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mercredi 1 août 2018

Makhatchkala, nous voilà ! / Поехали в Махачкалу !

Il est temps que je vous présente ma nouvelle destination et ma nouvelle monture.

"Клятва", hymne daghestanais, successivement en avar et en russe.

La monture, dite Chaise longue à pédales, est un tricycle couché que j'ai acheté d'occasion. Le modèle que j'avais repéré (un trike AZUB) ne pouvait pas être livré avant les vacances, et je ne l'ai pas trouvé en occasion non plus. Par contre, j'ai trouvé une bonne occase d'un modèle que j'avais classé en troisième sur ma liste, un HP Velotechnik "Scorpion". Avec cet engin, je peux pédaler confortablement pendant des heures sans provoquer ou accentuer mes douleurs aux épaules et poignets (séquelles de mon accident de mars 2017).

Ma chaise longue à pédales, un HP Velotechnik - Scorpion

J'en ai tellement bavé pour l'emballer la nuit précédant mon départ que je n'ai pas pensé à photographier le résultat. C'était pourtant assez réussi : en assemblant plusieurs cartons de tailles différentes, j'avais réussi à caréner les 3 roues et le pédalier, et à protéger la transmission en-dessous et le siège au-dessus, tout en permettant à l'engin de rouler sur les roues avant quand on le tenait par un bout de porte-bagages. J'ai quand même chopé de bonnes courbatures dans les épaules en le traînant du parking à l'enregistrement à Cointrin...

Vladikavkaz, gare routière N°2. Mon tricycle dépasse un peu de la galerie de toit de la vieille Lada, mais ça ira bien.

Quant à ma destination, je transite par Tbilissi pour aller au Daguestan ou Daghestan , un pays qui n'en est pas vraiment un, mais dont les habitants sont très fiers de détenir le record mondial de la diversité linguistique.

Le Dagestan ? C'est où ??

Dans une petite librairie-papeterie de Makhatchkala où je cherchais une carte du Daguestan, quand j'ai dit au propriétaire que je trouvais impressionnant qu'on parle 14 langues dans un petit pays de 3 millions d'habitants, Makhatchakala. Le long d'une rue qui monte de la côte vers le centre il m'a immédiatement répondu avec un grand sourire qu'on recense pas loin de 40 langues ou dialectes, dont les 14 langues officielles et la majorité d'entre eux ne sont pas mutuellement intelligibles... Les langues officielles du Daguestan se répartissent dans 4 grandes familles : 9 langues caucasiennes appartenant à 4 sous-familles différentes, 3 langues turco-mongoles, une langue persane très minoritaire, et le russe que tous apprennent dès l'école primaire (ou même à la maison ou à la crèche) et utilisent spontanément comme langue de communication avec les inconnus. Plus précisément , on m'a expliqué que l'enseignement est dispensé en russe, mais tous les élèves ont des cours de langue dans au moins une langue locale.

Iskandar essaie ma chaise longue à pédales.

La capitale de cette étonnante république du Nord Caucase russe est assez mal desservie. Via Moscou, correspondance avec une nuit d'attente et changement d'aéroport : un peu dissuasif avec mon bagage spécial... Ramzan Kadyrov a sa binette partout en Tchétchénie Mon détour par Tbilissi ne me fait évidemment pas gagner de temps, mais les escales (Istanbul, Tbilissi et Vladikavkaz) sont plus agréables. Et puis, j'essaierai peut-être d'ajouter le col Djvaris (2375m) à mon palmarès sur le chemin du retour. J'ai enchaîné 3 tronçons : un taxi avec un très grand coffre de Tbilissi à Kazbegi, en tricycle de Kazbegi à Vladikavkaz, puis un vieux taxi Lada avec galerie de toit de Vladikavkaz à Makhatchkala en traversant la Tchétchénie.

Se déplacer en tricycle couché, même à Grenoble où on voit des tas de vélos, ça ne passe pas inaperçu. Au Daguestan, les touristes étrangers sont rares, et les cyclotouristes très rares. Ma chaise longue à pédales se fait prendre en photo Alors une touriste d'Europe occidentale visitant le Daguestan en chaise longue à pédales, je vous raconte pas... Des têtes étonnées et/ou hilares, ou des mains tenant un smartphone pointant son objectif vers moi, sortent des voitures qui me croisent ou me doublent. Je n'ai jamais aussi souvent été photographiée ou filmée ou interviouvée. Il n'est pas rare que mes interlocuteurs finissent par essayer l'engin, au bord de la route ou dans un hall d'hôtel. Bref, faut s'habituer à ce nouveau statut de star ou de bête de foire, mais globalement, c'est bien sympa !

mercredi 7 mars 2018

Vladikavkaz et son tramway / Владикавказ 3 : трамвай

Maya Bolotaeva : "Я Осетии дочь"

Prospect Mira, la grande rue piétonne de Vladikavkaz. Ancrages des câbles du réseau électrique et du tram.

