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jeudi 10 mai 2018

Camping *** à Tsey / Альплагер Цей

Alplager de Tsey Notre permis zone-frontière incomplet ne nous permettait pas d'aller randonner en amont de Stur-Digora dans le parc national d'Alanie. On a demandé à notre hôtel comment aller à Tsey. La réceptionniste nous a proposé un taxi à un prix correct. Notre chauffeur Zalim nous a proposé en route d'arranger un week-end chez des amis à Stur-Digora en fin de séjour, et nous a déposées à l' alplager de Tsey.

Oleg Taysaev & Gos-Ansambl Severnoy Osetii : "Иры зар"

Déco post-soviétique de l'alplager de Tsey On est arrivées à l'heure du dîner. Les touristes étrangers sont tellement rares à Tsey que le personnel nous a offert l'apéro et est venu trinquer avec nous. La cuisine était simple mais bonne. Ensuite, on a planté la tente de nuit sous un abri en bâche plastique : vu ce qui tombait, c'était bien pratique. La station de ski de Tsey, dans le vallon du Skazdon Le lendemain matin, petit promenade dans le vallon du glacier Skazdon. La montée sur le fil de l'arête de la moraine était chouette, mais ensuite le brouillard nous a efficacement dissuadées d'aller voir plus loin. Non, ce n'est pas un canon à neige. La frontière avec la Géorgie et l'Ossétie du sud n'est qu'à environ 7 km

A la redescente, surprise : les 2 télésièges de la station de ski ne sont pas abandonnés. On croise quelques touristes russes qui font l'aller-retour jusqu'au glacier. Pour terminer cette journée un peu terne, enchaînement banya + petite mousse + apéro + repas -> excellente nuit.

Tseyadon juste en amont de l'alplager de Tsey.

Sanctuaire abandonné dans la forêt près de Tsey Le lendemain, magnifique éclaircie. On visite un sanctuaire païen un peu perdu dans la forêt, et on remonte le vallon glaciaire du Tseyadon, d'abord par un sentier écologique qui nous instruit sur la géologie, le climat et la flore du secteur, puis sur de gros amas de blocs charriés par une précédente crue. Vue sur le glacier Tseyskiy depuis le point où le sentier a été détruit par les torrents en crue

Tseyadon. 6 km en aval du glacier, le courant est déjà fort Comme dans la vallée du Tcherek, on remarque que les glaciers du Caucase donnent naissance à des torrents qui deviennent rapidement imposants.

Lors du retour suivant à Vladikavkaz, on repasse par Mizur, un bled sinistré depuis qu'une partie des mines ont fermé, encaissé dans les gorges de l'Ardon, et plus moche que Rioupéroux, Livet et Gavet réunis.

mercredi 7 mars 2018

Vladikavkaz et son tramway / Владикавказ 3 : трамвай

Maya Bolotaeva : "Я Осетии дочь"

Prospect Mira, la grande rue piétonne de Vladikavkaz. Ancrages des câbles du réseau électrique et du tram. On a repassé une journée complète à Vladikavkaz, pour relaxer mes épaules, contacter l'agence et éclaircir nos problèmes de pogranitchnikh propuskov : pas de bol, notre permis ossète était, comme le permis kabardino-balkar, limité à 2 districts :-( . Exit donc la visite du parc national de Stur-Digora... On se contentera de faire une rando du côté de Tsey et une vers Verkhniy Fiagdon. Vladikavkaz, ulitsa Gappo Baeva

Vladikavkaz. Un tramway arrive à la station OZATEEn attendant, je vous propose une petite visite du tram de Vladikavkaz, que nous avons souvent utilisé pour nous déplacer car la ville est étalée en longueur le long du Terek, et quand on trimballait mon chariot-pulka, c'était le mode de transport le plus pratique. Il fallait s'y mettre à 2 pour monter les marches, mais une fois dans le tram, on pouvait ranger le chariot entier entre les rangées de sièges sans gêner le passage.

Plan du réseau de tram de Vladikavkaz. Interro la semaine prochaine Le tram de Vladikavkaz a été inauguré en 1904, avant même l'ère des Soviets. Il a été municipalisé en 1918, et partiellement détruit par des bombardements en 1942 pendant la bataille du Caucase. Une partie des rails restants avaient été déplacés pour réparer une voie ferrée stratégique. Il a été reconstruit entre 1945 et 1950, puis développé.

Zoom sur un détail du plan du réseau de tram de Vladikavkaz Le réseau comporte maintenant 10 lignes, et son plan est assez déroutant. Ce n'est pas un quadrillage "maillé" , ni un réseau "en étoile". Ce serait plutôt le genre pieuvre, voire plat de spaghettis.

Vous pouvez remarquer sur le plan une grande boucle centrale intégralement parcourue par les 10 lignes, 5 la parcourant dans le sens des aiguilles d'une montre, 5 en sens inverse, sans corrélation entre numéro de ligne et sens de parcours.

Sur cette grande boucle, qui fait jusqu'à 1 km de large, se greffent plusieurs branches, dont certaines sont elles-mêmes en boucle, parcourue par 2 lignes en sens inverse l'une de l'autre. Jusque dans les détails, on perçoit la main de l'artiste : voyez plutôt ce plan du terminus partiel (lignes 2 et 10) sur les lignes 5 et 9.

Original, non ? Enfin, faut pas être daltonien pour pouvoir utiliser un tel plan... Pour corser encore la chose sur le terrain, certains arrêts ne sont signalés que par de petites plaques à moitié rouillées accrochées aux câbles ou à un caténaire. Vladikavkaz, prospekt Mira. Cette pancarte est une station de tram...

