blog.zamir.fr  /  блог.замир.фр

Aller au contenu | Aller au menu | Aller à la recherche

jeudi 27 juin 2019

Retour Dagestan - Géorgie / Прощай Дагестан

Il serait temps que je termine les mises à jour, avant un nouveau départ...

Zaynab Makhaeva : "Единственный"

Alors en résumé, à Gunib, j'ai visité les environs : musée ethnographique ; mémorial dédié aux combattants des Guerres du Caucase, et en particulier à l'imam Shamil qui avait négocié un traité de paix conférant au Daguestan un statut particulier aux marches de l'empire russe ; un petit parc régional avec un élevage de daims.

Vallée de Salta, le long de la petite rivière Bakdakuli

Arsen, une connaissance de Zimfira, m'a guidée jusqu'à la très originale cascade de Salta, à environ 2 h de route de Gunib.

Saltinskiy vodopad, une curiosité naturelle accessible par un chemin qui se perd dans le lit du ruisseau

Le chemin à Saltinskiy vodopad s'enfonce dans un étroit canyon Cette cascade a creusé plusieurs strates de roche pour se frayer un passage souterrain quasi vertical avant de redevenir un ruisseau à l'air libre. On y accède en remontant à pied le lit du ruisseau.

Arsen et moi avons ensuite été invités pour thé + goûter par un sympathique papi tout fier de parler quelques mots d'allemand et de me faire visiter le terrain avec le monument dédié aux victimes de la "Grande guerre patriotique" (la 2ème guerre mondiale), qui, comme dans toute la Russie et l'ex URSS, comporte une liste de noms relativement longue par rapport à la population locale.

L'école du village de Salta : contre l'extrémisme, le terrorisme et la toxicomanie.

Enfin, la fin des vacances approchant à grands pas, retour rapide : Zimfira m'avait trouvé un taxi partagé jusqu'à Levashi. J'ai ensuite repassé le col Nagrelabek, en sens inverse, cette fois sans pluie ni brouillard, et youpiiiii, 50 km de descente jusqu'à la Caspienne. La route était un peu rugueuse : c'est pendant cette descente que mes poignets m'ont convaincue de choisir un modèle intégralement suspendu pour mon prochain trike.

Petite pause dans l'échoppe de Munia J'ai fait une pause à Sergokala : je cherchais un petit restau mais panne d'électricité au village, aucun four à shashliks ou à tchudu ne fonctionnait. Munia m'a proposé de manger une soupe avec elle dans son petit magasin de pastèques et a refusé que je paie (j'ai demandé 3 fois...).

Entrée d'Izberbash. La boucle est bouclée.

De là, retour à Izberbash, dernier bain de mer, puis taxi pour Vladikavkaz, en passant comme à l'aller par la riante Tchétchénie avec le trike sur le toit de la petite Lada, la même qu'à l'aller. Le conducteur Abdullahkh m'avait laissé son numéro de téléphone et attendait de pied ferme que je le rappelle pour le retour.

Il m'a déposée au poste frontière de Verkhnyi Lars, et là, ma commande de changement de vitesse a partiellement lâché. J'ai fait du camion-stop et je suis arrivée à Kazbegi dans le camping-car de Walter et Svetlana, un couple italiano-russe installé en Allemagne. Heureusement, car franchir les tunnels en tricycle aurait été infernal, limite suicidaire : ça bouchonnait, avec une longue file de camions dans chaque sens, plus des voitures qui essayaient de se faufiler au moindre élargissement et qui coinçaient ensuite la circulation. L'horreur...

Le lendemain matin, je suis arrivée miraculeusement à remettre en place la commande du changement de vitesses : ouf, j'ai pu franchir le col Djvaris !

Entre Kazbegi et le col Djvaris

J'y suis montée tout doucement, puis de nouveau, youpiiii, une grande descente jusqu'à la vallée de l'Aragvi. Juste avant d'arriver dans la plaine, je me suis posée dans un minuscule relais routier et j'ai appelé Giorgi pour terminer en taxi : pas trop envie de me risquer en tricycle sur les voies express d'entrée de Tbilissi...

Tbilissi, le centre ancien rénové et les thermes Tchreli Abanos.

Jgufi Bani : "მალიქა " (Maliqa - adzharuli)

Pour ma dernière journée à Tbilissi, je suis retournée aux thermes, avec cette fois l'option "massage sportif" : pas mal aussi. Mes hôtes, des Géorgiens d'origine arménienne, m'ont dit qu'ils avaient bien apprécié le petit cadeau que je leur avais apporté en arrivant il y a 1 mois, pour les remercier de m'avoir réservé une chambre sans versement d'acompte : du Brie truffé. Un de leurs oncles avait travaillé en France, ils connaissaient déjà quelques fromages français mais pas celui-là, et ils ont aimé !

Tbilissi. Immeubles typiques du centre historique

Pendant une excursion en minibus promène-touristes jusqu'à Sighnaghi, chef-lieu de la Kakhétie, la région des vignobles, j'ai prêté mon tricycle au touriste qui logeait à l'hôtel d'en face. Yaghoub, un iranien qashqay, languissait ici sans son vélo, car il avait dû abandonner sa voiture et son précieux chargement à la frontière Iran/Azerbaidjan. Enfin, j'ai passé un petit moment à reconstituer l'emballage de mon trike, voilà à quoi ça ressemblait :

Mon trike en tenue de camouflage, avant dépose de peaux de pastèques et cartons de pizzas vides

Quand je suis revenue vers minuit du petit restaurant qashqay (nouveau, avant c'était un restau de spécialités géorgiennes ici, sur la rue Pushkin) où Yaghoub m'avait invitée, j'ai retrouvé un petit amoncellement de cartons de pizzas vides et autres peaux de pastèques sur mon super-emballage... Heureusement, le camion-poubelle n'était pas passé faire le ménage !

dimanche 14 avril 2019

Magomed, bourgmestre de Sogratl / Магомед, градоначальник Согратля

Tchokh, village perché typique du Daguestan central

Mosquée à l'entrée de Sogratl. Les voitures ne vont pas plus loin.

