27 juil. 2018

Tbilissi, le retour / Обратно до Тбилили

J'ai pris juste assez de retard dans les mises à jour pour enchaîner la fin de la série 2017 avec le début de la série 2018 : je suis de retour à Tbilissi.

Tbilissi. Centre ancien

Lela Tataraidze & ansambli Kesane : "Mariamula"

Mais comme je n'ai pas fini de charger les photos de l'été 2017, vous en aurez une petite sélection à mon retour suivant.

Vue du balcon de mon gîte Metekhi Ubani sur la vieille ville de Tbilissi.

Alors voilà, j'ai une fois de plus (la 3ème) atterri à Tbilissi en pleine nuit, avec un nouvel engin. Je ne peux pas encore refaire de rando à vélo, et je me suis un peu lassée du chariot-pulka. J'ai déballé hier, au fond de la tranquille impasse avec vue de mon gîte "Metekhi Ubani", ma chaise longue à pédales, sous les regards intrigués ou amusés des voisins ou des rares passants.

Réception des bains Tchreli Abanos.La source chaude est bien chaude,et délicatement sulfurée.

J'ai passé une journée très tranquille pour récupérer du trajet + petit décalage horaire : grasse matinée brièvement interrompue par le livreur du service "Bagages perdus" (et vite retrouvés) de l'aéroport ; bain chaud et massage aux thermes Tchreli Abanos, établissement historique récemment rénové, et jadis fréquenté par Pouchkine et Alexandre Dumas ; dégustation de glaces au vin, avant de terminer par un bon petit repas géorgien dans un restau du centre ancien.

Glaces au vin : y avait le choix entre Kindzmarauli, Kvantchkhara et une 3ème parfum dont je n'ai pas retenu le nom. Pour les vins, c'est un peu compliqué car les appellations ne sont apparemment pas aussi normalisées qu'en France. Parfois on s'y perd un peu entre les noms du cépage, du terroir, du vigneron ou de la coopérative. Mais bon, j'ai mangé une glace au Kindzmarauli, puis bu 2 verres de Mtsvane. Gaumardjos !

7 juil. 2018

Bain de foule et myrtilles à Kazbegi / Погружение в толпу и черники в Казбеги

Kazbegi, bourgade rebaptisée Stepantsminda après l'indépendance de la Géorgie, est une station touristique où la plupart des taxis et marshrutkas font une halte.

Vue de la tente sur le Kazbek au petit matin

Ansambl Mdzlevari & Dito Kisishvili : "გერგეტის წმინდა სამება" (Gergetis Tsminda Sameba)

Bivouac juste au-dessus de l'église de Gergeti à l'aube

Stepantsminda alias Kazbegi : boutiques de vins & souvenirs, marshrutkas, bistrots et touristes à gogo L'ambiance est très différente de celle de Vladikavkaz : il y a là une foule de touristes, des Russes, mais aussi beaucoup d'Européens de l'ouest et de l'est, des Israëliens, des Chinois,... Sur le parking des marshrutkas, a croisé des touristes occidentaux bien endoctrinés qui croyaient que la frontière avec la Russie était fermée. Faut dire à leur décharge que le site officiel du Ministère des Affaires Etrangères français affirme encore que la frontière est fermée (alors qu'elle est réouverte depuis 2012...), et qu'il classe en zone orange, "déconseillé sauf raison impérative", tout le Nord-Caucase russe où nous venons de passer d'agréables vacances. On a aussi bavardé avec randonneur médecin espagnol : il avait travaillé avec des ONG humanitaires dans divers points chauds d'ex URSS au moment de la guerre de Tchétchénie, sa vision était bien plus nuancée et intéressante.

Montée de Gergeti au bivouac avec vue sur le Kazbek

Lever de soleil sur l'église Tsminda Sameba de Gergeti On a fait une dernière petite randonnée au pied du Kazbek, en bivouaquant juste au-dessus du promontoire de l'église Tsminda Sameba de Gergeti, un best-seller des ventes de cartes postales en Géorgie.

Le lendemain matin, montée en direction d'un col au pied du Kazbek, paisible volcan de 5047 m endormi depuis 6000 ans.

Lever de soleil sur le Kazbek encapuchonné dans ses nuages. Ca doit souffler là-haut...

Randonneurs russes s'empiffrant de myrtilles (moi, j'ai fait pareil 50 m au-dessus) Il y avait plein de myrtilles planquées dans les talus un peu à l'écart du touristodrome.

Une fois de retour à Kazbegi, on n'a eu aucune peine à trouver un taxi partagé pour Tbilissi : les conducteurs attendent les clients sur la place du village et devant les terrasses des bistrots. Et les bistrots ont le wifi, on a pu en profiter pour réserver un hôtel dans le quartier Avlabari, bien situé et où il y a pas mal de petits hôtels de bon rapport qualité/prix.

17 juin 2018

Aleksandr et le dzhondzholi / Владикавказ 4

Lors de notre dernier passage à Vladikavkaz, on a brièvement visité la grande mosquée en chantier de rénovation, une église arménienne près de la voie de tram, une église orthodoxe perchée au-dessus de ruelles tranquilles, 2 boutiques de souvenirs qui se courent après,

La mosquée de Vladikavkaz, construite entre 1900 et 1908.

Deux jeunes femmes ossètes sur un banc le long du Terek, près de la mosquée de Vladikavkaz

Eglise orthodoxe dont j'ai oublié le nom, sur les hauteurs de Vladikavkaz

Deux vieux ossètes trinquant à la vodka sur un banc le long du Terek, près de la mosquée de Vladikavkaz

Magomed Dzybov : "Прощай Кавказ"

Vous l'avez reconnu entre les 2 grands sapins (en fait des épicéas) ? Eh oui, c'est Lénine.

et, comme à chaque passage dans la ville, notre restaurant préféré, la tchaïkhana Lookoom, et son agréable terrasse le long de Prospekt Mira, la grande (et unique) rue piétonne où passe le tram. On n'a pas goûté toute la carte, mais on en a exploré une bonne partie, et ma foi c'était bien bon.

Un des serveurs, Aleksandr, a tenu à s'occuper de nous encore une fois, pour pratiquer un peu son anglais. On pouvait se débrouiller en russe avec ses collègues, mais il y a tellement peu de touristes étrangers anglophones qu'Aleksandr voulait s'entraîner avec nous.

Vladikavkaz, prospekt Mira. Au fond, la montagne Gora Stolovaya.

Dzhondzholi mariné La seule colle qu'on lui a posée, c'était de nous trouver le nom de la plante marinée qui accompagnait notre кучмачи (koutchmatchi), une délicieuse recette géorgienne avec, entre autres ingrédients identifiés, foie de volaille, oignon, ail, grenade et coriandre frais. On n'en saura pas plus que son nom local, le джонджоли (dzhondzholi) : les Russes lui ont conservé son nom géorgien. C'est une plante sauvage du Caucase dont le goût ressemble un peu au câpre. J'avais vu les Kurdes ramasser une plante apparemment similaire dans les montagnes du nord-ouest de l'Iran.

Quand on a expliqué à Aleksandr que ce serait notre dernier repas ici car nos vacances se terminaient, il nous a répondu que c'était aussi sa dernière soirée ici : Aleksandr est un jeune étudiant en job d'été, il va commencer ses études en informatique.

Vladikavkaz, capitale d'Ossétie du Nord - Alanie. Un balcon dans un quartier qui fut un jour cossu

Le lendemain, après avoir profité une dernière fois du copieux buffet petit-déj de l'hôtel, on n'a eu qu'à porter nos bagages sur la place de la gare toute proche pour trouver un taxi partagé entre les minibus pour Beslan, localité de l'aéroport de Vladikavkaz et siège d'une sanglante prise d'otage pendant la guerre de Tchétchénie, en 2004.

Vladikavkaz. Voiture-café au centre-ville

Un conducteur attendait justement 2 derniers passagers pour partir en direction de Tbilissi. Il a sanglé mon chariot-pulka sur sa galerie de toit, et en route. Le passage de frontière Russie / Géorgie a été bien plus rapide au retour.