Le seul gros avantage, c'est que notre hôtel était sur la boucle centrale, donc quel que soit le tram dans lequel on montait, on repassait forcément devant notre hôtel, éventuellement après avoir fait tout le tour de la ville dans les grandes longueurs... Vladikakvkaz. Poste de pilotage d'un tram. Un jour, quand on a demandé à 3 passants assis sur un banc le long des rails quel tram prendre pour rentrer vers la gare, ils nous ont répondu aimablement "N'importe lequel. Mais si vous êtes pressées, prenez le 4 ici ou le 8 là. Si vous voulez visiter le centre-ville au passage, prenez le 1 ici ou le 7 de l'autre côté." Si vous regardez attentivement le plan avec sa grande boucle, vous remarquerez en effet que le nombre de stations est très différent sur les 2 moitiés de la boucle (9 côté ouest, 16 côté est).

Le concept est amusant et finalement assez sympa pour le tourisme. Un peu moins pratique au quotidien ou si on est chargé : pour limiter l'attente, il faut parfois se poster à mi-chemin entre 2 arrêts "opposés" — souvent décalés — et courir prendre le premier tram qui passe à l'un ou l'autre arrêt.

Vente de tickets en rouleaux à bord d'un trolleybus de Novossibirsk La cabine du conducteur (ou, souvent, une conductrice) est ouverte, puisque c'est là qu'on achète les tickets. Comme dans pas mal d'autres villes russes, les tickets sont produits en rouleaux qui sont ensuite attachés dans la cabine, ou directement en collier ou à la ceinture par les agents chargés de les vendre.

Arrêt technique : la conductrice du tram enfile le gilet fluo réglementaire pour aller acheter son casse-croûte

Le conducteur peut faire des arrêts-minute en-dehors des stations : il enfile son gilet fluo avant de descendre acheter son pain ou un petit casse-croûte.

Le conducteur doit aussi enfiler son gilet quand il sort dépanner son tram ou son trolleybus. Je vous ressors une photo d'archive montrant une conductrice avec son seyant gilet fluo réglementaire, de sortie sur le toit de son trolleybus. Conductrice dépannant son trolleybus à Petrozavodsk

dimanche 25 février 2018

Douche russe / В русском душе (ду́ше)

Alpage dans la haute vallée du Baksan

Kubanskiy kazatchiy khor : "Ойся ты ойся, ты меня не бойся"

Sur le chemin du retour entre Terskol et Naltchik, on a fait étape à Verkhniy Baksan, chez Dzhamal, le conducteur qui nous avait cueillies en bas des gorges de l'Adyrsuu. Il nous avait fait de la pub pour son gîte "Ullu-El", camp de base idéal pour aller au lac Syltranköl, une jolie randonnée qui a le bon goût de ne pas être en zone frontière.

Dzhamal a construit une petite maison d'hôte juste à côté de la grande maison familiale, et sa femme Dzhanet cuisine des spécialités balkares. Au niveau aménagement, on a particulièrement apprécié la petite baignoire dans notre maisonnette. En effet, comme bien souvent en Russie, la plomberie laisse à désirer...

Economisez l'eau. A gauche : eau (froide). A droite: pas d'eau. Si vous passez des vacances d'été en Russie, vous apprendrez que c'est la haute saison du remont (la réparation) des installations de chauffage central. En ville, chaque quartier à tour de rôle subit une coupure d'eau chaude de 1 à 2 semaines. En-dehors de ces périodes de réparation, quand le chauffage central marche, la longueur des tuyaux entre chaudière et salle de bains, leur mauvaise isolation thermique, et la qualité souvent médiocre de la robinetterie, vous empêcheront de contrôler la température de l'eau même une fois que vous aurez repéré si les commandes froid/chaud sont standard ou inversées (ne vous fiez ni à la couleur rouge/bleu, ni à la position droite/gauche, c'est aléatoire). Gazoprovod et vodoprovod à l'entrée d'un hameau

Vous devrez vous habituer à vous laver sous une succession de douches glacées et brûlantes, avec quelques instants d'eau agréablement tiède entre deux tentatives de réglage des robinets ou du mitigeur. Je me demande pourquoi les "douches écossaises" ne s'appellent pas "douches russes", ce serait plus approprié...

Les Russes, endurcis par un rude climat continental, et habitués à apprécier les bienfaits du sauna (qui s'appelle "banya" en Russie), ne semblent pas gênés outre mesure par les défauts de leur plomberie. De toutes façons, ils auraient du mal à attirer des plombiers polonais, je pense...

Bref, chez Dzhamal, les phases de transition entre eau froide et chaude étaient particulièrement très brèves, et la température max était particulièrement élevée. Les fameux plombiers polonais Mais comme il avait installé une petite baignoire, on a renoncé à prendre une douche pour se préparer un bain d'eau tiède. Dommages causés par un mitigeur russe entrée de gamme Parfait, enfin presque : comme la baignoire était courte, fallait faire attention de ne pas laisser traîner une jambe sous le robinet pendant qu'il crachait de l'eau bouillante. J'ai fait un faux mouvement : j'ai eu pendant plusieurs jours une belle cicatrice de brûlure sur un mollet...

Gare routière Naltchik-1. Un kiosque de kvasVoilà, à part cet incident, la balade au-dessus du village était sympa, y avait des myrtilles et des genévriers le long du chemin. Ensuite, marshrutka pour Naltchik, en passant par Tyrnyauz (pour ceux qui connaissent la vallée de la Romanche, c'est aussi encaissé et plus laid que Séchilienne), puis retour suivant à Vladikavkaz.

dimanche 21 janvier 2018

Rando avec vue sur le toit de l'Europe / Прогулки с видом на крыше Европы

En chemin au-dessus de Terskol Margarita Suvorova : "Эльбрус" (chant karatchaïevo-balkar)

De Terskol, sans permis, on ne peut monter que du côté nord de la rivière Baksan. Le chemin pour l'observatoire du pic Terskol partait de juste derrière notre gîte.