Tcharondinskiy khor : "Гимн Дагестана" (chant patriotique avar)

Magomed m'avait doublée la veille sur la petite route avant Gamsutl. Quand je lui ai expliqué que je voulais visiter le village-fantôme et Tchokh, un autre village perché mais bien vivant celui-là, il s'est efforcé de me convaincre que son village Sogratl était aussi intéressant que Tchokh et qu'il fallait que je vienne lui rendre visite. J'ai hésité, car même si c'était proche, ma carte laissait prévoir une autre bonne grimpette pour y arriver.

Vue sur Tchokh entre des rochers depuis la petite route en contrebas

Qu'à cela ne tienne : le lendemain matin, Magomed m'a téléphoné pour savoir si j'étais bien en route, et il est venu à ma rencontre. Il m'a proposé de laisser le tricycle sur le parking d'une petite station-service en fond de vallée, et m'a conduite en voiture à Sogratl.

Tchokh, un village perché typique de la région

Au niveau architecture, Sogratl est en effet aussi intéressant que Tchokh, même si le site est un peu moins spectaculaire : Sogratl est à flanc de montagne alors que Tchokh est sur une petite crête.

Sogratl, village à flanc de montagne

Sogratl : tunnels piétons entre maisons du village Dans ces 2 villages avars, les maisons sont construites en escalier, le toit d'un niveau pouvant servir de terrasse à ceux du dessus. On peut circuler, à pied, par des ruelles, des escaliers et des arcades en tunnel, comme les traboules du vieux Lyon. Des grilles permettent de voir les galeries d'écoulement des eaux (pluviales ou eaux usées) qui descendent droit dans la pente, sous ou entre les constructions.

Magomed Gadzhiomarovitch est le bourgmestre de ce gros village.

Le long de la petite route qui monte à Sogratl, il m'a montré les rétroviseurs qu'il a fait installer dans quelques lacets ou au débouché de chemins transverses sans visibilité. Il avait vu de tels équipements quand il faisait son service militaire à Berlin-Est, et une fois devenu bourgmestre de son patelin, il a cherché un fournisseur pour la Russie. Visite du chef de district de Gunib dans la municipalité de Sogratl

Pendant qu'il me guidait dans les ruelles du village, j'ai aussi remarqué qu'il avait fait installer des corbeilles et des poubelles. Résultat : pas un détritus ni un emballage par terre, c'est le village le plus propre que j'ai vu au Daguestan.

J'ai pris un thé avec 3 employés de la municipalité, pendant que Magomed recevait une de ses administrées venue en fauteuil roulant à la Mairie. A la fin de l'entretien, les fils et/ou voisins de cette vieille dame sont venus porter le fauteuil dans les escaliers pour la reconduire chez elle. Ce n'est pas que la Mairie soit spécialement peu accessible aux PMR : en fait, tout le village est en escaliers...

Sogratl : la grande maison historique construite avec l'aide des moutons

Puis j'ai eu droit à une visite guidée de Sogratl. On a pris un thé avec quelques pâtisseries traditionnelles chez la mère de Magomed. Il m'a montré l'école, la boulangerie et son four tandyr, et une très grande maison avec cour intérieure dont j'ai oublié la fonction précise, mais dont la construction a nécessité d'acheminer du bois à dos de moutons. Un mouton porte peu, mais ils étaient nombreux !

L'école, avec les portraits des héros soviétiques de Sogratl

Un des portails menant à l'école. Gravé dans la pierre, il est écrit que chaque citoyen de l'URSS a droit à l'éducation L'école est une grande bâtisse : du temps de l'URSS, elle comptait près de 700 élèves ; ils ne sont plus que 120. L'exode rural est important au Daguestan.

Magomed m'a aussi montré le mémorial Vatan, dédié aux Daguestanais avars, lezgins et laks, qui s'étaient unis pour repousser Nadir Shah, le Napoléon persan du 18ème siècle. Et enfin, il m'a invitée à déjeûner à la gostinitsa du petit terrain de camping qu'il a fait créer en contrebas du village. Il y avait juste un chemin boueux et aucune signalisation pour y accéder, et encore aucun touriste. Mais Magomed fait de son mieux pour aider son village à être attractif, et veut rester optimiste quant au potentiel de sa région. J'espère que l'avenir lui donnera au moins un peu raison.

Sogratl : place à l'entrée du village, terminus pour les voitures

samedi 16 mars 2019

Gamsutl, village-fantôme / Село-призрак Гамсутль

Bakhtyar Gantaev : "Пандур и зурна" (lezginka avar)

J'avais vu sur le net quelques photos de villages en nid d'aigle que j'avais très envie d'aller voir de plus près. De Gunib, j'ai donc fait une excursion en direction de Tchokh et Gamsutl.

Un verger entre Gunib et Kommuna

On ne monte pas vite en tricycle, mais aucune importance : calée dans ma chaise longue, je pouvais savourer le paysage. Et j'ai même pu pique-niquer confortablement assise à midi, à l'ombre d'un arbre et de stèles ornés de foulards et bandeaux de tissus (je ne sais pas précisément ce que c'était).