Le taxi fait une pause entre Verkhniy Lars et Kazbegi. Face au parking, des colonnes de basalte.

13 juin 2018

Svetlana et les champs de cumin / Светлана и поля тмина

Notre bref N+1ème passage à Vladikavkaz s'est terminé à l'Avtovokzal N°2, la vieille gare routière, avec un hall en état de décrépitude avancé. C'est de là que partent, entre autres, les marshrutkas pour la Tchétchénie et le Daghestan.

Alan Tsarikaev : "Девчонка осетинка"

Kharisdzhin. La première maison de l'autre côté du Fiagdon est la datcha de Svetlana Dans notre marshrutka pour Verkhnyi Fiagdon, la passagère assise derrière nous engage la conversation. Apprenant qu'on envisageait de dormir dans notre tente alors qu'on allait arriver de nuit, elle nous invite à loger chez elle ( quelle excellente idée ! :-) ). On a donc passé la nuit chez Svetlana, dans le hameau de Kharisdzhin.

Svetlana est une modeste retraitée. Elle passe l'été ici, à la datcha, et le printemps et l'automne à Vladikavkaz. Elle trouve l'hiver rude, et préfère alors séjourner chez sa fille en Angleterre. Elle a fait construire une annexe type Algeco à côté de sa petite maison pour accueillir sa famille russo-britannique quand ils lui rendent visite. Svetlana sur la terrasse de notre Algeco d'hôte Comme ils ne sont pas là en ce moment, nous logeons confortablement à leur place.

Au petit-déj, copieux, nous bavardons longuement avec Svetlana. Elle craint que les litiges territoriaux ou communautaires rallument un jour ou l'autre des conflits armés entre l'Ossétie et l'Ingouchie. Elle critique la mode des jeans troués aux genoux, non pas parce que ça ferait désordre, mais parce qu'elle trouve idiot d'augmenter le risque d'avoir des rhumatismes plus tard. Elle nous fait visiter son jardin et ses ruches, et nous offre une poignée d'abricots pour la route. Enfin, au moment où on repart en la remerciant pour son hospitalité, elle nous remercie tout simplement... de ne pas avoir eu peur de venir dans le Caucase.

Un ancien hameau abandonné dans le vallon du Fiagdon

La randonnée dans la haute vallée du Fiagdon était chouette.

Notre super-bivouac pris dans le brouillard...

On a trouvé un bivouac *** entre 2 postes de garde-frontière, tellement confortable qu'on y a passé 2 nuits.

On s'est levées plus tôt que la brume

Cueillette de cumin sauvage Que demander de plus : de la paille sous la tente, un ruisseau à 2 pas, un hangar avec une table et 2 bancs pour pique-niquer à l'abri de la pluie, et... du cumin à foison ! On n'avait qu'à se pencher pour en cueillir. On a savouré une salade tomate-concombre au cumin, une soupe au cumin, des nouilles au cumin, du pain-fromage au cumin, et même du cumin au cumin en marchant le long du chemin. Ca faisait passer le goût de l'eau minérale locale, prélevée à la source, pétillante et délicatement sulfurée...

Le même petit hameau abandonné, par beau temps au retour

C'est justement vers cette source qu'on est allées se promener, en longeant le Fiagdon puis le Bugultadon,

Bugultadon. Un torrent emprunte la piste, ou vice versa

à travers des alpages partiellement abandonnés où paissent des troupeaux de chevaux en liberté.

Vue de notre bivouac par beau temps.

10 mai 2018

Camping *** à Tsey / Альплагер Цей

Alplager de Tsey Notre permis zone-frontière incomplet ne nous permettait pas d'aller randonner en amont de Stur-Digora dans le parc national d'Alanie.

On a demandé à notre hôtel comment aller à Tsey. La réceptionniste nous a rapidement trouvé un taxi à un prix correct. Notre chauffeur Zalim nous a proposé en route d'arranger un week-end chez des amis à Stur-Digora en fin de séjour, et nous a déposées à l' alplager de Tsey.



Oleg Taysaev & Gos-Ansambl Severnoy Osetii : "Иры зар"

Déco post-soviétique de l'alplager de Tsey On est arrivées à l'heure du dîner. Les touristes étrangers sont tellement rares à Tsey que le personnel nous a offert l'apéro et est venu trinquer avec nous. La cuisine était simple mais bonne. Ensuite, on a planté la tente de nuit sous un abri en bâche plastique : vu ce qui tombait, c'était bien pratique.

La station de ski de Tsey, dans le vallon du Skazdon

Le lendemain matin, petit promenade dans le vallon du glacier Skazdon. La montée sur le fil de l'arête de la moraine était chouette, mais ensuite le brouillard nous a efficacement dissuadées d'aller voir plus loin. Non, ce n'est pas un canon à neige. La frontière avec la Géorgie et l'Ossétie du sud n'est qu'à environ 7 km

A la redescente, surprise : les 2 télésièges de la station de ski ne sont pas abandonnés. On croise quelques touristes russes qui font l'aller-retour jusqu'au glacier. Pour terminer cette journée un peu terne, enchaînement banya + petite mousse + apéro + repas -> excellente nuit.

Tseyadon juste en amont de l'alplager de Tsey.

Sanctuaire abandonné dans la forêt près de Tsey Le lendemain, magnifique éclaircie. On visite un sanctuaire païen un peu perdu dans la forêt, et on remonte le vallon glaciaire du Tseyadon, d'abord par un sentier écologique qui nous instruit sur la géologie, le climat et la flore du secteur, puis sur de gros amas de blocs charriés par une précédente crue.

Vue sur le glacier Tseyskiy depuis le point où le sentier a été détruit par les torrents en crue

Tseyadon. 6 km en aval du glacier, le courant est déjà fort Comme dans la vallée du Tcherek, on remarque que les glaciers du Caucase donnent naissance à des torrents qui deviennent rapidement imposants.

Lors du retour suivant à Vladikavkaz, on repasse par Mizur, un bled sinistré depuis qu'une partie des mines ont fermé, encaissé dans les gorges de l'Ardon (pour eux qui connaissent la vallée de la Romanche, c'est plus moche que Rioupéroux, Livet et Gavet réunis).

21 janv. 2018

Rando avec vue sur le toit de l'Europe / Прогулка с видом на крышу Европы

En chemin au-dessus de Terskol

De Terskol, sans permis, on ne peut monter que du côté nord de la rivière Baksan. Le chemin pour l'observatoire du pic Terskol partait de juste derrière notre gîte.

Margarita Suvorova : "Эльбрус" (chant karatchaïevo-balkar)

Juste en amont du village, un garde fait payer 300 roubles (moins de 5 €) un ticket d'entrée valide dans les parcs nationaux du secteur. Ensuite, si on monte tôt le matin, c'est tranquille, et la vue est superbe.

En montant dans la forêt de pins du Caucase

On monte d'abord dans une forêt de pins qui sentent aussi bon que là où on s'est fait refouler, puis le chemin passe le long de petites barres de colonnes basaltiques.

Colonnes basaltiques sur les flancs de l'Elbrouz

Et enfin, en amont d'une belle cascade nommée "Dievitchy kosy" (tresses de jeune fille), on commence à avoir une belle vue sur l'Elbrouz, ou Mingi-Tau en karatchaïevo-balkar.

Les 2 sommets de l'Elbrouz vus du pic Terskol

Pause pique-nique sur un divan-balcon de roches volcaniques Si vous avez bien suivi les épisodes précédents, vous ne pouvez plus ignorer que c'est le plus haut sommet d'Europe, et même plutôt 2 fois qu'une avec ses 5642 m (sommet ouest) et 5416 m (sommet est).

Dans le dernier tronçon sous l'Observatoire Terskol, on peut couper droit dans la pente, même sans bâtons et avec un bras quasi-invalide (enfin, sans le chariot-pulka, faut quand même pas exagérer) : les blocs volcaniques soudés à chaud depuis quelques millénaires sont bien stables, et cette roche dure et rugueuse accroche très bien sous les semelles Vibram.

Du pic Terskol (3127m), on voit bien les sommets frontaliers en face, dont l'Ushba qu'on aurait bien aimé voir de plus près.