Juste en amont du village, un garde fait payer 300 roubles (moins de 5 €) un ticket d'entrée valide dans les parcs nationaux du secteur. Ensuite, si on monte tôt le matin, c'est tranquille, et la vue est superbe. En montant dans la forêt de pins du Caucase On monte d'abord dans une forêt de pins qui sentent aussi bon que là où on s'est fait refouler, puis le chemin passe le long de petites barres de colonnes basaltiques. Colonnes basaltiques sur les flancs de l'Elbrouz Et enfin, en amont d'une belle cascade nommée "Dievitchy kosy" (tresses de jeune fille), on commence à avoir une belle vue sur l'Elbrouz, ou Mingi-Tau en karatchaïevo-balkar. Les 2 sommets de l'Elbrouz vus du pic Terskol

Pause pique-nique sur un divan-balcon de roches volcaniques Si vous avez bien suivi les épisodes précédents, vous ne pouvez plus ignorer que c'est le plus haut sommet d'Europe, et même plutôt 2 fois qu'une avec ses 5642 m (sommet ouest) et 5416 m (sommet est).

Dans le dernier tronçon sous l'Observatoire Terskol, on peut couper droit dans la pente, même sans bâtons et avec un bras quasi-invalide (enfin, sans le chariot-pulka, faut quand même pas exagérer) : les blocs volcaniques soudés à chaud depuis environ 700'000 ans sont bien stables, et cette roche dure et rugueuse accroche très bien sous les semelles Vibram.

Du pic Terskol (3127m), on voit bien les sommets frontaliers en face, dont l'Ushba qu'on aurait bien aimé voir de plus près. Vue du pic Terskol. Au fond, on aperçoit l'Ushba Les bâtiments autour de l'Observatoire ont l'air à moitié abandonnés, mais il est encore en service.

Le dôme de l'Observatoire Terskol (3127m)

En redescendant l'après-midi, on a croisé des cohortes de touristes lève-tard. Souvent ils ne montent que jusqu'à la cascade pour prendre une douche rafraîchissante. La cascade 'Dievitchi kosy' en heure de pointe Et comme ce sont très majoritairement des randonneurs russes, ils se promènent avec leur sidoushka aux fesses, La sidoushka est un accessoire très populaire chez les randonneurs russes ou parfois sanglée sur ou sous leur sac. Sidoushka portée sur ou sous le sac à dos

Randonneurs-alpinistes russes assis sur leur sidoushka Pour mémoire, si vous aviez raté l'épisode au sujet des sidoushki de ma petite promenade en Sibérie : une sidoushka sert de coussin pour s'assoir confortablement sur n'importe quel sol en cours de route. C'est un accessoire très populaire chez les randonneurs russes, et ça fait partie des trucs que j'ai adoptés au cours de mes voyages.

Sidoushka Dekatlon made in Russia Ce qui est fabuleux, c'est que Décathlon, qui a ouvert un magasin dans une dizaine de villes de Russie, s'est mis à commercialiser des sidoushki Dekatlon, alors que cet article est introuvable chez Décathlon en France. Pour info, la sidoushka Dekatlon de luxe aluminisée est à 189 roubles (à peine 3 €), et la version de base moitié moins chère.

Avis aux amateurs : à mon avis, c'est une affaire qui pourrait marcher très bien à Grenoble !

vendredi 29 décembre 2017

Quatrième rencontre avec les pogranitchniki / Четвёртая встреча с пограничниками

Vallée du Tcherek Bezengskyi > Aydamir Mugu & Aslan Tlebzu : "Седовласый Кавказ"

Va falloir que je me bouge ou que je fasse un résumé plus court, sinon je risque de ne pas avoir terminé le blog des vacances 2017 avant les vacances 2018 ! Mais soyez indulgents pour la lenteur des mises à jour : les séquelles de mon accident de mars dernier me gênent encore pour écrire, j'ai récemment chopé une tendinite au coude droit en cherchant à ménager mon épaule droite...

Retour Bezengi - Naltchik : bain de pieds dans la boue entre 2 marshrutkas Bref, après ces belles journées à Bezengi, on est redescendues en marshrutka jusqu'à Naltchik, avec une correspondance marshrutka - bain de pieds - marshrutka dans un lacet où la piste était coupée par une coulée de boue. Notre deuxième conducteur a gentiment fait un arrêt au gué suivant pour qu'on se lave les pieds à l'eau claire.

Ushba (4710m), face sud vue de Géorgie De là on a enchaîné directement pour Verkhniy Baksan parce que le conducteur, après avoir déposé tout le groupe dans un lieu inconnu à Naltchik, nous a proposé un tarif honnête pour aller jusqu'à notre destination suivante. De Verkhniy Baksan, on peut remonter l'Adyrsuu jusqu'à un autre confortable alplager , et passer un col pour rejoindre la vallée de l'Adylsuu d'où on devrait avoir une belle vue sur l'Ushba, l'équivalent du Cervin dans le Caucase.