Le long de la route entre Kommuna et Khadub

Les petites routes du Daguestan central ne sont pas très bonnes, mais elles sont tranquilles, le paysage est varié.

Vue de ma chaise longue pendant la montée vers Tchokh

Il était presque 3 h 1/2 quand je suis arrivée au pied du sentier qui relie la petite vallée du Tsamtichay au village-fantôme de Gamsutl. Faut dire que je ne suis pas partie très tôt de Gunib, le petit-déj était copieux chez Zimfira et Pakhrudin.

Entre Khadub et Tchokh

J'ai laissé le tricycle un peu avant les dernières maisons habitées vers 1300m, là où la piste devenait raide et caillouteuse, et j'ai pressé le pas pour arriver à Gamsutl (1700m) avant le coucher du soleil. Timing parfait : j'ai atteint le site au moment où l'éclairage le rend si photogénique.

Arrivée à Gamsultl à la bonne heure

Des randonneurs russes m'ont expliqué qu'à l'époque soviétique, il y avait l'électricité, un Med-Punkt (un petit dispensaire) et une petite salle de cinéma.

Vue de Gamsutl sur Obokh

Gamsutl a perdu ses derniers habitants entre 1950 et 1960.

Village fantôme de Gamsutl en fin d'après-midi

Un autre petit hameau en contrebas, Kurib, ne compte plus que 2 ou 3 maisons habitées.

Hameau quasi-abandonné de Kurib, vu du chemin qui monte à Gamsutl

J'ai passé une bonne heure à profiter de la vue et à flâner dans les ruines et sur le piton juste au-dessus.

Ruines de Gamsutl. Au loin, la montagne de Gunib

J'ai regretté de ne pas avoir monté de quoi bivouaquer, il y a un superbe "spot" juste au-dessus du hameau : une terrasse en pelouse plate adossée à la roche, avec une source d'eau fraîche 10 minutes en contrebas, et une vue magnifique... Mais bon, mes épaules ne sont pas encore (ou ne sont simplement plus) aptes au portage, tant pis.

Belvédère avec vue et spot de bivouac au-dessus de Gamsutl

Bivouac au bord du ruisseau Tsamtichay

Je suis donc redescendue à la nuit tombante avec les derniers randonneurs russes, et j'ai bivouaqué au pied de la montée, sans vue mais confortablement, avec une pelouse pour ma tente et des rochers arrondis de diverses tailles comme mobilier de jardin, en compagnie de quelques paisibles vaches.

vendredi 1 mars 2019

Au cœur du Daguestan / В самом сердце Дагестана

Zaïnab Makhaeva & Larisa Gadzhieva : "Вернись" (duo avar & lak)

Gunib est un gros village avar d'environ 2600 habitants, situé à peu près au centre géographique du Daguestan. Les Avars, sans e, sont le peuple le plus nombreux du Daguestan (un peu plus de 1/4 de la population).

Gunib vu d'un verger de Kommuna

Je croyais être presque arrivée quand j'ai passé le panneau indicateur "Gunib", mais le centre-ville est presque 300 m de dénivelé au-dessus, et la citadelle encore 300 m plus haut...

Centre de Gunib vu de la citadelle

La montée est raide : Gunib est un village perché typique du Daguestan central. Depuis ces villages en nid d'aigle, on voit arriver de loin les ennemis, ou les tricycles couchés. Ainsi, j'ai été filmée par un smartphone pendant que je montais tout doucement, depuis une maison située 3-4 lacets plus haut, et ces images sont arrivées au village une bonne demi-heure avant moi...

Vue de la citadelle de Gunib sur les vallées environnantes

Quand je suis enfin arrivée sur la grande place du village, j'ai d'abord visé la poste pour une nouvelle tentative d'expédition de mes confitures. Le temps que je sorte mes 2 pots du fond des grandes sacoches, un sympathique petit attroupement s'était formé devant mon tricycle. J'ai pu faire essayer mon engin à 2 gars, pendant que les autres m'expliquaient où je pourrais loger et ce qu'il fallait visiter.

Mon comité d'accueil à Gunib

A Gunib, la postière était aimable, et ne voyait aucune objection à expédier un colis pour la France, à condition que ce ne soit pas dans des pots en verre. J'ai fait la tournée des échoppes autour de la place centrale, en me demandant bien dans quoi j'allais mettre l'urbetch et la confiture de kyzyls.

La place centrale de Gunib au crépuscule

Ce fut laborieux, mais j'ai fini par revenir à la Poste avec des boîtes cylindriques en plastique bien plus larges que les pots de confiture, du gros scotch, et 8 rouleaux de PQ pour caler le tout dans un carton Почта России. Avec en prime un 3ème pot à expédier : quand j'ai expliqué dans la petite quincaillerie ce que je voulais emballer, la baboushka m'a mis sous le nez un bocal de sirop aux petites pommes de pin en me disant "Regardez, ça pourrait vous intéresser". Tout à fait !

Route entre Gunib centre-ville et la citadelle

Musée de Gunib : petit tapis représentant le monument Belye zhuravli, dédié aux soldats disparus. Ensuite, j'ai eu la flemme de monter encore de 300m jusqu'à Gunib-le-Haut, je suis allée me poser à l'hôtel Belye Zhuravli. J'ai tâtonné un peu pour trouver l'entrée : l'hôtel encore en travaux n'était pas signalé, et la réception n'est pas au rez-de-haussée. L'accueil était très agréable, et le prix plutôt bas par rapport au standing ; du coup j'y ai passé 3 nuits, pour visiter tranquillement et confortablement la région.

