles, le paysage est varié.

Vue de ma chaise longue pendant la montée vers Tchokh

Il était presque 3 h 1/2 quand je suis arrivée au pied du sentier qui relie la petite vallée du Tsamtichay au village-fantôme de Gamsutl. Faut dire que je ne suis pas partie très tôt de Gunib, le petit-déj était copieux chez Zimfira et Pakhrudin.

Entre Khadub et Tchokh

J'ai laissé le tricycle un peu avant les dernières maisons habitées vers 1300m, là où la piste devenait raide et caillouteuse, et j'ai pressé le pas pour arriver à Gamsutl (1700m) avant le coucher du soleil. Timing parfait : j'ai atteint le site au moment où l'éclairage le rend si photogénique.

Arrivée à Gamsultl à la bonne heure

Des randonneurs russes m'ont expliqué qu'à l'époque soviétique, il y avait l'électricité, un Med-Punkt (un petit dispensaire) et une petite salle de cinéma.

Vue de Gamsutl sur Obokh

Gamsutl a perdu ses derniers habitants entre 1950 et 1960.

Village fantôme de Gamsutl en fin d'après-midi

Un autre petit hameau en contrebas, Kurib, ne compte plus que 2 ou 3 maisons habitées.

Hameau quasi-abandonné de Kurib, vu du chemin qui monte à Gamsutl

J'ai passé une bonne heure à profiter de la vue et à flâner dans les ruines et sur le piton juste au-dessus.

Ruines de Gamsutl. Au loin, la montagne de Gunib

J'ai regretté de ne pas avoir monté de quoi bivouaquer, il y a un superbe "spot" juste au-dessus du hameau : une terrasse en pelouse plate adossée à la roche, avec une source d'eau fraîche 10 minutes en contrebas, et une vue magnifique... Mais bon, mes épaules ne sont pas encore (ou ne sont simplement plus) aptes au portage, tant pis.

Belvédère avec vue et spot de bivouac au-dessus de Gamsutl

Bivouac au bord du ruisseau Tsamtichay

Je suis donc redescendue à la nuit tombante avec les derniers randonneurs russes, et j'ai bivouaqué au pied de la montée, sans vue mais confortablement, avec une pelouse pour ma tente et des rochers arrondis de diverses tailles comme mobilier de jardin, en compagnie de quelques paisibles vaches.

vendredi 1 mars 2019

Au cœur du Daguestan / В самом сердце Дагестана

Zaïnab Makhaeva & Larisa Gadzhieva : "Вернись" (duo avar & lak)

Gunib est un gros village avar d'environ 2600 habitants, situé à peu près au centre géographique du Daguestan. Les Avars, sans e, sont le peuple le plus nombreux du Daguestan (un peu plus de 1/4 de la population).

Gunib vu d'un verger de Kommuna

Je croyais être presque arrivée quand j'ai passé le panneau indicateur "Gunib", mais le centre-ville est presque 300 m de dénivelé au-dessus, et la citadelle encore 300 m plus haut...

Centre de Gunib vu de la citadelle

La montée est raide : Gunib est un village perché typique du Daguestan central. Depuis ces villages en nid d'aigle, on voit arriver de loin les ennemis, ou les tricycles couchés. Ainsi, j'ai été filmée par un smartphone pendant que je montais tout doucement, depuis une maison située 3-4 lacets plus haut, et ces images sont arrivées au village une bonne demi-heure avant moi...

Vue de la citadelle de Gunib sur les vallées environnantes

Quand je suis enfin arrivée sur la grande place du village, j'ai d'abord visé la poste pour une nouvelle tentative d'expédition de mes confitures. Le temps que je sorte mes 2 pots du fond des grandes sacoches, un sympathique petit attroupement s'était formé devant mon tricycle. J'ai pu faire essayer mon engin à 2 gars, pendant que les autres m'expliquaient où je pourrais loger et ce qu'il fallait visiter.

Mon comité d'accueil à Gunib

A Gunib, la postière était aimable, et ne voyait aucune objection à expédier un colis pour la France, à condition que ce ne soit pas dans des pots en verre. J'ai fait la tournée des échoppes autour de la place centrale, en me demandant bien dans quoi j'allais mettre l'urbetch et la confiture de kyzyls.