Vue du pic Terskol. Au fond, on aperçoit l'Ushba

Les bâtiments autour de l'Observatoire ont l'air à moitié abandonnés, mais il est encore en service.

Le dôme de l'Observatoire Terskol (3127m)

En redescendant l'après-midi, on a croisé des cohortes de touristes lève-tard. Souvent ils ne montent que jusqu'à la cascade pour prendre une douche rafraîchissante.

La cascade 'Dievitchi kosy' en heure de pointe

Et comme ce sont très majoritairement des randonneurs russes, ils se promènent avec leur sidoushka aux fesses,

La sidoushka est un accessoire très populaire chez les randonneurs russes

ou parfois sanglée sur ou sous leur sac.

Sidoushka portée sur ou sous le sac à dos

Randonneurs-alpinistes russes assis sur leur sidoushka Pour mémoire, si vous aviez raté l'épisode au sujet des sidoushki de ma petite promenade en Sibérie : une sidoushka sert de coussin pour s'assoir confortablement sur n'importe quel sol en cours de route. C'est un accessoire très populaire chez les randonneurs russes, et ça fait partie des trucs que j'ai adoptés au cours de mes voyages.

Sidoushka Dekatlon made in Russia Ce qui est fabuleux, c'est que Décathlon, qui a ouvert un magasin dans une dizaine de villes de Russie, s'est mis à commercialiser des sidoushki Dekatlon, alors que cet article est introuvable chez Décathlon en France. Pour info, la sidoushka Dekatlon de luxe aluminisée est à 189 roubles (à peine 3 €), et la version de base moitié moins chère.

Avis aux amateurs : à mon avis, c'est une affaire qui pourrait marcher très bien à Grenoble !

29 déc. 2017

Quatrième rencontre avec les pogranitchniki / Четвёртая встреча с пограничниками

Va falloir que je me bouge ou que je fasse un résumé plus court, sinon je risque de ne pas avoir terminé le blog des vacances 2017 avant les vacances 2018 !

Aydamir Mugu & Aslan Tlebzu : "Седовласый Кавказ"

Vallée du Tcherek Bezengskyi

Mais soyez indulgents pour la lenteur des mises à jour : les séquelles de mon accident de mars dernier me gênent encore pour écrire, j'ai récemment chopé une tendinite au coude droit en cherchant à ménager mon épaule droite...

Bref, après ces belles journées à Bezengi, on est redescendues en marshrutka jusqu'à Naltchik, avec une correspondance marshrutka - bain de pieds - marshrutka dans un lacet où la piste était coupée par une coulée de boue.

Retour Bezengi - Naltchik : bain de pieds dans la boue entre 2 marshrutkas

Notre deuxième conducteur a gentiment fait un arrêt au gué suivant pour qu'on se lave les pieds à l'eau claire.

Ushba (4710m), face sud vue de Géorgie De là on a enchaîné directement pour Verkhniy Baksan parce que le conducteur, après avoir déposé tout le groupe dans un lieu inconnu à Naltchik, nous a proposé un tarif honnête pour aller jusqu'à notre destination suivante. De Verkhniy Baksan, on peut remonter l'Adyrsuu jusqu'à un autre confortable alplager , et passer un col pour rejoindre la vallée de l'Adylsuu d'où on devrait avoir une belle vue sur l'Ushba, l'équivalent du Cervin dans le Caucase.

On attend le funiculaire au débouché des gorges de l'Adyrsuu La remontée de la vallée commence par un funiculaire rustique, qui doit débiter au maximum 4 à 6 voitures par heure en période de pointe. La piste continue ensuite dans une forêt de pins qui sent super bon. Et là, juste avant un petit pont qui re-franchit la gorge de l'Adyrsuu, on rencontre un point de contrôle des permis zone-frontière.

On n'ira pas plus loin : le garde-frontière (pogranitchnik en russe) nous apprend que notre permis n'est pas valide dans ce district. :-( Zut, zut, zut, on ne pourra pas aller bivouaquer dans une clairière qui sent si bon le pin, ni admirer la face nord de l'Ushba...

Cabane de garde-frontière entre l'alplager et le glacier de Bezengi L'agence de Vladikavkaz nous a remis nos permis sans même vérifier qu'ils correspondaient à ce qu'on avait demandé. Et comme il faut près de 2 mois au FSB pour valider une nouvelle demande, inutile d'espérer obtenir un nouveau permis en 1 semaine.

C'est ridicule de retoquer de simples touristes randonneurs ou alpinistes dans des coins où la frontière est aussi difficile d'accès, mais inutile d'insister : les pogranitchniki ont ordre de ne laisser passer que les permis en règle, et ils sont suffisamment équipés et armés pour être dissuasifs. Et comme on a vu au-dessus de Bezengi, des pogranitchniki, il peut y en avoir d'autres en amont, jusque sur les glaciers... Donc demi-tour.

Funiculaire dans les gorges de l'Adyrsuu Une alpiniste venue de Lettonie, qui nous a aidées à redescendre mon chariot-pulka par les escaliers longeant le funiculaire, nous a dit qu'elle avait aussi eu ce genre de surprise dans un district voisin, et là, elle attendait que son guide arrive avec son permis pour l'Adyrsuu.

Demi-tour, on redescend... Le funiculaire des gorges de l'Adyrsuu, avec mon chariot sur les épaules d'une alpiniste lettone Sur le petit tronçon de route entre le funiculaire et la route principale, un gars qui a un gîte dans le village de Verkhniy Baksan attend les randonneurs fatigués et fait le taxi. Il nous propose un tarif presque honnête pour Terskol. Quand je lui fais remarquer que pour le kilométrage, c'est plus cher qu'à Vladikavkaz, il répond en souriant : "Oui, mais ici, il y a l'Elbrouz"...

En route, entre Verkhniy Baksan et Elbrouz, le chef-lieu du district suivant, on traverse un village appelé Neutrino : notre chauffeur nous explique qu'il y a un observatoire souterrain, et je suis toute fière de lui apprendre que j'ai des collègues qui travaillent dans un observatoire similaire dans les Alpes, au tunnel du Fréjus. Après l'effort le réconfort : bière locale Altitude

Bref, 1/2 h et 400 roubles plus tard, nous arrivons à Terskol où les hôtels sont plus pleins qu'à Vladikavkaz (oui, c'est vrai, il y a l'Elbrouz...). Mais on trouve un gîte sympa tout propre et pas cher, où on se pose avant d'aller se consoler dans un restau. Et pour accompagner un bon repas, on nous propose la bière locale, la "5642" que les gens du coin appellent simplement "altitude". Vous devinez ? C'est l'altitude de l'Elbrouz.

Elbrouz  (5642m) vu du pic Terskol

26 nov. 2017

Vacances à l' alplager / Отдых в альплагере

Alplager de Bezengi. Au fond, la pyramide du Gestola (4860 m)

Entre mes petites randos, je me suis reposée à l' alplager

Alplager de Bezengi vu depuis le sentier qui remonte le vallon du Mizhirgi

et j'en ai profité pour observer la vie quotidienne de ses habitants temporaires, presque tous russes, à part quelques alpinistes biélorusses, polonais, tchèques, ukrainiens ou kazakhs.

Alplager de Bezengi : le terrain de camping avec vue sur les parois de l'école d'escalade

Ansambl Kartcha : "Боз алаша" (chant karatchaeïvo-balkar)

Chemin entre le glacier Bezengi et l'alpager

L' alplager de Bezengi est géré par des Balkars. Ils font venir chaque matin un tracteur qui monte du ravitaillement de Bezengi-village et descend des poubelles, et une marshrutka de Naltchik.

Alplager de Bezengi : pause-pastèque

Quand je suis passée le voir la veille de notre départ pour réserver 2 places dans le minibus et payer notre séjour, le directeur a commencé par me dire qu'en tant que visiteurs français, on n'avait pas à payer notre séjour. Je lui ai répondu en souriant que si les alpinistes russes payent, moi aussi je peux payer : il m'a donné le tarif et j'ai payé. Comme quoi la pratique du taarof n'est pas exclusivement persane. Ceci dit, il nous a fait payer la place de bus plus cher qu'aux alpinistes russes, mais on ne s'en est aperçues qu'à Naltchik, quand le conducteur nous a donné son tarif pour enchaîner jusqu'à Verkhniy Baksan...