Vue de ma chambre à l'aube. Centre et citadelle de Gunib

J'ai hérité d'une spacieuse chambre 3 places avec vue sur la citadelle, et nous n'étions que 2 pensionnaires à utiliser la salle de bains commune, et néanmoins impeccablement propre, de mon étage.

La table du petit-déjeûner chez Zimfira et Pakhrudin

La propriétaire Zimfira m'a invitée à dîner avec la famille au 5ème étage. J'ai fait la connaissance de son mari Pakhrudin, directeur du musée national à Makhachkala. Zimfira et Pakhrudin ont fait une fois un court voyage en Italie et en France, ils rêvent d'y retourner : on se reverra peut-être dans les Alpes un jour.

Musée de Gunib. L'instrument à 3 cordes posé sur les kilims est un pandur

Entre autres échanges culturels informels, j'ai eu droit à une petite démonstration d'un exercice de diction. Par exemple, dire Sept cent soixante-dix-sept grenouilles coassaient sous le pont en langue avar, ça dépote ! Plusieurs langues caucasiennes, dont l'avar, possèdent en effet une belle collection de consonnes dites non pulmonaires, dont 2 que j'ai entendues pour la première fois chez mes hôtes avars, tɬʼ et qχʼ (c'est leur notation en alphabet phonétique international, en cyrillique je ne sais pas).

L'alphabet cyrillique augmenté pour transcrire la langue avar n'est pas avare de consonnes

Il y a encore plus de consonnes en abkhaze, mais l'avar en a 2 ou 3 vraiment originales. Certaines de ces consonnes, qui n'existent dans aucune langue indo-européenne, sont listées et enregistrées ici : fr.wikipedia.org/wiki/Consonne_éjective. Ou alors, écoutez attentivement les paroles des chansons en avar, on entend parfois passer ces sons exotiques...

jeudi 24 janvier 2019

Le long des routes de montagne / По горным дорогам

Descente du 2ème col, entre Levashi et Khadzhalmakhi

Shamil Gadzhiev : "По горным дорогам" (chant darguine en version russe)

La descente du col suivant, entre Levashi et Khadzhalmakhi, se terminait par un tronçon raide. Et en tricycle couché, on prend bien de la vitesse quand ça descend. Du coup je n'ai pas pris le temps de photographier les échoppes qui exposaient des dizaines de réfrigérateurs à vendre en bord de route. J'ai fait une petite pointe à 68 km/h, avec une petite frayeur quand j'ai serré un peu plus le frein gauche que le droit dans la dernière ligne droite...

Khadzhalmakhi, centre ville...

J'ai traversé Khadzhalmakhi au moment d'une panne d'électricité : pas de tchudu à cause des fours en panne, alors je me suis ravitaillée en glace crémeuse et jus de fruit (le Dagestan produit de bons jus de fruits).

Arrivée sur Gergebil

Dans le bourg suivant, Gerbebil, j'ai voulu poster mes pots de confiture, mais les 2 agents au guichet n'avaient aucune envie de faire ce travail. Ils ont prétendu que seul le bureau de poste de Makhatchkala peut expédier des colis pour l'étranger. J'ai eu beau protester en leur montrant la note de service de Potchta Rossii affichée au mur qui disait le contraire, je n'ai rien pu en tirer. J'ai donc continué à monter vers Gunib avec mes pots de confiture dans mes sacoches...

Approche des gorges de Karakoysu, entre Gergebil et Gunib

En remontant la vallée de la rivière Karakoysu, le relief devient progressivement plus spectaculaire et varié.

Karakoysu en sortie des turbines du barrage amont

Reliefs typiques du Daguestan central. Gorges de la rivière Karakoysu au niveau du barrage hydroélectrique amont Dans une station-service en construction où je me suis arrêtée pour faire un plein d'eau de source, Omar m'a recommandé divers sites à visiter dans le secteur, et voulait même m'inviter dans son village Salta, mais c'était trop loin et trop haut pour ce soir. Quand je lui ai demandé s'il n'y avait pas plutôt des coins tranquilles pour bivouaquer à proximité, il m'a conseillé de faire étape dans un gîte non signalé, un peu avant l'embranchement pour Salta et le 2ème barrage hydroélectrique.

Vallée de la rivière Karakoysu en amont de Kurmi

C'est ainsi que j'ai fait la connaissance de Raïssa, une modeste retraitée qui projette d'arrondir ses fins de mois en faisant rénover une bâtisse pour en faire une gostinitsa, avec 6 chambres et un tout petit restaurant. Les douches étaient en construction, et le WC à la turque derrière la maison n'avait pas de toit, ce qui lui permet d'être mieux aéré. Mais le rapport qualité/prix de la demi-pension était très correct !

Lac de retenue amont, entre le barrage et Gunib

Comme il faisait grand beau lors de mon départ le lendemain matin, Raïssa m'a suggéré d'installer une ombrelle sur mon tricycle. Je crois que je le ferai un de ces jours, à l'occasion d'une vélo-parade à Grenoble, mais sinon, en route, un chapeau est quand même plus pratique...

Sur la route de Gunib

vendredi 4 janvier 2019

Gîte et confitures / Ночлег и варенья

Après un bref second passage à Derbent,

Marché de Derbent, secteur des fromages

Derbent. Taxis et marshrutkas en attente de passagers. j'ai remonté un bout de côte en taxi. Le conducteur, un ex instituteur darguine à la retraite, a eu du mal à faire rentrer le tricycle dans sa voiture, mais ne voulait pas lâcher l'affaire. Pas de problème, on est partis avec la haillon à moitié ouvert tenu par une corde, ça faisait une bonne raison de rouler pas trop vite.