On attend le funiculaire au débouché des gorges de l'Adyrsuu La remontée de la vallée commence par un funiculaire rustique, qui doit débiter au maximum 4 à 6 voitures par heure en période de pointe. La piste continue ensuite dans une forêt de pins qui sent super bon. Et là, juste avant un petit pont qui re-franchit la gorge de l'Adyrsuu, on rencontre un point de contrôle des permis zone-frontière. On n'ira pas plus loin : le garde-frontière (pogranitchnik en russe) nous apprend que notre permis n'est pas valide dans ce district. :-( Zut, zut, zut, on ne pourra pas aller bivouaquer dans une clairière qui sent si bon le pin, ni admirer la face nord de l'Ushba...

Cabane de garde-frontière entre l'alplager et le glacier de Bezengi L'agence de Vladikavkaz nous a remis nos permis sans même vérifier qu'ils correspondaient à ce qu'on avait demandé. Et comme il faut près de 2 mois au FSB pour valider une nouvelle demande, inutile d'espérer obtenir un nouveau permis en 1 semaine. C'est ridicule de retoquer de simples touristes randonneurs ou alpinistes dans des coins où la frontière est aussi difficile d'accès, mais inutile d'insister : les pogranitchniki ont ordre de ne laisser passer que les permis en règle, et ils sont suffisamment équipés et armés pour être dissuasifs. Et comme on a vu au-dessus de Bezengi, des pogranitchniki, il peut y en avoir d'autres en amont, jusque sur les glaciers... Donc demi-tour.

Funiculaire dans les gorges de l'Adyrsuu Une alpiniste venue de Lettonie, qui nous a aidées à redescendre mon chariot-pulka par les escaliers longeant le funiculaire, nous a dit qu'elle avait aussi eu ce genre de surprise dans un district voisin, et là, elle attendait que son guide arrive avec son permis pour l'Adyrsuu.

Demi-tour, on redescend... Le funiculaire des gorges de l'Adyrsuu, avec mon chariot sur les épaules d'une alpiniste lettone Sur le petit tronçon de route entre le funiculaire et la route principale, un gars qui a un gîte dans le village de Verkhniy Baksan attend les randonneurs fatigués et fait le taxi. Il nous propose un tarif presque honnête pour Terskol. Quand je lui fais remarquer que pour le kilométrage, c'est quand même plus cher qu'à Vladikavkaz, il répond en souriant : "Oui, mais ici, il y a l'Elbrouz"...

En route, entre Verkhniy Baksan et Elbrouz, le chef-lieu du district suivant, on traverse un village appelé Neutrino : notre chauffeur nous explique qu'il y a un observatoire souterrain, et je suis toute fière de lui apprendre que j'ai des collègues qui travaillent dans un observatoire similaire dans les Alpes, au tunnel du Fréjus. Après l'effort le réconfort : bière locale Altitude

Bref, 1/2 h et 400 roubles plus tard, nous arrivons à Terskol où les hôtels sont plus pleins qu'à Vladikavkaz (oui, c'est vrai, il y a l'Elbrouz...). Mais on trouve un gîte sympa tout propre et pas cher, où on se pose avant d'aller se consoler dans un restau. Et pour accompagner un bon repas, on nous propose la bière locale, la "5642" que les gens du coin appellent simplement "altitude". Vous devinez ? C'est l'altitude de l'Elbrouz. Elbrouz (5642m) vu du pic Terskol

dimanche 26 novembre 2017

Vacances à l' alplager / Отдых в альплагере

Alplager de Bezengi. Au fond, la pyramide du Gestola (4860 m)

Alplager de Bezengi vu depuis le sentier qui remonte le vallon du Mizhirgi Entre mes petites randos, je me suis reposée à l' alplager et j'en ai profité pour observer la vie quotidienne de ses habitants temporaires, presque tous russes, à part quelques alpinistes biélorusses, polonais, tchèques, ukrainiens ou kazakhs.

Alplager de Bezengi : le terrain de camping avec vue sur les parois de l'école d'escalade

Ansambl Kartcha : "Боз алаша" (chant karatchaeïvo-balkar)

Chemin entre le glacier Bezengi et l'alpager

Alplager de Bezengi : pause-pastèque L' alplager de Bezengi est géré par des Balkars. Ils font venir chaque matin un tracteur qui monte du ravitaillement de Bezengi-village et descend des poubelles, et une marshrutka de Naltchik. Quand je suis passée le voir la veille de notre départ pour réserver 2 places dans le minibus et payer notre séjour, le directeur a commencé par me dire qu'en tant que visiteurs français, on n'avait pas à payer notre séjour. Je lui ai répondu en souriant que si les alpinistes russes payent, moi aussi je peux payer : il m'a donné le tarif et j'ai payé. Comme quoi la pratique du taarof n'est pas exclusivement persane. Ceci dit, il nous a fait payer la place de bus plus cher qu'aux alpinistes russes, mais on ne s'en est aperçues qu'à Naltchik, quand le conducteur nous a donné son tarif pour enchaîner jusqu'à Verkhniy Baksan...

Vallon du Mizhirgi en amont de l'alplager de Bezengi : vestiges de station météo dans un alpage exposée aux chutes de bloc Les habitants de l' alplager ont le choix entre des chambres dans un des bâtiments du camp, ou le terrain de camping. En arrivant le premier soir, on se demandait si c'était bien raisonnable de camper parmi ces tentes entassées, mais en fait, aucun problème : c'est calme. La majorité des campeurs se lèvent tôt pour aller grimper ou randonner : ça permet de profiter de belles journées avant les fréquentes averses de fin d'après-midi.

Alplager de Bezengi : un cours sur les nœuds Pendant la journée, ceux qui ne sont pas encore partis, ou déjà revenus d'une course se livrent à diverses occupations : douche et lessive, leçons sur les nœuds et les manœuvres de corde, cours de secourisme avec travaux pratiques, école d'escalade,... On a même aperçu un soir une course d'orientation nocturne : telles des lucioles, des frontales couraient le long des chemins du secteur.