Vallon du Mizhirgi en amont de l'alplager de Bezengi : vestiges de station météo dans un alpage exposée aux chutes de bloc

Les habitants de l' alplager ont le choix entre des chambres dans un des bâtiments du camp, ou le terrain de camping. En arrivant le premier soir, on se demandait si c'était bien raisonnable de camper parmi ces tentes entassées, mais en fait, aucun problème : c'est calme. La majorité des campeurs se lèvent tôt pour aller grimper ou randonner : ça permet de profiter de belles journées avant les fréquentes averses de fin d'après-midi.

Alplager de Bezengi : un cours sur les nœuds

Pendant la journée, ceux qui ne sont pas encore partis, ou déjà revenus d'une course se livrent à diverses occupations : douche et lessive, leçons sur les nœuds et les manœuvres de corde, cours de secourisme avec travaux pratiques, école d'escalade,... On a même aperçu un soir une course d'orientation nocturne : telles des lucioles, des frontales couraient le long des chemins du secteur.

Lors d'une de nos pause au café, le plus grand bâtiment de l'alplager, une russe est venue discuter avec nous dans son meilleur français — meilleur que mon russe. Elle nous a confirmé qu'en Russie, les alpinistes suivent une formation assez exigeante. On avait déjà remarqué que les alpinistes russes sont entraînés à porter des gros sacs bien lourds ; ils doivent aussi être capables de ramener un blessé au camp de base.

Alpager de Bezengi : TP de secourisme

Bar de l'alplager Bezengi. Révision des nœuds. Enfin, on a profité du café-restaurant du camp : l'équipe balkar prépare chaque jour des osetinskie pirogi au fromage frais et aux herbes, des salades tomate-concombre, des shashliks, des soupes, du riz pilaf... Il arrive même, avec un peu de chance, que les bières soient fraîches !

31 oct. 2017

Au pied du mur / К стене

Village de Bezengi.  Fin d'après-midi souvent pluvieux Avant l' alplager de Bezengi et le mur de Bezengi, on passe au village de Bezengi. Au terminus, sur la petite place du village, on s'est réfugiées pendant une petite averse dans un des 2 magazin-kafe. On a commandé un thé, et la gérante nous l'a servi dans l'arrière-boutique.

Taulan Batchaev, Daud Zhanataev, Tengiz Gabaev, Zuhra Kabardokova, Fatima Bajchorova & Kamilya : "Минги-тау" (chant traditionnel karatchaïevo-balkar)

Vallée du Tcherek Bezengskiy

Elle nous a expliqué qu'il y avait pas mal d'exode rural dans le coin, les Balkars ne sont plus très nombreux. Et d'après elle, les diverses langues turcophones de l'ouest de la Russie sont relativement proches : un Balkar peut à peu près comprendre ce qu'un Azéri, un Kumyk ou un Tatar lui dit.

Le chariot-pulka remonte vallée du Tcherek Bezengskiy. Premier aperçu du mur de Bezengi

En tous cas, à l'oreille, le balkar sonne en effet assez "turc", avec entre autres particularités des séries de voyelles qui déteignent sur leurs voisines (mots en taratata ou en türlütütü, car en turc on ne mélange pas les voyelles ouvertes ou fermées dans un même mot). Et vous avez sans doute remarqué en écoutant les paroles des chants, la langue est moins riche en consonnes que chez les voisins kabardino-tcherkesses...

Tcherek Bezengskiy à moins de 5 km en aval de sa source : déjà costaud !

Après un bivouac tranquille en sortie de village, le lendemain on est montées à pied jusqu'à l' alplager de Bezengi. Cette petite route non asphaltée le long du Tcherek est tranquille (ce serait super à vélo, mais bon, même à pied c'est agréable) . La vallée est belle.

Nuages du soir sur le vallon du Mizhirgi

Le site de l' alplager est lui aussi superbe. On y est restées 3 jours, pour aller admirer le fameux mur de Bezengi

Un des nombreux cairns (турик en russe) sur le chemin du glacier Bezengi

et ses à-côté, depuis les moraines du glacier Mizhirgi

Moraine du glacier Mizhirgi au-dessus de l'alplager de Bezengi

Cailloux sur la moraine du glacier Mizhirgi

et du glacier Bezengi,

Mur de Bezengi vu depuis le pied du glacier. Pour le Shkhara (5201m), prendre au fond à gauche

encadrées par des flancs de vallée abrupts et parfois instables.

Terrain friable sur les flancs de la moraine du glacier Bezengi

J'ai vu 2 fois un petit groupe de bouquetins du Caucase, mais ils courent vite, je n'ai eu en photo que le petit dernier :

Petit dernier d'une famille de bouquetins du Caucase. Ils sont descendus dans le talus en faisant dégringoler les cailloux

Bezengi est une destination prisée par les alpinistes russes

Alpinistes russes dans un champ de cailloux

Alpinistes russes en chemin pour le camp 1 du Koshtan-tau ou du Dykh-tau

il y a une belle collection de "5000" à proximité (Dykh-tau, Shkhara, Koshtan-tau, Dzhangy-tau, pic Pushkin et Mizhirgi-tau).

Le long du glacier Mizhirgi, juste avant mon demi-tour (le passage suivant à flanc de moraine n'est pas facile sans les bras)

Malgré ça, les quelques sentiers partant du camp sont assez tranquilles.

Bezengi : vallon, glacier, source du Tcherek, et mur

Le plus étonnant, c'est qu'il y a encore un poste de contrôle (en plus de celui sur la route à la sortie du village de Bezengi, où notre permis zone-frontière kabardino-balkare a été contrôlé une première fois) et des garde-frontière russes jusque sur ces glaciers ! Le Nord Caucase est difficile à franchir, et reste une barrière stratégique sur laquelle la Russie veille de près.

22 oct. 2017

De l'Ossétie du Nord - Alanie à la Kabardino-Balkarie / Из РСО-Алания в КБР

Un des buts du voyage était de voir la face nord du mur de Bezengi, une belle muraille culminant à 5200m, dont on avait pu admirer le versant sud géorgien en Svanétie en 2011.

Versant sud du mur de Bezengi : le Mont Skhara vu d'Ushguli.

Magomed Dzybov : "Кобэщычым Яхьанэхъожъ" (chant tcherkess)

Bezengi est en Kabardino-Balkarie. De Vladikavkaz, capitale d'Ossétie du Nord - Alanie, à Naltchik, capitale de la république de Kabardino-Balkarie, il n'y a que 2 trains par jour avec changement à Eaux Minérales (sérieux, la ville s'appelle Минеральные Воды), et pas à des heures très pratiques pour nous. On a pris une marshrutka.

Gare routière nord de Vladikavkaz. Interdit de prendre des photos dans ce hall

A la gare routière Naltchik-1, une passagère de notre minibus nous a expliqué que pour continuer sur Bezengi, il fallait aller à la gare routière 2, celle du Zelyoniy rynok (le marché des fruits & légumes), et elle nous a appelé un taxi moins cher que ceux qui maraudent dans la gare routière. A Naltchik-2 on a fait quelques emplettes au marché et pris un rafraîchissement à la cafèt de l' avtovokzal. On est maintenant en pays musulman : lave-main à l'entrée de la salle et plats hallal au self-service. Mais la proportion de jeunes femmes encapuchonnées m'a semblé plus faible qu'en France.

Gare routière Zelyoniy rynok, Naltchik-2

Lorsque le bus Naltchik - Bezengi a fait une petite halte vers Kashkhatau, on nous a expliqué qu'on était maintenant en terre balkare. C'est vrai qu'en montant, les noms des villages commençaient à être moins exotiques : ça rappelait du déjà vu en Asie Centrale, avec par exemple des noms de rivières ou de villages riverains en ...-su (su ou suu = eau en turc, tatar, kazakh, kyrgyz...).