Shamil Gadzhiev : "Образ мечты" (chanson darguine)

Il m'a déposée comme convenu dans un petit village au début de la montée du col Nagrelabek, entre 2 averses et dans le brouillard.

Montée sous une petite pluie fraîche. Un petit village entre Devga et Mekegi

Il s'est remis à pleuvoir pendant que je montais. La position allongée sur le tricycle soumet les vêtements habituellement imperméables et respirants à rude épreuve, car l'eau peut plus facilement stagner au lieu de s'écouler. J'étais donc assez humide et contente qu'un brave automobiliste s'arrête à ma hauteur pas seulement pour observer mon tricycle, mais aussi pour m'inviter à passer la nuit chez lui à Mekegi.

Derrière le village de Mekegi, on distingue des carrières, exploitées par des ouzbeks.

Il m'a aussi proposé de m'y conduire en voiture, mais bon, faut pas abuser : je veux pouvoir compter mes cols dans la mise à jour annuelle pour le Club des Cent Cols... Alors, il m'a attendue un peu plus loin pour me guider depuis l'embranchement de la petite route qui menait vers sa maison, juste après une série de cabanons de découpe de pierre installés en bord de route.

Mes hôtes à Mekegi

Accueil simple et chaleureux. J'ai pu me changer et faire sécher mes vêtements tout en mangeant un goûter-repas copieux. J'ai pris une douche chaude dans la buanderie, et regardé la télé dans le salon en chantier pendant que Bagand continuait les travaux de rénovation de la maison, et que sa femme Aniset s'occupait d'une petite-fille lourdement handicapée.

Cour intérieure de ma maison à Mekegi. Le tricycle a dormi sous le porche de l'étable.

Au petit-déj, on m'a fait goûter de l' urbetch. C'est une spécialité daguestanaise qui a la consistance du Nutella, à base de graines de lin pressées légèrement torréfiées et de noix moulue, avec du miel ou de l'abricot. La maîtresse de maison avait aussi préparé de la confiture de kyzyls (des baies de cornouiller) : je suis repartie pendant une éclaircie avec un pot de chaque pour la route...

dimanche 25 novembre 2018

Au pays des tapis et des déclinaisons / Табасаранские ковры и склонения

Vous vous souvenez peut-être de Radik, le Daguestanais que j'avais rencontré sur les rives du Baïkal. Radik était tabasaran. Il m'avait expliqué - et d'autres Daguestanais me l'ont dit aussi - que sa langue est un peu compliquée : elle comporte une quarantaine de cas de déclinaison. Le tabasaran est une langue aux sonorités originales, caucasienne mais influencée par 2 langues turcophones voisines (azéri et kumyk).

Giulnaz Hadzhikurbanova : "Табасаран халачйир" (Табасаранские ковры , chanson tabasaran)

Un petit tapis tabasaran à Arkit, chez une voisine de Mina et Tverüz

On m'a aussi dit à plusieurs reprises que les Tabasaran font de beaux tapis. Alors, forcément, j'ai eu envie d'aller explorer le district tabasaran, en commençant par son chef-lieu Khutchni, où j'espérais pouvoir visiter des fabriques de tapis.

Entrée dans le district tabasaran

En chemin, Magomed-Rasul, un cycliste qui passait par là en voiture, s'est arrêté pour discuter et m'offrir des raisins et des prunes. Il m'a demandé si j'avais lu les récits d'Alexandre Dumas dans le Caucase, et m'a invitée à Derbent si ma route repassait par là. Ensuite, un peu plus tard, je me suis planquée pour bivouaquer près d'un petit col agréable : le ciel se dégageait, j'étais un peu fatiguée des nombreuses mini-intervious et photos-vidéos, je voulais me coucher tôt, et si je ne me cachais pas, je serais sûrement invitée par des villageois du prochain bled...

En trike, on profite du paysage sans forcer sur la nuque, c'est confortable !

Le lendemain à Khutchni, j'ai eu vite fait le tour de ce bourg plutôt terne, tout en longueur le long d'une vallée pas bien large. Je n'ai pas trouvé de fabrique de tapis, et pour cause : Farkhad m'a expliqué que la dernière avait fermé depuis plus de 10 ans ! Bravo les mises à jour des guides touristiques...

Farkhad m'a guidée jusqu'à l'antre d'un cordonnier qui a recousu mes chaussures cyclo en refusant de me faire payer, puis il m'a invitée à déjeûner avec sa famille : khinkali, tchudu, salade et poulet du jardin, kompot de mûres,... tout était fait maison.

Déjeûner en terrasse chez Farkhad, avec l'aspirateur pour se débarrasser des guêpes importunes

Farkhad avait une technique intéressante pour se débarrasser des guêpes qui venaient se servir à notre table : à l'aspirateur ! Enfin, quand j'ai expliqué par quelle route je comptais repartir, Farkhad m'a déconseillé cette option : à moins de 5 km de Khutchni, cette route allait devenir une piste difficile, il pensait que j'aurais du mal à passer avec mon trike. A la place, il m'a recommandé d'aller voir la cascade à quelques kilomètres de là, puis de retourner à Derbent pour rejoindre une autre route.

Khanagskiy vodopad, la cascade en amont de Khutchni

A l'auberge près de la cascade, Salman m'a appris qu'il y avait un atelier de tapis dans son village d'origine, Arkit.

Salman, un des serveurs de l'auberge au pied de la cascade, essaie fièrement le trike rebaptisé kabriolett

J'ai donc fait demi-tour pour rejoindre une autre vallée un peu plus à l'ouest.

Après une invitation pour un thé + goûter chez l'institutrice de Yagdig, et une rude montée, je suis arrivée à Arkit. Le village n'a rien d'extraordinaire mais le site est joli.