La place centrale de Gunib au crépuscule

Ce fut laborieux, mais j'ai fini par revenir à la Poste avec des boîtes cylindriques en plastique bien plus larges que les pots de confiture, du gros scotch, et 8 rouleaux de PQ pour caler le tout dans un carton Почта России. Avec en prime un 3ème pot à expédier : quand j'ai expliqué dans la petite quincaillerie ce que je voulais emballer, la baboushka m'a mis sous le nez un bocal de sirop aux petites pommes de pin en me disant "Regardez, ça pourrait vous intéresser". Tout à fait !

Route entre Gunib centre-ville et la citadelle

Musée de Gunib : petit tapis représentant le monument Belye zhuravli, dédié aux soldats disparus. Ensuite, j'ai eu la flemme de monter encore de 300m jusqu'à Gunib-le-Haut, je suis allée me poser à l'hôtel Belye Zhuravli. J'ai tâtonné un peu pour trouver l'entrée : l'hôtel encore en travaux n'était pas signalé, et la réception n'est pas au rez-de-haussée. L'accueil était très agréable, et le prix plutôt bas par rapport au standing ; du coup j'y ai passé 3 nuits, pour visiter tranquillement et confortablement la région.

Vue de ma chambre à l'aube. Centre et citadelle de Gunib

J'ai hérité d'une spacieuse chambre 3 places avec vue sur la citadelle, et nous n'étions que 2 pensionnaires à utiliser la salle de bains commune, et néanmoins impeccablement propre, de mon étage.

La table du petit-déjeûner chez Zimfira et Pakhrudin

La propriétaire Zimfira m'a invitée à dîner avec la famille au 5ème étage. J'ai fait la connaissance de son mari Pakhrudin, directeur du musée national à Makhachkala. Zimfira et Pakhrudin ont fait une fois un court voyage en Italie et en France, ils rêvent d'y retourner : on se reverra peut-être dans les Alpes un jour.

Musée de Gunib. L'instrument à 3 cordes posé sur les kilims est un pandur

Entre autres échanges culturels informels, j'ai eu droit à une petite démonstration d'un exercice de diction. Par exemple, dire Sept cent soixante-dix-sept grenouilles coassaient sous le pont en langue avar, ça dépote ! Plusieurs langues caucasiennes, dont l'avar, possèdent en effet une belle collection de consonnes dites non pulmonaires, dont 2 que j'ai entendues pour la première fois chez mes hôtes avars, tɬʼ et qχʼ (c'est leur notation en alphabet phonétique international, en cyrillique je ne sais pas).

L'alphabet cyrillique augmenté pour transcrire la langue avar n'est pas avare de consonnes

Il y a encore plus de consonnes en abkhaze, mais l'avar en a 2 ou 3 vraiment originales. Certaines de ces consonnes, qui n'existent dans aucune langue indo-européenne, sont listées et enregistrées ici : fr.wikipedia.org/wiki/Consonne_éjective. Ou alors, écoutez attentivement les paroles des chansons en avar, on entend parfois passer ces sons exotiques...

jeudi 24 janvier 2019

Le long des routes de montagne / По горным дорогам

Descente du 2ème col, entre Levashi et Khadzhalmakhi

Shamil Gadzhiev : "По горным дорогам" (chant darguine en version russe)

La descente du col suivant, entre Levashi et Khadzhalmakhi, se terminait par un tronçon raide. Et en tricycle couché, on prend bien de la vitesse quand ça descend. Du coup je n'ai pas pris le temps de photographier les échoppes qui exposaient des dizaines de réfrigérateurs à vendre en bord de route. J'ai fait une petite pointe à 68 km/h, avec une petite frayeur quand j'ai serré un peu plus le frein gauche que le droit dans la dernière ligne droite...

Khadzhalmakhi, centre ville...

J'ai traversé Khadzhalmakhi au moment d'une panne d'électricité : pas de tchudu à cause des fours en panne, alors je me suis ravitaillée en glace crémeuse et jus de fruit (le Dagestan produit de bons jus de fruits).

Arrivée sur Gergebil

Dans le bourg suivant, Gerbebil, j'ai voulu poster mes pots de confiture, mais les 2 agents au guichet n'avaient aucune envie de faire ce travail. Ils ont prétendu que seul le bureau de poste de Makhatchkala peut expédier des colis pour l'étranger. J'ai eu beau protester en leur montrant la note de service de Potchta Rossii affichée au mur qui disait le contraire, je n'ai rien pu en tirer. J'ai donc continué à monter vers Gunib avec mes pots de confiture dans mes sacoches...