Lors d'une de nos pause au café, le plus grand bâtiment de l'alplager, une russe est venue discuter avec nous dans son meilleur français — meilleur que mon russe. Elle nous a confirmé qu'en Russie, les alpinistes suivent une formation assez exigeante. On avait déjà remarqué que les alpinistes russes sont entraînés à porter des gros sacs bien lourds ; ils doivent aussi être capables de ramener un blessé au camp de base. Alpager de Bezengi : TP de secourisme

Bar de l'alplager Bezengi. Révision des nœuds. Enfin, on a profité du café-restaurant du camp : l'équipe balkar prépare chaque jour des osetinskie pirogi au fromage frais et aux herbes, des salades tomate-concombre, des shashliks, des soupes, du riz pilaf... Il arrive même, avec un peu de chance, que les bières soient fraîches !

mardi 31 octobre 2017

Au pied du mur / К стене

Avant l' alplager de Bezengi et le mur de Bezengi, on passe au village de Bezengi. Au terminus, sur la petite place du village, on s'est réfugiées pendant une petite averse dans un des 2 magazin-kafe. On a commandé un thé, et la gérante nous l'a servi dans l'arrière-boutique.

Village de Bezengi. Fin d'après-midi souvent pluvieux Taulan Batchaev, Daud Zhanataev, Tengiz Gabaev, Zuhra Kabardokova, Fatima Bajchorova & Kamilya : "Минги-тау" (chant traditionnel karatchaïevo-balkar)

Vallée du Tcherek Bezengskiy

Le chariot-pulka remonte vallée du Tcherek Bezengskiy. Premier aperçu du mur de Bezengi Elle nous a expliqué qu'il y avait pas mal d'exode rural dans le coin, les Balkars ne sont plus très nombreux. Et d'après elle, les diverses langues turcophones de l'ouest de la Russie sont relativement proches : un Balkar peut à peu près comprendre ce qu'un Azéri, un Kumyk ou un Tatar lui dit. En tous cas, à l'oreille, le balkar sonne en effet assez "turc", avec entre autres particularités des séries de voyelles qui déteignent sur leurs voisines (mots en taratata ou en türlütütü, car en turc on ne mélange pas les voyelles ouvertes ou fermées dans un même mot). Et vous avez sans doute remarqué en écoutant les paroles des chants, la langue est moins riche en consonnes que chez les voisins kabardino-tcherkesses...

Tcherek Bezengskiy à moins de 5 km en aval de sa source : déjà costaud !

Nuages du soir sur le vallon du Mizhirgi Après un bivouac tranquille en sortie de village, le lendemain on est montées à pied jusqu'à l' alplager de Bezengi. Cette petite route non asphaltée le long du Tcherek est tranquille (ce serait super à vélo, mais bon, même à pied c'est agréable) . La vallée est belle.

Le site de l' alplager est lui aussi superbe. On y est restées 3 jours, pour aller admirer le fameux mur de Bezengi Un des nombreux cairns (турик en russe) sur le chemin du glacier Bezengi et ses à-côté, depuis les moraines du glacier Mizhirgi Moraine du glacier Mizhirgi au-dessus de l'alplager de Bezengi

Cailloux sur la moraine du glacier Mizhirgi et du glacier Bezengi, Mur de Bezengi vu depuis le pied du glacier. Pour le Shkhara (5201m), prendre au fond à gauche encadrées par des flancs de vallée abrupts et parfois instables. Terrain friable sur les flancs de la moraine du glacier Bezengi J'ai vu 2 fois un petit groupe de bouquetins du Caucase, mais ils courent vite, je n'ai eu en photo que le petit dernier : Petit dernier d'une famille de bouquetins du Caucase. Ils sont descendus dans le talus en faisant dégringoler les cailloux

Alpinistes russes dans un champ de cailloux Bezengi est une destination prisée par les alpinistes russes Alpinistes russes en chemin pour le camp 1 du Koshtan-tau ou du Dykh-tau il y a une belle collection de "5000" à proximité (Dykh-tau, Skhara, Koshtan-tau, Dzhangy-tau, pic Pushkin et Mizhirgi-tau). Le long du glacier Mizhirgi, juste avant mon demi-tour (le passage suivant à flanc de moraine n'est pas facile sans les bras) Malgré ça, les quelques sentiers partant du camp sont assez tranquilles. Bezengi : vallon, glacier, source du Tcherek, et mur Le plus étonnant, c'est qu'il y a encore un poste de contrôle (en plus de celui sur la route à la sortie du village de Bezengi, où notre permis zone-frontière kabardino-balkare a été contrôlé une première fois) et des garde-frontière russes jusque sur ces glaciers ! Le Nord Caucase est difficile à franchir, et reste une barrière stratégique sur laquelle la Russie veille de près.

dimanche 22 octobre 2017

De l'Ossétie du Nord - Alanie à la Kabardino-Balkarie / Из РСО-Алания в КБР

Un des buts du voyage était de voir la face nord du mur de Bezengi, une belle muraille culminant à 5200m, dont on avait pu admirer le versant géorgien en Svanétie en 2011. De l'autre côté du mur de Bezengi : le Mont Skhara vu d'Ushguli.