Accueil chaleureux dans la famille de Nazar à Arkit

Nazar, qui m'avait doublée en voiture, m'avait invitée : nouveau thé, puis dîner en terrasse avec sa femme Intiza, leurs 3 enfants, et sa mère Mina, une baboushka avec des dents et un cœur en or. Curieusement, alors qu'ils ont équipé leur maison d'une salle de bain avec douche, chauffe-eau et machine à laver, les WC à la turque sont dans une cabane malodorante au fond du jardin. Je reverrai ce type d'aménagement dans plusieurs autres villages daguestanais.

Pendant ma journée de repos à Arkit, le tricycle ne chôme pas !

Des voisins sont ensuite venus prendre un autre thé (évidemment, tout le village était au courant de mon arrivée). C'est que, voyez-vous, j'étais apparemment la première touriste étrangère, et avec certitude le premier tricycliste couché, à visiter le village d'Arkit ! Tverüz, une amie de Mina, a essayé le tricycle et m'a invitée pour le lendemain.

Arkit. La toubib du village essaie mon trike chez son amie Tverüz

Med-Punkt du village d'Arkit Le lendemain, Tverüz et Mina m'ont proposé une visite guidée approfondie du village. J'ai pris un thé au Med-Punkt, j'ai visité la poste, la maison de la culture locale avec son mini-musée, l'école vide, et le jardin d'enfants très animé. Je suis arrivée pendant un cours de danses caucasiennes : il a fallu que j'esquisse quelques mouvements de lezginka, encerclée par les bambins qui formaient une ronde endiablée, sous les encouragements des puéricultrices...

Arkit, centre du village. La grosse averse de l'après-midi se prépare...

Par contre, la fabrique de tapis était fermée : congés annuels, zut ! J'ai juste pu visiter une maison dans laquelle il y a avait un métier et un début de tapis.

Arkit. Métier à tapis dans une maison du village

Et j'ai remarqué chez mes hôtes de jolis mini-tapis carrés, faits maison, destinés à garnir chaises et tabourets. Forte de mon expérience du taarof iranien, j'ai eu la politesse de refuser quand Tverüz m'a proposé de me faire cadeau de 2 de ces mini-tapis (elle m'avait déjà offert des chaussons en laine et un foulard...). Mais j'avoue que j'ai été presque tentée d'en emporter un pour le siège du trike, ça aurait été classe !

dimanche 21 octobre 2018

Derbent, porte de l'empire / Дербент, ворота империи

Derbent est la deuxième plus grande ville du Daguestan, et, depuis qu'elle est russe, la plus ancienne ville de Russie. Ah non, pas tout-à-fait : troisième ville du Daguestan.

Vue sur Derbent depuis la citadelle Naryn Kala

La deuxième plus grosse ville est maintenant Khassavyourt, dans la plaine au nord, tout près de la Tchétchénie.

Derbent. Porte Orta Kapi

Au fil des siècles, Derbent a appartenu à tous les empires qui se sont disputé la région, sous divers noms faisant référence à son rôle de Porte : la Barrière en persan (Darband, origine de son nom actuel), la Porte des portes en arabe, la Porte de fer en turc...

Interprète non identifié : "В моём сердце" (musique azérie du Dagestan)

Derbent. Aux portes de la vieille ville.

La ville compte une importante minorité azérie, et on sent un peu plus l'influence persane que dans le reste du Daguestan.

La mort de l'imam Hussein, privé d'eau avant d'être exécuté, marqua le début du schisme entre Chiites et Sunnites

Outre des mosquées chiites, on trouve davantage de douchettes dans les WC :-) .

Marché central de Derbent

C'est dans un petit restau azéri de Derbent qu'on m'a dit pour la deuxième fois que j'avais acquis le statut de star locale, grâce à mon tricycle et à diverses photos ou vidéos publiées sur internet par des Daguestanais qui m'avaient rencontrée. Si vous les trouvez, faites-moi signe : je ne les ai pas vues, même en cherchant avec quelques mots-clé russes.

Derbent. Dans les ruelles de la vieille ville.

J'ai flâné dans la vieille ville, située entre les anciens remparts. Les murs de pierre sont mis en valeur par d'élégants assortiments de gazoprovod typiques de l'empire soviétique.

Derbent. Assortiment de gazoprovodov

Pierres de Derbent truffées de coquillages Macadam ou béton de Derbent truffé de coquillages Une particularité : ces pierres sont truffées de coquillages, on en trouve même dans le béton et le macadam.

Ruelle de la vieille ville de Derbent

Une famille lezguienne m'a invitée à prendre un thé, généreusement accompagné de tchudu (чуду).

Pause-thé sous le préau d'une maison de la vieille ville à Derbent

Le papi m'expliquait qu'ils vivaient confortablement malgré sa modeste retraite car ses 2 filles, dont une dentiste, travaillent à Moscou. Mais la récente réforme des retraites va faire baisser leur niveau de vie, et la cote de Putin...

Derbent, remparts sud et citadelle Naryn Kala

J'ai bien sûr visité la forteresse Naryn Kala et ses fameux remparts qui descendent de la montagne vers la mer.

Un des cimetières de Derbent, au sud de la vieille ville

Ils barraient la route entre ce qui est maintenant la Russie et l'Azerbaïdjan (la frontière actuelle est à une quarantaine de kilomètres au sud). Un site à voir tôt le matin de préférence.

Derbent, vue de la citadelle Naryn Qala.

En redescendant, j'ai visité une ancienne église arménienne transformée en musée de l'artisanat. Plusieurs tapis tabasaran étaient exposés, ce sont les plus réputés du pays.