Gorges du Tcherek Khulamskiy entre Babugent et Karasu

Alim Gazaev : "Марьям" (chant balkar)

Petite pause culturelle : les Kabardes font partie de la grande tribu des Tcherkesses (ou Adyguéens), ils parlent une langue de la famille "Caucase nord-ouest" (langues abkhazo-adyguéennes) riche d'une soixantaine de consonnes. Ils habitent majoritairement dans la plaine au pied du Caucase. Petit marché près de la gare routière nord de Vladikavkaz. Couvre-chefs caucasiens Un peu plus au sud, dans la montagne, on trouve des Balkars et des Karatchaïs, qui parlent une langue de la famille du turc.

Il aurait pu paraître logique de créer une micro-république kabardino-tcherkesse et une micro-république karatchaïevo-balkare. Mais suivant un précepte connu depuis la nuit des temps, Staline a appliqué une autre logique consistant à diviser pour régner. C'est pourquoi les habitants turcophones sont minoritaires aussi bien en Karatchaïevo-Tcherkessie qu'en Kabardino-Balkarie.

8 oct. 2017

Bienvenue à Ordzhonikidze / Владикавказ 2

De retour à Vladikavkaz, on n'a eu aucune peine pour retrouver à se loger : le bus de touristes russes allait au Kadgaron, l'hôtel où on s'était posées en arrivant la semaine dernière.

Vladikavkaz. Un livreur de kvas passe devant l'hôtel Kadgaron

La réceptionniste a fait un peu la tête parce qu'on avait perdu un de nos coupons d'enregistrement, mais nous a finalement ré-enregistrées, puis le lendemain matin, nous a suggéré d'aller voir un petit atelier près du marché central, rue Ramonova.

Cet atelier était minuscule. Il y avait bien un peu de quincaillerie, une perceuse sur pied et une machine pour copier des clés, mais le technicien a rapidement conclu qu'il ne pourrait rien faire pour nos morceaux de chariot. Par contre, à OZATE, peut-être on trouverait la solution. Il nous a montré l'emplacement sur notre plan de ville, et nous voilà reparties, en tram. Faudra que je vous fasse un petit topo sur le réseau de tram de Vladikavkaz, une prochaine fois.

Bientôt les élections au parlement d'Ossétie du Nord : une star locale soutient le parti communiste.

Chœur et orchestre du Bolshoï teatr : version russe d'un chant plus populaire ici que dans son pays d'origine, la France.

Quand le tram 5 ou 9 nous a déposées à destination, on était un peu perplexes. A côté du magasin AIST velosiped, il y avait une grande bâtisse datant de l'époque soviétique, avec une enseigne ОЗАТЭ gravée dans le béton, mais fermée.

On est rentrées dans le magasin de vélos, et le jeune qui était là nous a fait passer dans l'arrière boutique, puis dans l'arrière-cour, pour entrer dans une annexe dont ne ne sait pas très bien si elle faisait partie de la boutique ou de l'usine.

Atelier AIST & OZATE : le coin vélo, Macron aux infos, et Staline au-dessus de la mêlée...

Cet atelier était un sympathique capharnaüm, on ne s'est pas ennuyées pendant les 2 heures de l'intervention. On pouvait regarder les infos à la télé, mais ce n'était pas le plus intéressant.

Atelier AIST & OZATE, le coin Kalashnikov

On a pu lire une affiche bien illustrée expliquant comment remonter son AK74, un fleuron de l'industrie soviétique plus connu chez nous sous le nom de la marque, Kalashnikov.

On pouvait aussi admirer diverses décorations : une arbalète, un sabre, une hache, une baïonnette, des médailles d'anciens combattants ou des fanions de clubs de trial, et un portrait d'un Caucasien mondialement connu, Iossip Vissarionovith Djougachvili. Il y avait aussi un portrait de Vladimir Illitch Oulianov, mais moins visible dans le hall d'entrée.

Atelier de tournage de l'usine OZATE à Vladikavkaz

L'usine est en voie d'abandon, mais il reste quelques machines-outils, et une grande carte murale de l'URSS, toute jaunie par le temps.

Remontage du chariot-pulka réparé : mécanos et vélocipédistes de tous pays, entraidez-vous ! Le technicien le plus expérimenté de la maison a pris le chariot en main. Comme il n'avait pas de raccords de la bonne dimension, ni de poste pour souder l'alu, il est allé dans un atelier bien plus grand pour tourner et fraiser 2 raccords sur mesure en tube plein. Il a ensuite poncé minutieusement pour que tout s'emboîte bien, taraudé et vissé les raccords, et voilà.

Il avait visiblement une bonne formation de mécanicien, mais pas de commercial : j'ai insisté un peu pour payer, mais il a répondu qu'il était normal d'aider les voyageurs.

Pour fêter la réussite de notre mécano, on a bu un pot à sa santé à la Pivnaya SSSR sur Prospekt Mira : za mir !

Stéphane Grappelli : premier hymne de l'URSS, interprété en style jazz manouche

Pivnaya CCCP. Portrait de Staline au-dessus de l'écran de télé

Dans cette petite brasserie typiquement russe, on commande de petites assiettes de poisson séché pour accompagner la bière, et on peut la siroter en regardant des comédies des années 60-70, ou en feuilletant des magazines ou des bouquins rangés sur une étagère : j'ai aperçu un Code du travail soviétique, par exemple.

Ah, au fait, vous l'avez peut-être reconnu dans la pénombre au-dessus de la télé : c'est encore un portrait de l'Homme d'acier soviétique.

J'aime Vladikavkaz, en ossète Je n'ai pas vu s'il y avait aussi dans un autre coin un portrait de ses copains également originaires du Caucase, Mikoyan, Beria et Ordzhonikidze.

Vladikavkaz a porté le nom d'Ordzhonikidze pendant une soixantaine d'années, du temps de l'URSS, à part un intermède d'une dizaine d'années où la ville a porté un nom ossète, Dzadzhykhau.

3 oct. 2017

Dargavs, petite ville des morts / Даргавс, мёртвых городок

Dargavs est un site peu étendu et peu connu à l'étranger, mais qui mérite le détour.



Nécropole de Dargavs. Toits avec vue sur le Gizeldon

Yusup Dzhenaev & Evelina Eyupova (2 couplets en ossète) puis Timur Ramazanov & Alsu Seytova (2 couplets en karatchaïevo-balkar) : "Цы сусæг кæнон - Ярат синем"

C'est dans une belle vallée ouverte. Par beau temps on peut voir le Kazbek ; et sur un promontoire dominant le village, et baignant dans une belle lumière l'après-midi, on trouve ce que les gens du coin appellent мёртвых городок (ça se prononce myortvikh gorodok), littéralement la petite ville des morts. On aime bien les diminutifs en Russie : vous connaissez sans doute la petite eau russe, la vodka.

Village de Dargavs et haute vallée du Gizeldon

A l'accueil du site, avant même qu'on achète nos tickets d'entrée, on nous a offert un thé et un savoureux osetinskiy pirog, une espèce de tourte farcie avec viande hachée, oignon, chou et épices. Il existe d'autres variantes, en particulier au fromage frais et fines herbes.

Nécropole de Dargavs vue de l'entrée du site

Et ensuite, on a passé l'après-midi à slalomer entre les... euh, je ne sais pas comment ça s'appelle, ces petites maisonnettes qui me font un peu penser à des morilles, avec un toit similaire à celui des tours ingouches, c'est-à-dire avec des couches d'ardoises alternant avec les pierres des murs.

Dargavs. Des toits ardoise+pierre vus de dessous.

Selon l'époque de construction (14 ± 2 zième siècle) ou les goûts du constructeur, ce toit peut être à 2 ou 4 pans, droit ou légèrement bombé, plus ou moins raide. Toutes ces maisonnettes sont des tombeaux : dans plusieurs d'entre elles on peut voir des squelettes par l'unique ouverture, une fenêtre carrée ou voutée.