Magomed Dzybov : "Кобэщычым Яхьанэхъожъ" (chant tcherkess)

Bezengi est en Kabardino-Balkarie. De Vladikavkaz, capitale d'Ossétie du Nord - Alanie, à Naltchik, capitale de la république de Kabardino-Balkarie, il n'y a que 2 trains par jour avec changement à Eaux Minérales (sérieux, la ville s'appelle Минеральные Воды), et pas à des heures très pratiques pour nous. On a pris une marshrutka. Gare routière nord de Vladikavkaz. Interdit de prendre des photos dans ce hall

A la gare routière Naltchik-1, une passagère de notre minibus nous a expliqué que pour continuer sur Bezengi, il fallait aller à la gare routière 2, celle du Zelyoniy rynok (le marché des fruits & légumes), et elle nous a appelé un taxi moins cher que ceux qui maraudent dans la gare routière. A Naltchik-2 on a fait quelques emplettes au marché et pris un rafraîchissement à la cafèt de l' avtovokzal. On est maintenant en pays musulman : lave-main à l'entrée de la salle et plats hallal au self-service. Mais la proportion de jeunes femmes encapuchonnées m'a semblé plus faible qu'en France. Gare routière Zelyoniy rynok, Naltchik-2 Lorsque le bus Naltchik - Bezengi a fait une petite halte vers Kashkhatau, on nous a expliqué qu'on était maintenant en terre balkare. C'est vrai qu'en montant, les noms des villages commençaient à être moins exotiques : ça rappelait du déjà vu en Asie Centrale, avec par exemple des noms de rivières ou de villages riverains en ...-su (su ou suu = eau en turc, tatar, kazakh, kyrgyz...).

Gorges du Tcherek Khulamskiy entre Babugent et Karasu

Petite pause culturelle : les Kabardes font partie de la grande tribu des Tcherkesses (ou Adyguéens), ils parlent une langue de la famille "Caucase nord-ouest" (langues abkhazo-adyguéennes) riche d'une soixantaine de consonnes. Ils habitent majoritairement dans la plaine au pied du Caucase. Petit marché près de la gare routière nord de Vladikavkaz. Couvre-chefs caucasiens Un peu plus au sud, dans la montagne, on trouve des Balkars et des Karatchaïs, qui parlent une langue de la famille du turc.

Alim Gazaev : "Марьям" (chant balkar)

Il aurait pu paraître logique de créer une micro-république kabardino-tcherkesse et une micro-république karatchaïevo-balkare. Mais suivant un précepte connu depuis la nuit des temps, Staline a appliqué une autre logique consistant à diviser pour régner. C'est pourquoi les habitants turcophones sont minoritaires aussi bien en Karatchaïevo-Tcherkessie qu'en Kabardino-Balkarie.

dimanche 8 octobre 2017

Bienvenue à Ordzhonikidze / Владикавказ 2

De retour à Vladikavkaz, on n'a eu aucune peine pour retrouver à se loger : le bus de touristes russes allait au Kadgaron, l'hôtel où on s'était posées en arrivant la semaine dernière. Vladikavkaz. Un livreur de kvas passe devant l'hôtel Kadgaron La réceptionniste a fait un peu la tête parce qu'on avait perdu un de nos coupons d'enregistrement, mais nous a finalement ré-enregistrées, puis le lendemain matin, nous a suggéré d'aller voir un petit atelier près du marché central, rue Ramonova.

Cet atelier était minuscule. Il y avait bien un peu de quincaillerie, une perceuse sur pied et une machine pour copier des clés, mais le technicien a rapidement conclu qu'il ne pourrait rien faire pour nos morceaux de chariot. Par contre, à OZATE, peut-être on trouverait la solution. Il nous a montré l'emplacement sur notre plan de ville, et nous voilà reparties, en tram. Faudra que je vous fasse un petit topo sur le réseau de tram de Vladikavkaz, une prochaine fois.

Bientôt les élections au parlement d'Ossétie du Nord : une star locale soutient le parti communiste.

Chœur et orchestre du Bolshoï teatr : version russe d'un chant plus populaire ici que dans son pays d'origine, la France.

Quand le tram 5 ou 9 nous a déposées à destination, on était un peu perplexes. A côté du magasin AIST velosiped, il y avait une grande bâtisse datant de l'époque soviétique, avec une enseigne ОЗАТЭ gravée dans le béton, mais fermée.

On est rentrées dans le magasin de vélos, et le jeune qui était là nous a fait passer dans l'arrière boutique, puis dans l'arrière-cour, pour entrer dans une annexe dont ne ne sait pas très bien si elle faisait partie de la boutique ou de l'usine. Atelier AIST & OZATE : le coin vélo, Macron aux infos, et Staline au-dessus de la mêlée...

Cet atelier était un sympathique capharnaüm, on ne s'est pas ennuyées pendant les 2 heures de l'intervention. On pouvait regarder les infos à la télé, mais ce n'était pas le plus intéressant. Atelier AIST & OZATE, le coin Kalashnikov On a pu lire une affiche bien illustrée expliquant comment remonter son AK74, un fleuron de l'industrie soviétique plus connu chez nous sous le nom de la marque, Kalashnikov.

On pouvait aussi admirer diverses décorations : une arbalète, un sabre, une hache, une baïonnette, des médailles d'anciens combattants ou des fanions de clubs de trial, et un portrait d'un Caucasien mondialement connu, Iossip Vissarionovith Djougachvili. Il y avait aussi un portrait de Vladimir Illitch Oulianov, mais moins visible dans le hall d'entrée.

Atelier de tournage de l'usine OZATE à Vladikavkaz L'usine est en voie d'abandon, mais il reste quelques machines-outils, et une grande carte murale de l'URSS, toute jaunie par le temps.