Approche des gorges de Karakoysu, entre Gergebil et Gunib

En remontant la vallée de la rivière Karakoysu, le relief devient progressivement plus spectaculaire et varié.

Karakoysu en sortie des turbines du barrage amont

Reliefs typiques du Daguestan central. Gorges de la rivière Karakoysu au niveau du barrage hydroélectrique amont Dans une station-service en construction où je me suis arrêtée pour faire un plein d'eau de source, Omar m'a recommandé divers sites à visiter dans le secteur, et voulait même m'inviter dans son village Salta, mais c'était trop loin et trop haut pour ce soir. Quand je lui ai demandé s'il n'y avait pas plutôt des coins tranquilles pour bivouaquer à proximité, il m'a conseillé de faire étape dans un gîte non signalé, un peu avant l'embranchement pour Salta et le 2ème barrage hydroélectrique.

Vallée de la rivière Karakoysu en amont de Kurmi

C'est ainsi que j'ai fait la connaissance de Raïssa, une modeste retraitée qui projette d'arrondir ses fins de mois en faisant rénover une bâtisse pour en faire une gostinitsa, avec 6 chambres et un tout petit restaurant. Les douches étaient en construction, et le WC à la turque derrière la maison n'avait pas de toit, ce qui lui permet d'être mieux aéré. Mais le rapport qualité/prix de la demi-pension était très correct !

Lac de retenue amont, entre le barrage et Gunib

Comme il faisait grand beau lors de mon départ le lendemain matin, Raïssa m'a suggéré d'installer une ombrelle sur mon tricycle. Je crois que je le ferai un de ces jours, à l'occasion d'une vélo-parade à Grenoble, mais sinon, en route, un chapeau est quand même plus pratique...

Sur la route de Gunib

vendredi 4 janvier 2019

Gîte et confitures / Ночлег и варенья

Après un bref second passage à Derbent,

Marché de Derbent, secteur des fromages

Derbent. Taxis et marshrutkas en attente de passagers. j'ai remonté un bout de côte en taxi. Le conducteur, un ex instituteur darguine à la retraite, a eu du mal à faire rentrer le tricycle dans sa voiture, mais ne voulait pas lâcher l'affaire. Pas de problème, on est partis avec la haillon à moitié ouvert tenu par une corde, ça faisait une bonne raison de rouler pas trop vite.

Shamil Gadzhiev : "Образ мечты" (chanson darguine)

Il m'a déposée comme convenu dans un petit village au début de la montée du col Nagrelabek, entre 2 averses et dans le brouillard.

Montée sous une petite pluie fraîche. Un petit village entre Devga et Mekegi

Il s'est remis à pleuvoir pendant que je montais. La position allongée sur le tricycle soumet les vêtements habituellement imperméables et respirants à rude épreuve, car l'eau peut plus facilement stagner au lieu de s'écouler. J'étais donc assez humide et contente qu'un brave automobiliste s'arrête à ma hauteur pas seulement pour observer mon tricycle, mais aussi pour m'inviter à passer la nuit chez lui à Mekegi.

Derrière le village de Mekegi, on distingue des carrières, exploitées par des ouzbeks.

Il m'a aussi proposé de m'y conduire en voiture, mais bon, faut pas abuser : je veux pouvoir compter mes cols dans la mise à jour annuelle pour le Club des Cent Cols... Alors, il m'a attendue un peu plus loin pour me guider depuis l'embranchement de la petite route qui menait vers sa maison, juste après une série de cabanons de découpe de pierre installés en bord de route.

Mes hôtes à Mekegi

Accueil simple et chaleureux. J'ai pu me changer et faire sécher mes vêtements tout en mangeant un goûter-repas copieux. J'ai pris une douche chaude dans la buanderie, et regardé la télé dans le salon en chantier pendant que Bagand continuait les travaux de rénovation de la maison, et que sa femme Aniset s'occupait d'une petite-fille lourdement handicapée.

Cour intérieure de ma maison à Mekegi. Le tricycle a dormi sous le porche de l'étable.

Au petit-déj, on m'a fait goûter de l' urbetch. C'est une spécialité daguestanaise qui a la consistance du Nutella, à base de graines de lin pressées légèrement torréfiées et de noix moulue, avec du miel ou de l'abricot. La maîtresse de maison avait aussi préparé de la confiture de kyzyls (des baies de cornouiller) : je suis repartie pendant une éclaircie avec un pot de chaque pour la route...

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