Nécropole de Dargavs vue de la sortie du site Après avoir déambulé en long, en large et en travers dans la nécropole, on a visité le petit musée ethnographique, et on s'est raccrochées à un groupe de touristes russes de Moscou et Kazan. Il restait quelques places dans leur bus, leur guide nous a proposé de rentrer à Vladikavkaz avec eux.

Ce petit bus a pris l'étroite piste vertigineuse qui serpente à flanc de falaise, à proximité de la conduite forcée qui alimente la centrale électrique Gizeldonskaya. Là, on a compris pourquoi les marshroutkas Dargavs - Vladikavkaz font le détour par Verkhnyi Fiagdon plutôt que de passer par les gorges du Gizeldon...

Nécropole de Dargavs

25 sept. 2017

Ambulance pour Dargavs / Неотложка до Даргавса

Rupture du chariot-pulka...

Tcherim Nakhushev & Olga Sokurova : "Лъагъуныгъэ уэрэд" (chant tcherkess)

La suite des événements était incertaine à cause de la rupture du chariot, mais rien de catastrophique. On était à environ 300 m d'un hameau habité, tout près d'une bifurcation entre 2 petites routes : celle montant au col suivant, en direction de Dargavs, et celle redescendant directement sur Vladikavkaz. On a décidé de continuer sur Dargavs pour visiter ce site, et ensuite on verrait bien si on pouvait trouver un réparateur à Vladikavkaz.

Vue de Karmadon sur le mont Mailikhokh (4598m) et le glacier Kolka

Mais pas question de porter nos gros sacs + le chariot au bout de nos 3 bras valides sur plus de 300 m. Après avoir salué en passant une équipe d'alpinistes russes qui partait à l'assaut du Kazbek, on s'est posées au pied d'arbres avec vue pour faire du stop. Vu le trafic, on a alterné des tours de garde en plein soleil pour faire signe aux rares conducteurs, et des pauses sieste ou pique-nique à l'ombre.

Notre ambulance à Dargavs

3 heures et 5 voitures pleines plus tard, on a pu embarquer dans une ambulance vide. Ah, c'est sûr qu'à vélo, ça aurait été plus rapide au démarrage, et on aurait pu s'arrêter pour des photos en route. Mais bon, ce jour-là, j'ai arrêté de grogner contre ce malheureux chariot : si on ne trouvait pas comment le réparer, je ne pourrais plus faire grand chose d'autre que buller dans les stations thermales du Caucase pendant 3 semaines, et ça ne serait pas très bon pour mon régime...

En autostop dans une ambulance rustique de Karmadon à Dargavs

Je n'ai pas fini de trier mes photos de Dargavs, vous les verrez au prochain épisode.

18 sept. 2017

Datcha accueillante et sanatorium fantôme / Уютная дача и призрачный санаторий

Des ruchers nomades, on pensait aller facilement jusqu'à Dargavs en 2 jours.

Vallée du Suargom ; au fond, l'Ingouchie

Khakhty Zalta & ansambl Sarmat : "Терчы бабызта" (chant ossète)

Nos permis zone frontière ont bien sûr été contrôlés. Le poste de contrôle ossète n'était pas très visible, il faut faire un détour de 50 m pour passer devant le portail, mais les garde-frontière savaient bien qu'on allait passer : ils patrouillent régulièrement sur la piste et on les avait déjà rencontrés un peu plus bas la veille.

Utilisation de l'abondante végétation locale : bouillon-blanc. Ah non, pardon : pétasite A pied, on avance bien plus lentement qu'à vélo, alors on a plus de temps pour observer la végétation, un peu similaire à celle des Alpes, mais avec plus de plantes plus grosses, plus grandes, plus fleuries. J'ai mangé des fraises des bois et des framboises, et apprécié quelques plantes non comestibles mais bien pratiques : la pétasite utilisable comme parasol, et le bouillon-blanc qui peut avantageusement remplacer le PQ grâce à ses grandes feuilles veloutées.

Un raccourci entre le col et Staraïa Saniba En-dessous de 2000m, si les troupeaux n'ont pas tondu, il est parfois difficile de se frayer un chemin à travers champs. On a quand même pris 2 raccourcis là où l'herbe et les plantes n'étaient pas trop hautes, pour arriver en fin d'après-midi à Staraïa Saniba.

Là, après avoir fait le plein d'eau dans la première maison sur notre chemin, on est remontées jusqu'à un petit pont sur le Kauridon, et comme la piste n'avait pas l'air de continuer, on a demandé si on pouvait rejoindre Karmadon en suivant le trajet du gazoprovod (le petit gazoduc qui alimente ces villages) ou s'il suffisait de contourner le pied de la butte. Carte et vue satellite de l'éboulement du glacier Kolka dans la vallée du Genaldon Et là on a déchanté : Raïa nous a dit qu'on ne pourrait pas franchir le Genaldon et le grand éboulement en traînant notre chariot. Il fallait descendre jusqu'à l'entrée des gorges pour trouver un pont, puis remonter à Karmadon, soit environ 7 km de détour. Et ça, à pied, c'est beaucoup !

Alors, quand Raïa nous a proposé de faire une pause pour prendre le thé en attendant que la voiture soit prête, on a accepté avec soulagement et gratitude. Bien sûr, avec le thé, enrichi en herbes aromatiques du coin (menthe, sauge, origan,...), on a eu du gâteau, des biscuits et du miel. Et on a bavardé sous la véranda.

Raïa habite Vladikavkaz où elle est habituellement très sollicitée par ses petits-enfants, alors pour se reposer, elle monte ici à la datcha avec son mari, ancien général et depuis peu député. Le général nous a demandé ce qu'on pensait de notre nouveau président, et si il allait continuer à coller aux basques des USA comme ses prédécesseurs. Raïa, elle, nous a expliqué que le nom du village suivant, Karmadon, signifiait chaude-eau. Du coup on s'est mises à parler des familles de langues: l'ossète est presque (*) la seule langue du Nord Caucase apparentée, d'un peu loin, au persan (karm, c'est la même racine que garm en persan et en tadjik). Il existe 2 dialectes en Ossétie du Nord, la langue officielle iron, langue maternelle de son mari, alors que Raïa parle digor ; du coup entre eux ils parlent russe. Enfin, amusée par ma tentative pour prononcer avé l'accent les 2 mots d'ingouche que j'avais appris, elle a fini par nous dire qu'elle n'aimait pas bien les Ingouches, plus enclins à guerroyer que les paisibles Ossètes.

Contreforts du Mont Tchizdzhinkhokh au-dessus de Karmadon

Sur ces bons mots, le voisin et sa voiture étaient prêts, on a démonté le chariot, et notre chauffeur nous a déposées à Karmadon à la nuit tombante. On a choisi dans le noir un coin avec vue en prévision du p'tit déj.

Bivouac avec vue à Karmadon : massif du Kazbek

Bivouac avec vue à Karmadon, côté face C'était pas mal, même si on se doutait bien que de l'autre côté, ce serait moins glamour avec les immeubles abandonnés qu'on avait vus de loin la veille : la chute de l'URSS et l'effondrement du glacier Kolka (125 morts en 2002) ont eu raison de la station thermale de Karmadon. Et... nos sacs à dos ont eu raison du chariot-pulka (on n'aurait peut-être pas dû essayer de mettre les 2 à la fois dessus) : un bras puis l'autre ont rompu au moment où on se posait à Karmadon.

13 sept. 2017

Abeilles en Kamaz / Пчелы на Камазе

La remontée du Suargom se fait tranquillement par une piste carrossable en bon état, avec très peu de trafic, dans la forêt presque jusqu'au col Sanibskyi.

Haut de la vallée du Suargom, arrivée vers le col

Bien sûr, à pied, j'ai eu tout mon temps pour regretter de ne pas monter là à vélo, mais passons.

Comme la nuit tombe assez tôt là-bas (pas d'heure d'été en Russie), on s'est arrêtées après 2 h de marche, dans un des rares emplacements où on pouvait monter la tente près d'une petite source (la petite rivière qu'on remontait était un peu trop boueuse à notre goût) : un replat où stationnaient déjà 3 gros camions de ruches et une fine équipe d'apiculteurs russes. La nuit, ils dormaient dans leurs camions Kamaz, mais ils prenaient les repas dans une grande tente confortablement équipée : table et bancs en bois, réchaud et barbecue, grande bouilloire pour le thé...