Remontage du chariot-pulka réparé : mécanos et vélocipédistes de tous pays, entraidez-vous ! Le technicien le plus expérimenté de la maison a pris le chariot en main. Comme il n'avait pas de raccords de la bonne dimension, ni de poste pour souder l'alu, il est allé dans un atelier bien plus grand pour tourner et fraiser 2 raccords sur mesure en tube plein. Il a ensuite poncé minutieusement pour que tout s'emboîte bien, taraudé et vissé les raccords, et voilà.

Il avait visiblement une bonne formation de mécanicien, mais pas de commercial : j'ai insisté un peu pour payer, mais il a répondu qu'il était normal d'aider les voyageurs.

Pour fêter la réussite de notre mécano, on a bu un pot à sa santé à la Pivnaya SSSR sur Prospekt Mira : za mir !

Pivnaya CCCP. Portrait de Staline au-dessus de l'écran de télé Stéphane Grappelli : premier hymne de l'URSS, interprété en style jazz manouche

Dans cette petite brasserie typiquement russe, on commande de petites assiettes de poisson séché pour accompagner la bière, et on peut la siroter en regardant des comédies des années 60-70, ou en feuilletant des magazines ou des bouquins rangés sur une étagère : j'ai aperçu un Code du travail soviétique, par exemple.

Ah, au fait, vous l'avez peut-être reconnu dans la pénombre au-dessus de la télé : c'est encore un portrait de l'Homme d'acier soviétique.

J'aime Vladikavkaz, en ossète Je n'ai pas vu s'il y avait aussi dans un autre coin un portrait de ses copains également originaires du Caucase, Mikoyan, Beria et Ordzhonikidze.

Vladikavkaz a porté le nom d'Ordzhonikidze pendant une soixantaine d'années, du temps de l'URSS, à part un intermède d'une dizaine d'années où la ville a porté un nom ossète, Dzadzhykhau.

mardi 3 octobre 2017

Dargavs, petite ville des morts / Даргавс, мёртвых городок

Nécropole de Dargavs. Toits avec vue sur le Gizeldon

Yusup Dzhenaev & Evelina Eyupova (2 couplets en ossète) puis Timur Ramazanov & Alsu Seytova (2 couplets en karatchaïevo-balkar) : "Цы сусæг кæнон - Ярат синем"

Dargavs est un site peu étendu et peu connu à l'étranger, mais qui mérite le détour. C'est dans une belle vallée ouverte. Par beau temps on peut voir le Kazbek ; et sur un promontoire dominant le village, et baignant dans une belle lumière l'après-midi, on trouve ce que les gens du coin appellent мёртвых городок (ça se prononce myortvikh gorodok), littéralement la petite ville des morts. On aime bien les diminutifs en Russie : vous connaissez sans doute la petite eau russe, la vodka. Village de Dargavs et haute vallée du Gizeldon A l'accueil du site, avant même qu'on achète nos tickets d'entrée, on nous a offert un thé et un savoureux osetinskiy pirog, une espèce de tourte farcie avec viande hachée, oignon, chou et épices. Il existe d'autres variantes, en particulier au fromage frais et fines herbes.

Nécropole de Dargavs vue de l'entrée du site

Et ensuite, on a passé l'après-midi à slalomer entre les... euh, je ne sais pas comment ça s'appelle, ces petites maisonnettes qui me font un peu penser à des morilles, avec un toit similaire à celui des tours ingouches, c'est-à-dire avec des couches d'ardoises alternant avec les pierres des murs. Dargavs. Des toits ardoise+pierre vus de dessous.

Selon l'époque de construction (14 ± 2 zième siècle) ou les goûts du constructeur, ce toit peut être à 2 ou 4 pans, droit ou légèrement bombé, plus ou moins raide. Toutes ces maisonnettes sont des tombeaux : dans plusieurs d'entre elles on peut voir des squelettes par l'unique ouverture, une fenêtre carrée ou voutée.

Nécropole de Dargavs vue de la sortie du site Après avoir déambulé en long, en large et en travers dans la nécropole, on a visité le petit musée ethnographique, et on s'est raccrochées à un groupe de touristes russes de Moscou et Kazan. Il restait quelques places dans leur bus, leur guide nous a proposé de rentrer à Vladikavkaz avec eux.

Ce petit bus a pris l'étroite piste vertigineuse qui serpente à flanc de falaise, à proximité de la conduite forcée qui alimente la centrale électrique Gizeldonskaya. Là, on a compris pourquoi les marshroutkas Dargavs - Vladikavkaz font le détour par Verkhnyi Fiagdon plutôt que de passer par les gorges du Gizeldon... Nécropole de Dargavs

lundi 25 septembre 2017

Ambulance pour Dargavs / Неотложка до Даргавса

Rupture du chariot-pulka... Tcherim Nakhushev & Olga Sokurova : "Лъагъуныгъэ уэрэд" (chant tcherkess)

La suite des événements était incertaine à cause de la rupture du chariot, mais rien de catastrophique. On était à environ 300 m d'un hameau habité, tout près d'une bifurcation entre 2 petites routes : celle montant au col suivant, en direction de Dargavs, et celle redescendant directement sur Vladikavkaz. On a décidé de continuer sur Dargavs pour visiter ce site, et ensuite on verrait bien si on pouvait trouver un réparateur à Vladikavkaz.

Vue de Karmadon sur le mont Mailikhokh (4598m) et le glacier Kolka

Notre ambulance à DargavsMais pas question de porter nos gros sacs + le chariot au bout de nos 3 bras valides sur plus de 300 m. Après avoir salué en passant une équipe d'alpinistes russes qui partait à l'assaut du Kazbek, on s'est posées au pied d'arbres avec vue pour faire du stop. Vu le trafic, on a alterné des tours de garde en plein soleil pour faire signe aux rares conducteurs, et des pauses sieste ou pique-nique à l'ombre.