Derbent, remparts nord

Enfin, j'ai testé 2 plages, dont une à éviter, près de la conserverie... Il faut aller au nord de la ville pour trouver de l'eau plus propre.

Bain à remous dans la Caspienne

dimanche 14 octobre 2018

Distractions des vacanciers / Развлечения отдыхающих

Secouristes pas stressés sur la plage d'Izberbash

Sultan Uragan & Murat Tkhagalegov : "На дискотеку"

Pendant mon début de séjour au Daguestan, j'ai passé plus de temps dans l'eau de mer que sur mon tricycle. Surtout que j'ai finalement renoncé à faire tout le trajet Makhatchkala - Derbent sur 3 roues : la côte n'est pas vraiment belle,

La côte daguestanaise tout près de la station balnéaire d'Izberbash... Le Daghestan est exportateur de pétrole.

et pour éviter la grande route, on perd un temps fou dans des chemins pas très roulants.

Mes applis Maps.me ou Alpine Quest basées sur les cartes OSM, ou GoogleMaps, ne suffisaient pas toujours pour optimiser l'itinéraire. L'équivalent russe Yandex Karti était un peu plus à jour, mais parfois optimiste sur ce qui est "cyclable". Ou alors, il faut comprendre qu'en russe, "cyclable" veut dire qu'on peut passer avec un vélo, en pédalant, en le poussant, ou en le portant (un peu comme dans certains topos du Club des Cent Cols...).

Pousser ou tirer le tricycle sur des galets ou du sable, ou entre des buissons épineux le long de la voie ferrée, c'est bien plus galère qu'avec un vélo "normal". Et quand ça roulait, dès qu'il y avait des ornières, avec mes roues "20 pouces", j'entendais mes sacoches râper le sol, oy... J'ai fini par faire en taxi le tronçon Izberbash - Derbent.

Plage municipale d'Izberbash par grand beau temps

Ca ne m'a pas empêchée de profiter de la côte. J'ai passé entre 2 et 5 heures par jour à brasser gentiment de l'eau de mer, soit l'équivalent en 1 semaine de presque 6 mois de balnéothérapie au rythme de mes prescriptions de kiné à Grenoble. Ca m'a fait du bien !

Baigneurs à Izberbash

Tout ça me laissait quand même pas mal de temps libre : je vous propose une petit aperçu des distractions des vacanciers du coin sur la côte daguestanaise.

La lezginka est une danse très populaire au Daguestan

Les Daguestanais aiment danser : dans les restaus, sur les parkings, dans les jardins d'enfants...

Attraction du soir : un gnon-mètre.

Sur les promenades ou dans les parcs, une attraction assez populaire était le gnon-mètre. C'est une machine à sous qui, pour la modeste somme de 20 roubles, permet de donner un grand coup de poing sur une cible montée sur ressort, et de voir afficher un score proportionnel à la violence du coup.

Stand de tir à la kalashnikov en bord de plage. Contrairement au gnon-mètre, ici le public est mixte.

Bien sûr, dans les parcs, on trouve aussi des stands de tir... à la kalashnikov.

Bar à bières à Izberbash

Les bars à bière côtoient les mosquées sans problème. Ils sont parfois équipés de rideaux comme des isoloirs, pour qu'on puisse siroter tranquillement sans se faire voir de l'imam ou des voisins. Essai de tricycle dans le camp TchGU de Manas. Vue de face J'ai aussi vu d'autres attractions moins photogéniques, dont un petit chapiteau où se tenait un concours d'ingurgitation de biscuits type Petit Lu et divers jeux d'adresse.

Et bien sûr, j'ai eu quelques occasions de faire essayer mon tricycle, ou de le prêter aux enfants, petits ou grands, hébergés dans le même hôtel que moi.

A Izberbash, j'ai trouvé tout près de la plage municipale un petit hôtel idéal pour moi : le "Dzhumeirah", pas trop cher bien que confortable et propre ; mon balcon avec corde à linge donnait sur la cour intérieure équipée d'un préau qui faisait restau et garage à tricycle. Les proprios, une famille darguine, m'ont invitée à déguster mon premier tchudu (чуду) le soir de mon arrivée. C'est un plat national qui ressemble vaguement à une pizza calzone dans le principe mais en plus moelleux, avec des ingrédients différents (fromage frais et herbes, ou viande patates oignons...). En fait c'est assez proche de l' osetinskii pirog ou du khatchapuri géorgien.

Un plat national daguestanais : le tchudu

dimanche 23 septembre 2018

Invitée au Kadyrovstan / Гость в Кадыровстане

Ma première étape daguestanaise n'a pas été bien longue : j'ai dû réparer ma première petite crevaison ( roue avant, facile sur un trike : même pas besoin de sortir la roue pour changer de chambre à air ! ) avant de partir de Makhatchkala. Ma pompe a refusé de pomper, mais par chance, dans la deuxième petite libraire-papeterie où je cherchais —toujours sans succès— une carte détaillée du Daguestan, le gérant était cycliste et il m'a fait cadeau de sa pompe.

Makhatchkala. Un institut universitaire proche du centre ville

J'ai tâtonné un peu pour sortir de Makhatchkala sans passer sur le grand pont au gabarit autoroutier qui s'élevait par-dessus la voie ferrée : déjà sur le papier, ça ne fait pas vraiment envie, mais sans bande d'arrêt d'urgence et avec des Daguestanais habitués à passer à 4 voitures sur 3 voies, je ne voulais surtout pas tenter l'expérience...