Ptit-déj avec nos amis apiculteurs entre les camions de ruches

L'accueil fut cordial. On n'a pas été piquées par les abeilles, on s'est juste un peu piqué la ruche : quand on leur a dit qu'on ne buvait pas de vodka, ils nous ont sorti du cognac arménien. Et si on se laissait distraire par la conversation, nos verres avaient tendance à se remplir subrepticement à mesure qu'on les vidait. Nos hôtes nous ont expliqué qu'ici, c'était les hommes qui faisaient la cuisine donc c'était très simple (poulet rôti, salade tomate-concombre nature, pain-miel), mais on a bien mangé et le miel était très bon, et différent de celui de Fourtog (ici c'était du miel de tilleul).

Ruchers nomades et leur camion

Après cette sympathique soirée, on a rejoint notre tente derrière les ruches. Et au moment où on s'endormait, nos joyeux apiculteurs nous ont gentiment mis une berceuse avec la sono sur batterie du Kamaz à fond :

Kubanskiy kazatchiy khor : "Ой ты Галю" (chant cosaque)

Ma foi, ça avait de l'allure. Puis tout le monde a passé une bonne nuit ; et au petit déj, on n'a bu que du café au lait et du thé.

10 sept. 2017

De l'Arkhmi au Suargom / От р.Архми до р.Суаргом

Anzor Bakaev : "Лорса лида" (chant ingouche)

Après la visite de quelques petits villages flanqués de tours, on avait prévu de redescendre la vallée de la rivière Arkhmi, de retraverser le Terek par le pont par lequel on est arrivées en Ingouchie, puis de remonter le Suargom, une des rares rivières ossètes dont le nom ne se termine pas par "don" (дон = eau en ossète).

Réseau gaz et électricité, jusqu'aux plus petits hameaux

Facile, sauf que sans les vélos, on se traîne. L'autostop se pratique, les automobilistes s'arrêtent relativement facilement quand ils ont des places, mais ils sont tellement peu nombreux sur ces petites routes transverses qu'on attend longtemps. A Dzheyrakh, on a compris vers 13 h qu'on avait relativement peu de chances de trouver un véhicule avant le bus de 16 h.

Mais ce n'était pas gênant : ça nous a permis de profiter d'une invitation. Zara habite Nazran et est fonctionnaire dans je ne sais plus quelle administration régionale à Dzheyrakh. Elle nous a saluées, et proposé de laisser nos gros sacs là, au bord de la route, pour prendre un thé chez la voisine.

Pause tchaï sous le préau à Dzheyrakh

Toutes les maisons du village sont entourés de murs, avec un grand portail en fer forgé qui barre l'entrée. Mais dès qu'on rentre, on trouve une cour intérieure avec un préau qui sert de salon l'été. C'est très agréable. On y a pris le thé. Les gens du coin sont assez fiers de leur région et nous invitent généreusement à goûter aux produits locaux. Zara nous invite pendant sa pause méridienne Mais la région est morcelée, et a bien souffert des guerres civiles. L'Ingouchie a accueilli de nombreux réfugiés qui fuyaient la guerre de Tchétchénie, et a elle-même déclenché un conflit avec l'Ossétie voisine, lequel s'est soldé par l'expulsion des Ingouches qui résidaient dans un district limitrophe d'Ossétie... Voilà comment la population de Nazran, principale ville d'Ingouchie, est passée de 20'000 à 120'000 en 10 ans.

J'ai essayé de profiter de cette rencontre pour apprendre quelques mots d'ingouche. Je n'en ai retenu que 2, deux façons de dire merci : баркал ou хIаделъдукх (avec 2 syllabes sur 3 qui viennent de tout au fond de la gorge). J'ai aussi appris 1 ou 2 qualificatifs russes employés par Zara pour désigner les Ossètes ou les Russes, mais j'éviterai de les citer publiquement...

Après sa journée de travail, Zara a pris le même bus que nous pour rentrer à Nazran via Vladikavkaz (la route qui ne passe pas par l'Ossétie est plus longue). Elle s'est assurée que le conducteur avait bien compris à quel carrefour on voulait se faire déposer, puis nous a laissé son numéro de téléphone en nous proposant de venir manger les shashliks chez elle si on passait à Nazran.

3 sept. 2017

Villages et villageois ingouches / Ингушские села и жители

Village de Lyazhgi par temps gris en fin d'après-midi Après Beyni, nous avons marché jusqu'en amont de Lyazhgi, en passant par une redescente dans la vallée faute de carte assez détaillée. Il n'y avait que quelques kilomètres à vol d'oiseau entre Beyni et les tours dominant Lyazhgi et Olgeti, mais ce trajet nous a pris une journée. Ca aurait été plus agréable (et rapide) à vélo...

En chemin, nous avons bavardé un peu avec des Ingouches venus de Nazran pour le week-end, ils ramassaient des pousses de pin et faisaient griller des shashliks.

On a fait une pause au niveau de la dernière ferme du village de Lyazhgi, où nous nous sommes ravitaillées en eau, avant de chercher un coin pour bivouaquer en amont. Ce n'était pas la place qui manquait ! On a choisi une pelouse qui se trouvait être sur le chemin entre les pâturages et le village.

Troupeau de chevaux au-dessus de Lyazhgi

Alors en fin de journée, on a eu droit à la visite de tous les bergers du village, à pied, à cheval, ou à moto. Les uns après les autres, tous se sont arrêtés près de notre tente, en nous demandant si on avait assez à manger, si on ne risquait pas d'avoir froid, si on n'avait pas peur des loups et des ours...

Troupeau de vaches contournant notre bivouac. On ne passe pas inaperçues...

On a estimé qu'on était assez proches du village pour ne pas avoir à craindre les ours, et on a remercié tout ce petit monde en leur promettant que si on avait besoin de quoi que ce soit, on irait leur demander.

Erzi. Troupeau de tours médiévales au-dessus d'Olgeti

Pendant ces sympathiques visites, nos interlocuteurs nous parlaient bien sûr en russe, mais échangeaient entre eux des commentaires en ingouche (ils étaient intrigués ou amusés, entre autres, par mon chariot-pulka). Alors là, je n'en revenais pas : je ne connaissais encore aucune langue qui comporte une telle densité de sons gutturaux. Je les écoutais bouche bée, toute émerveillée d'entendre quelque chose d'aussi exotique.

Tours ingouches en amont de Lyazhgi

L'ingouche, qui ne ressemble à rien sauf au tchétchène, utilise des régions de la gorge qu'on n'utilise pas pour parler dans les langues indo-européennes, même pas pour produire des "Х" russes avec l'accent géorgien ou des "ch" en schwyzerdütsch.

Ruslan Naurbiev & Tamara Yandieva : "Хьо хитIа еча" (chant ingouche)

Petit hameau abandonné en amont de Lyazhgi

Le lendemain matin, grand beau. On en a profité pour aller admirer un point de vue sur Erzi depuis un minuscule hameau abandonné aux tours restaurées par une famille du village. Et ensuite, on a rejoint la route en fond de vallée, puis stop jusqu'à Dzheyrakh.

Lyazhgi, village ingouche. Au fond, l'Ossétie

27 août 2017

Interruption momentanée de l'image et du son / Временное прерывание изображения и звука

Alplager de Tsey. Recyclage d'ustensiles divers en décorations florales.