On a repassé une journée complète à Vladikavkaz, pour relaxer mes épaules, contacter l'agence et éclaircir nos problèmes de pogranitchnikh propuskov : pas de bol, notre permis ossète était, comme le permis kabardino-balkar, limité à 2 districts :-( . Exit donc la visite du parc national de Stur-Digora... On se contentera de faire une rando du côté de Tsey et une vers Verkhniy Fiagdon.

Vladikavkaz, ulitsa Gappo Baeva

En attendant, je vous propose une petite visite du tram de Vladikavkaz, que nous avons souvent utilisé pour nous déplacer car la ville est étalée en longueur le long du Terek, et quand on trimballait mon chariot-pulka, c'était le mode de transport le plus pratique.

Vladikavkaz. Un tramway arrive à la station OZATE

Plan du réseau de tram de Vladikavkaz. Interro la semaine prochaine Il fallait s'y mettre à 2 pour monter les marches, mais une fois dans le tram, on pouvait ranger le chariot entier entre les rangées de sièges sans gêner le passage.

Le tram de Vladikavkaz a été inauguré en 1904, avant même l'ère des Soviets. Il a été municipalisé en 1918, et partiellement détruit par des bombardements en 1942 pendant la bataille du Caucase. Une partie des rails restants avaient été déplacés pour réparer une voie ferrée stratégique. Il a été reconstruit entre 1945 et 1950, puis développé.

Le réseau comporte maintenant 10 lignes, et son plan est assez déroutant. Ce n'est pas un quadrillage "maillé" , ni un réseau "en étoile". Ce serait plutôt le genre pieuvre, voire plat de spaghettis.

Zoom sur un détail du plan du réseau de tram de Vladikavkaz Vous pouvez remarquer sur le plan une grande boucle centrale intégralement parcourue par les 10 lignes, 5 la parcourant dans le sens des aiguilles d'une montre, 5 en sens inverse, sans corrélation entre numéro de ligne et sens de parcours.

Sur cette grande boucle, qui fait jusqu'à 1 km de large, se greffent plusieurs branches, dont certaines sont elles-mêmes en boucle, parcourue par 2 lignes en sens inverse l'une de l'autre. Jusque dans les détails, on perçoit la main de l'artiste : voyez plutôt ce plan du terminus partiel (lignes 2 et 10) sur les lignes 5 et 9.

Original, non ? Enfin, faut pas être daltonien pour pouvoir utiliser un tel plan... Pour corser encore la chose sur le terrain, certains arrêts ne sont signalés que par de petites plaques à moitié rouillées accrochées aux câbles ou à un caténaire.

Vladikavkaz, prospekt Mira. Cette pancarte est une station de tram...

Le seul gros avantage, c'est que notre hôtel était sur la boucle centrale, donc quel que soit le tram dans lequel on montait, on repassait forcément devant notre hôtel, éventuellement après avoir fait tout le tour de la ville dans les grandes longueurs...

Un jour, quand on a demandé à 3 passants assis sur un banc le long des rails quel tram prendre pour rentrer vers la gare, ils nous ont répondu aimablement "N'importe lequel. Mais si vous êtes pressées, prenez le 4 ici ou le 8 là. Si vous voulez visiter le centre-ville au passage, prenez le 1 ici ou le 7 de l'autre côté." Si vous regardez attentivement le plan avec sa grande boucle, vous remarquerez en effet que le nombre de stations est très différent sur les 2 moitiés de la boucle (9 côté ouest, 16 côté est).

Vladikakvkaz. Poste de pilotage d'un tram.

Le concept est amusant et finalement assez sympa pour le tourisme. Un peu moins pratique au quotidien ou si on est chargé : pour limiter l'attente, il faut parfois se poster à mi-chemin entre 2 arrêts "opposés" — souvent décalés — et courir prendre le premier tram qui passe à l'un ou l'autre arrêt.

Vente de tickets en rouleaux à bord d'un trolleybus de Novossibirsk La cabine du conducteur (ou, souvent, une conductrice) est ouverte, puisque c'est là qu'on achète les tickets. Comme dans pas mal d'autres villes russes, les tickets sont produits en rouleaux qui sont ensuite attachés dans la cabine, ou directement en collier ou à la ceinture par les agents chargés de les vendre.

Le conducteur peut faire des arrêts-minute en-dehors des stations : il enfile son gilet fluo avant de descendre acheter son pain ou un petit casse-croûte.

Arrêt technique : la conductrice du tram enfile le gilet fluo réglementaire pour aller acheter son casse-croûte

Le conducteur doit aussi enfiler son gilet quand il sort dépanner son tram ou son trolleybus. Je vous ressors une photo d'archive montrant une conductrice avec son seyant gilet fluo réglementaire, de sortie sur le toit de son trolleybus.