De Makhatchkala à Kaspiisk inclus, les plages se succèdent

Ensuite à peine arrivée à Kaspiisk, j'ai visé une petite plage et je me suis baignée. Et enfin, comme je voulais éviter la grande route de transit Makhatchkala - Bakou, j'ai perdu du temps à zigzaguer sur des chemins plus ou moins orniérés, dont une partie sont des culs-de-sac.

Bref, la nuit allait tomber quand je suis arrivée dans le secteur des sanatorii et autres centres de loisirs de Manas. Un des nombreux automobilistes qui a ralenti pour zyeuter mon tricycle et me saluer m'a conseillé de continuer après le grand sanatorium pour aller passer la nuit dans une des bases de loisirs, celle avec une pancarte Tchéguéou.

Le camp TchGU de Manas vu de drone (copyright ???)

J'y suis donc allée, un peu intriguée par le mur de clôture qui faisait plus penser à une caserne qu'à un camping ou une base de loisirs. J'ai ensuite remarqué un grand portrait de Ramzan Kadyrov sur le mur de l'accueil, et un drapeau tchétchène.

Sharpudi & Rizvadi Ismailov : "БIаьрги нур" (lezginka tchétchène)

Bienvenue chez Ramzan Kadyrov...

Un gars jovial m'a dit en riant que la Tchétchénie était en train d'annexer le Daguestan, avant de m'expliquer que j'étais tout simplement dans un centre de vacances de l'Université d'Etat Tchétchène (ЧГУ). D'ailleurs, d'autres murs étaient ornés de citations du mégalo-président Ramzan Ahmadovitch Kadyrov.

Plutôt qu'un emplacement pour ma tente ou qu'une location de petit bungalow, j'ai eu droit à une des 2 maisons 'VIP", puis j'ai dîné avec la famille du directeur. Soirée au centre aéré du CROUS tchétchène : aprés le repas, on danse. On m'a expliqué que les Tchétchènes sont les plus hospitaliers des peuples du Caucase (je manque de recul pour confirmer ce point, mais... j'ai bien l'impression que ce sont les plus chauvins), et qu'il n'était pas question que je paye quoi que ce soit. Ils étaient aussi fiers de me dire que leur centre de vacances et leur plage étaient les plus propres du secteur : ça, c'était vrai. Parce que avant d'arriver là, j'avais vu pas mal de sacs poubelles ou autres détritus le long des routes ou chemins. Après un petit discours d'un prof, que les étudiants ont écouté rangés au garde-à-vous, j'ai pu assister à une séance de lezginka, la plus connue des danses du Nord Caucase. Je n'ai presque pas de photos, 2 des danseuses n'ont pas voulu que j'en prenne. Puis extinction des feux.

Bon accueil à la cusine de la cantine du camp TchGU Le lendemain, quand je me suis levée, mes hôtes et la plupart des étudiants étaient déjà partis à Derbent pour une cérémonie de remise de diplômes. Mais le directeur avait laissé des consignes à la cheftaine de la cantine : on m'a servi un copieux petit-déj avant mon bain de mer. La cuisinière a papoté avec moi ; ses 2 enfants ont à peine connu leur père, enlevé par "les fédéraux" et tué pendant la guerre de Tchétchénie.

Avant de repartir, j'ai prêté un moment ma chaise longue à pédales aux 2 jeunes assistants du concierge, tout le monde a trouvé ça bien amusant. Et bien sûr je suis invitée à visiter la riante Tchétchénie...

Essai de tricycle dans le camp TchGU de Manas. Vue de profil

vendredi 3 août 2018

Balnéothérapie intensive / Усиленная балнеотерапия

Plage municipale de Makhatchkala : premier bain dans la mer Caspienne

Sergey Ilyasafov : "Дагестан"

Pendant les vacances de mes kinés et/ou les miennes, j'essaie de compenser les 3 séances hebdomadaires de rééducation épaule/poignet que je rate.

Arrivée à Makhatchala : direct à la plage ! Mon chirurgien m'a dit que les bains d'eau de mer seraient bons pour moi. Et comme il y a 3 fois moins de sel par litre de Caspienne que par litre de Méditerranée, je prolonge les bains. L'eau est bonne, j'y passe plusieurs heures par jour. Le vent fait souvent déferler des vagues et il y a du courant : même sans les accessoires de KinéBulle, je peux faire travailler mes abaisseurs et mes rotateurs...

Plage municipale de Makhatchkala, avec vue sur la zone industrielle

La côte daghestanaise n'est pas spécialement jolie ni très propre.

Au Daguestan, on se baigne aussi bien en bikini qu'en robe longue.

Le spectacle, c'est la diversité des tenues de bain et des styles de baigneurs. A la plage, de temps en temps je sors de l'eau pour prendre des photos.

Les touristes russes ont souvent un maillot de bain, mais les gens du coin se baignent majoritairement en caleçon, en short ou pantalons avec ou sans T-shirt, ou en robe, tête nue ou avec casquette, foulard, chapeau voire capuche "islamiquement correcte" pour les femmes (la population du Daghestan est majoritairement musulmane, avec là aussi une certaine diversité puisqu'il y a des soufis, des chiites et des sunnites "classiques", éventuellement vodka-compatibles).

En famille à la plage d'Izberbash. Même les PMR en fauteuil vont faire trempette.

Outre que ça économise l'achat de maillots de bain, ça permet aussi de se passer de crème solaire. C'est amusant de voir des baboushkas en robe longue plonger allègrement dans les vagues, en souriant de toutes leurs dents dorées.

Bains de mer vivifiants à Makhatchkala

Parfois, les baigneurs les plus chanceux et rapides attrapent un poisson à la main.

Baboushka a attrapé un poisson, bravo !