3 heures et 5 voitures pleines plus tard, on a pu embarquer dans une ambulance vide. Ah, c'est sûr qu'à vélo, ça aurait été plus rapide au démarrage, et on aurait pu s'arrêter pour des photos en route. Mais bon, ce jour-là, j'ai arrêté de grogner contre ce malheureux chariot : si on ne trouvait pas comment le réparer, je ne pourrais plus faire grand chose d'autre que buller dans les stations thermales du Caucase pendant 3 semaines, et ça ne serait pas très bon pour mon régime...

En autostop dans une ambulance rustique de Karmadon à Dargavs

Je n'ai pas fini de trier mes photos de Dargavs, vous les verrez au prochain épisode.

lundi 18 septembre 2017

Datcha accueillante et sanatorium fantôme / Уютная дача и призрачный санаторий

Des ruchers nomades, on pensait aller facilement jusqu'à Dargavs en 2 jours. Vallée du Suargom ; au fond, l'Ingouchie

Khakhty Zalta & ansambl Sarmat : "Терчы бабызта" (chant ossète)

Nos permis zone frontière ont bien sûr été contrôlés. Le poste de contrôle ossète n'était pas très visible, il faut faire un détour de 50 m pour passer devant le portail, mais les garde-frontière savaient bien qu'on allait passer : ils patrouillent régulièrement sur la piste et on les avait déjà rencontrés un peu plus bas la veille.

Utilisation de l'abondante végétation locale : bouillon-blanc. Ah non, pardon : pétasite A pied, on avance bien plus lentement qu'à vélo, alors on a plus de temps pour observer la végétation, un peu similaire à celle des Alpes, mais avec plus de plantes plus grosses, plus grandes, plus fleuries. J'ai mangé des fraises des bois et des framboises, et apprécié quelques plantes non comestibles mais bien pratiques : la pétasite utilisable comme parasol, et le bouillon-blanc qui peut avantageusement remplacer le PQ grâce à ses grandes feuilles veloutées.

Un raccourci entre le col et Staraïa SanibaEn-dessous de 2000m, si les troupeaux n'ont pas tondu, il est parfois difficile de se frayer un chemin à travers champs. On a quand même pris 2 raccourcis là où l'herbe et les plantes n'étaient pas trop hautes, pour arriver en fin d'après-midi à Staraïa Saniba.

Là, après avoir fait le plein d'eau dans la première maison sur notre chemin, on est remontées jusqu'à un petit pont sur le Kauridon, et comme la piste n'avait pas l'air de continuer, on a demandé si on pouvait rejoindre Karmadon en suivant le trajet du gazoprovod (le petit gazoduc qui alimente ces villages) ou s'il suffisait de contourner le pied de la butte. Carte et vue satellite de l'éboulement du glacier Kolka dans la vallée du Genaldon Et là on a déchanté : Raïa nous a dit qu'on ne pourrait pas franchir le Genaldon et le grand éboulement en traînant notre chariot. Il fallait descendre jusqu'à l'entrée des gorges pour trouver un pont, puis remonter à Karmadon, soit environ 7 km de détour. Et ça, à pied, c'est beaucoup !

Alors, quand Raïa nous a proposé de faire une pause pour prendre le thé en attendant que la voiture soit prête, on a accepté avec soulagement et gratitude. Bien sûr, avec le thé, enrichi en herbes aromatiques du coin (menthe, sauge, origan,...), on a eu du gâteau, des biscuits et du miel. Et on a bavardé sous la véranda.

Raïa habite Vladikavkaz où elle est habituellement très sollicitée par ses petits-enfants, alors pour se reposer, elle monte ici à la datcha avec son mari, ancien général et depuis peu député. Le général nous a demandé ce qu'on pensait de notre nouveau président, et si il allait continuer à coller aux basques des USA comme ses prédécesseurs. Raïa, elle, nous a expliqué que le nom du village suivant, Karmadon, signifiait chaude-eau. Contreforts du Mont Tchizdzhinkhokh au-dessus de Karmadon Du coup on s'est mises à parler des familles de langues: l'ossète est la seule langue du Caucase apparentée, d'un peu loin, au persan (karm, c'est la même racine que garm en persan et en tadjik). Il existe 2 dialectes en Ossétie du Nord, la langue officielle iron, langue maternelle de son mari, alors que Raïa parle digor ; du coup entre eux ils parlent russe. Enfin, amusée par ma tentative pour prononcer avé l'accent les 2 mots d'ingouche que j'avais appris, elle a fini par nous dire qu'elle n'aimait pas bien les Ingouches, plus enclins à guerroyer que les paisibles Ossètes.

Sur ces bons mots, le voisin et sa voiture étaient prêts, on a démonté le chariot, et notre chauffeur nous a déposées à Karmadon à la nuit tombante. On a choisi dans le noir un coin avec vue en prévision du p'tit déj.

Bivouac avec vue à Karmadon : massif du Kazbek

Bivouac avec vue à Karmadon, côté face C'était pas mal, même si on se doutait bien que de l'autre côté, ce serait moins glamour avec les immeubles abandonnés qu'on avait vus de loin la veille : la chute de l'URSS et l'effondrement du glacier Kolka (125 morts en 2002) ont eu raison de la station thermale de Karmadon. Et... nos sacs à dos ont eu raison du chariot-pulka (on n'aurait peut-être pas dû essayer de mettre les 2 à la fois dessus) : un bras puis l'autre ont rompu au moment où on se posait à Karmadon.

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