Conductrice dépannant son trolleybus à Petrozavodsk

dimanche 5 juin 2016

A travers la Sibérie / Поездка через Сибирь

Oblast d'Irkoutsk et ancien trajet domicile-travail de ma prof de russe Avant de fonder son école de langue russe à Irkoutsk, ma prof de russe était instit' dans l'école d'un village au nord de l' oblast d'Irkoutsk, à plus de 1000 km. Elle y allait chaque semaine en avion.

Quant à moi, j'ai parcouru en train environ la moitié des 9000 km de la voie du TransSib.

La provodnitsa chef de train donne le départ d'un TransSib en gare de Tyumen

Juste assez pour m'imprégner un peu de la notion des distances en Sibérie (on franchit, en gros, un fuseau horaire par jour), et pour me rendre compte qu'il y a plus difficile que l'hiver en Sibérie : le dégel.

Les fleuves du plateau sibérien se déversent en effet presque tous dans l'Océan Arctique : l'aval est encore gelé quand l'amont dégèle, donc la plaine se transforme en vaste mer de boue... Le résultat est ce que les Russes appellent распутица "(raspoutitsa)", un nom venant du fait que de nombreuses routes deviennent impraticables à cette période de l'année.

Paysage typique de Sibérie occidentale : sapins, bouleaux et marais

La voie ferrée du Trans-Sib a marqué le développement de la Russie vers l'Asie, mais bien avant la création de cette voie, des hordes mongoles avaient déferlé sur l'Europe, et des bataillons de cosaques étaient allés conquérir la Sibérie. Environ 4200 km entre Altaï et Kalmoukie : un peu moins de la moitié de l'extension Est-Ouest de la Russie Petit témoignage de ces aller-retour : je vous propose d'écouter 2 chants traditionnels. Le premier est un chant cosaque interprété par un groupe de Krasnoïarsk, à la longitude de l'Altaï mongol ; le second est un chant kalmouk de la région du delta de la Volga, en rive ouest de la mer Caspienne. Et je vous promets que je ne les ai pas inversés !

Yakhont : "Пролегала на степь - дорожга" (chant cosaque)

Vladimir Karuyev - Okna Tsagan Zam : "Ээҗин дун" (chant kalmouk, avec de beaux passages en isgeree ou sigit, un des 4 styles de chant khöömeï)

Humour sibérien

Halte de mon train Novossibirsk - Adler en gare de Kazan A propos des distances... Lors de mon stage de russe en 2014 à Novossibirsk, l'école nous avait organisé un week-end "à la datcha", chez une amie d'Anna, une des profs de russe. C'était à la campagne, en lisière de forêt, "tout près de Novossibirsk". Notre train пригородный (l'équivalent russe du train de banlieue) roulait déjà depuis 2 heures.

— Anna : Ah, on est presque arrivés, on descend à la prochaine gare, dans 1/2 heure.

— Etudiant belge : Vous savez, chez moi, en 2 heures de train, on aurait déjà traversé tout le pays.

— Anna : Ah bon ? C'est incroyable ! Vous avez des trains si rapides en Belgique ?

mardi 8 mars 2016

C'est parti ! / Поехали

C'est terrible, en une journée, je dépense à peu près tout le pétrole que j'ai patiemment économisé en me passant de voiture et de chauffage pendant le reste de l'année...

Natacha Morozova : "Улетай" (d'après Borodine)

Le changement d'avion à Moscou-Domodedovo s'est bien passé.

Avion S7, reconnaissable à sa belle livrée vert pomme, au départ de Domodedovo

Au contrôle de police, je suis tombée sur une jeune qui est devenue toute souriante quand je lui ai dit, en russe, que j'allais passer quelques semaines à Irkoutsk : c'est sa région natale. Le carton du vélo, que j'avais chargé autant que possible vu qu'il bénéficie d'un forfait vélo et n'est généralement pas pesé à Genève, n'a pas échappé au pesage à Moscou. La balance indiquait 22 kilos : ouf ! A 23 il aurait changé de tranche tarifaire...

Premier aperçu des rues d'Irkoutsk : isba et glaçon. J'ai ensuite attendu mon 2ème vol en trinquant avec un photographe portugais-mozambico-genevois qui partait faire un reportage sur les chamanes bouriates.

Le vol intérieur Moscou-Irkoutsk dure 2 fois plus longtemps que le Genève-Moscou. Je me sens déjà en Russie : plein de passagers quittent leurs chaussures chaudes dès qu'ils prennent place ; au casse-croûte on a de la kasha aux champignons et une salade de betterave. Et à l'arrivée, tout le monde sort les vêtements chauds des sacs. Pourtant, il ne fait pas froid ce matin : -17.

-17°C à Irkoutsk début mars, le printemps arrive.