Albina & Fatima Tsarikaeva : "Дзай-дзай, дзæкъолæ"

Blog en chantier. Désolée pour mes rares fidèles lecteurs, mais j’ai renoncé à mettre à jour le blog pendant mon petit voyage dans le Nord Caucase :

  • voyageant pour une fois sans vélo (et donc sans dynamo), on a choisi des itinéraires permettant de s’écarter des routes ou pistes carrossables, et comme je n’étais pas en grande forme physique, on avait fait l’impasse sur le panneau solaire pour alléger les sacs à dos. On ne pouvait donc recharger nos jouets communiquants que lors de nos passages dans les hébergements en dur, et on a souvent bivouaqué.
  • la couverture réseau 3G ou 4G dans le Nord Caucase comporte de larges trous (la densité de population est plus faible que dans les Alpes), et nous avons passé plusieurs fois plusieurs journées dans ces trous.
  • et enfin… j’ai réussi 2 fois de suite à épuiser mon forfait mobile Megafon. Je vous explique comment, c’est instructif…

Avec ma carte SIM russe, je pouvais recevoir des SMS de l’étranger, et y répondre. Mais j’ai considérablement sous-estimé la différence de tarif entre envoi de SMS local, ou international : j’ai vidé mon compte en 2 ou 3 SMS vers la France… Lors du 2ème passage à Vladikavkaz, j’ai rechargé mon compte et je me suis bien sûr abstenue de renvoyer des SMS vers la France avec ce téléphone.

Travail d'équipe : 2 électriciens dans une rue de Tbilissi

Dans les jours suivants, je me suis connectée au réseau à 2 reprises, à l’alplager de Bezengi pour transférer quelques photos pour le blog. Alplager de Bezengi. Atelier, affutage de crampons. A ma grande surprise, je me suis rapidement retrouvée une seconde fois en négatif, et je ne pouvais plus rien tirer de mon smarphone, même pas envoyer un simple SMS à l'agence de Vladikavkaz, à environ 130 km de là, pour lui signaler un problème avec le périmètre de validité de notre permis zone frontière.

Lors du passage suivant à Vladikavkaz, je suis retournée à la boutique Megafon en face du marché central pour signaler l’anomalie. Eh bien, la vendeuse m’a aimablement expliqué que c’était normal : j’avais surfé sur internet en Kabardino-Balkarie, et ça, c’était hors forfait pour mon abonnement souscrit en Ossétie du Nord. J'avoue que je ne m'attendais pas à ça de la part d'un opérateur qui couvre toute l'ex URSS...

Dépannage sur le réseau du tramway de Vladikavkaz Morale : si vous souscrivez un abonnement mobile dans le Caucase russe, renseignez-vous bien sur ce qui est inclus ou pas avant de choisir votre forfait (limite entre communications locales ou longue distance ; tarif des transmissions vers les autres micro-républiques voisines, etc).

Enfin, une fois que le blog a eu pris 2 semaines de retard, je me suis dit que ce serait plus simple de gérer confortablement la remise à jour avec mon ordi et ma connection haut débit chez moi au retour. Me voilà rentrée, donc la suite va venir petit à petit. Merci pour votre patience…

30 juil. 2017

Première journée de rando / Первый день прогулки

Le voyage sans vélo comporte pas mal de temps morts. Le temps qu'on aille à pied à l'arrêt de bus "Osetinski teatr" indiqué par la réceptionniste de l'hôtel, puis à un autre plus éloigné indiqué par des passants qui attendaient une marshrutka, on a raté notre bus. Plutôt que d'attendre 4 h le suivant, on a pris un taxi qui attendait là (350 roubles, entre 5 et 6 € pour 22 km). Le chauffeur a fait un arrêt en route pour acheter son pain, et nous en a offert un, un délicieux lavash tout chaud.

Arrivée au poste de contrôle : bienvenue en Ingouchie

Arkadi Tsorionti & ansambl Kavkaz : Danse khevsuri

Dès qu'on quitte la route "Magistrale" Vladikavkaz-Tbilissi à la sortie sud-est de Tchmi, on sort d'Ossétie et on rencontre le poste de contrôle ingouche. Il y a très peu de visiteurs étrangers en Ingouchie, la plus petite des micro-républiques du Nord Caucase, qui faisait partie de la Tchétchénie-Ingouchie jusqu'en 1992. Les garde-frontière se souviennent avoir vu passer ici 2 cyclistes allemands je ne sais plus quand. Ils contrôlent nos passeports et permis, nous posent quelques questions par curiosité ou en plaisantant (est-ce qu'on a une tente ? des armes pour se défendre des loups et des ours ?), nous indiquent où est la bifurcation vers la "route touristique" (une piste ravinée en balcon au-dessus de la riviére Armkhi) et nous souhaitent bon voyage.

Vallée de l'Akhmi vue de la piste touristique Tchmi - Beyni

Le petit-fils de Gapur Akhriev à Fourtog Après 1/2 h de montée sur cette "route touristique" quasi-déserte, première rencontre : un grand gaillard ingouche à barbe blanche nous propose de monter dans son camion, puis nous laisse continuer notre rando à pied après nous avoir offert 2 pots de miel (on n'en a pris qu'un, nos sacs sont déjà assez chargés).

Un peu plus tard, il nous intercepte de nouveau pour nous faire visiter dans son hameau Fourtog le petit musée consacré à son grand-père Gapur Saïdovitch Akhriev, pilote de chasse et héros soviétique.

Cimetière musulman du hameau de Fourtog

Dans l'après-midi, un copieux goûter nous est offert par Magomed et Mikhaïl. Impressionnant, la vitesse à laquelle ils ont déballé du coffre de leur voiture eau, thé, poulet fumé, pain, saucisse, tomates, concombres et pastèque, avec un carton en guise de nappe et des jerricans vides comme sièges.

Invitation à un copieux goûter le long du chemin entre Tchmi et Beyni

On prendra enfin un thé plutôt qu'une vodka avec Muhamad, Mark et Ismaïl à l'entrée de Beyni.

Vue depuis la piste entre Durukhgisht et Beyni

Il reste quelques vestiges de tours mais rien de bien photogénique par temps gris : on devine à peine le pied des parois de la Gora Stolovaya, une montagne dominant Vladikavkaz qui ressemble un peu au Mont Granier en plus grand. La collection de tours restaurées que j'avais repérées sur internet est en fait quelques km plus loin, au-dessus d'Olgeti (site d'Erzi).

Départ de Beyni. Un essai de chargement pas concluant

Côté technique, le chariot-pulka passe bien, je lui ai même fait prendre 2 raccourcis entre des lacets. Il tient bien à la taille mais les bras du brancard m'appuient sur les hanches à chaque pas. Ce serait mieux avec ceinture + bretelles ; mais si j'avais mes 2 épaules valides, la question ne se poserait même pas, je serais à vélo... Et cette piste tranquille, bien que passablement ravinée, serait tout-à-fait faisable et agréable à vélo.

28 juil. 2017

Premier aperçu de Vladikavkaz / Владикавказ 1

Mairie de Vladikavkaz, style soviétique Bien que située au pied du Caucase, Vladikavkaz, capitale de la république d'Ossétie du Nord - Alanie, et point de passage obligé du transport routier entre Russie et Géorgie + Arménie, n'a pas l'air d'une ville très touristique.

Trio FIDAN : "Ма Иристон" (Ossétie)

La ville est étalée et calme, et dans le quartier de la gare, où notre marshrutka nous a déposées, il y a juste quelques hôtels. On a retraversé la ville pour rater un premier rendez-vous avec Olga, qui a nos permis zone frontière (пограничные пропуски). Elle nous les livrera finalement en soirée au restau ouzbeko-arméno-russo-géorgien où on prendra plusieurs succulents repas au cours de notre séjour.

Rue résidentielle tranquille de Vladikavkaz et gazoprovod typique

Le lendemain, achat de cartouches de gaz dans un petit magasin Trial Sport déniché sur internet, et situé dans un quartier résidentiel "typique". On cherche sans succès des cartes topographiques à une échelle adaptée à la rando pédestre. Par contre aucun problème pour trouver une carte SIM, et du ravitaillement au marché : biscuits, fromage local, fruits secs, céréales, sachets de soupe aux vermicelles, poisson séché, pain lavash (cuit au four tandoor, très plat : on peut le transporter plié ou roulé) et quelques spécialités caucasiennes : des barres de tchurtkhela (pâte de fruit pas trop sucrée et fourrée aux noix) ou des feuilles de pastila (fines plaques de confiture séchée)

Marché central de Vladikavkaz. Spécialités du Caucase : tchurtchkhela et pastila.

Dans les allées de ce bazar, la rumeur nous précède : il y a 2 touristes françaises !

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