Ma première étape daguestanaise n'a pas été bien longue : j'ai dû réparer ma première petite crevaison ( roue avant, facile sur un trike : même pas besoin de sortir la roue pour changer de chambre à air ! ) avant de partir de Makhatchkala. Ma pompe a refusé de pomper, mais par chance, dans la deuxième petite libraire-papeterie où je cherchais —toujours sans succès— une carte détaillée du Daguestan, le gérant était cycliste et il m'a fait cadeau de sa pompe.

Makhatchkala. Un institut universitaire proche du centre ville

J'ai tâtonné un peu pour sortir de Makhatchkala sans passer sur le grand pont au gabarit autoroutier qui s'élevait par-dessus la voie ferrée : déjà sur le papier, ça ne fait pas vraiment envie, mais sans bande d'arrêt d'urgence et avec des Daguestanais habitués à passer à 4 voitures sur 3 voies, je ne voulais surtout pas tenter l'expérience...

De Makhatchkala à Kaspiisk inclus, les plages se succèdent

Ensuite à peine arrivée à Kaspiisk, j'ai visé une petite plage et je me suis baignée. Et enfin, comme je voulais éviter la grande route de transit Makhatchkala - Bakou, j'ai perdu du temps à zigzaguer sur des chemins plus ou moins orniérés, dont une partie sont des culs-de-sac.

Bref, la nuit allait tomber quand je suis arrivée dans le secteur des sanatorii et autres centres de loisirs de Manas. Un des nombreux automobilistes qui a ralenti pour zyeuter mon tricycle et me saluer m'a conseillé de continuer après le grand sanatorium pour aller passer la nuit dans une des bases de loisirs, celle avec une pancarte Tchéguéou.

Le camp TchGU de Manas vu de drone (copyright ???)

J'y suis donc allée, un peu intriguée par le mur de clôture qui faisait plus penser à une caserne qu'à un camping ou une base de loisirs. J'ai ensuite remarqué un grand portrait de Ramzan Kadyrov sur le mur de l'accueil, et un drapeau tchétchène.

Sharpudi & Rizvadi Ismailov : "БIаьрги нур" (lezginka tchétchène)

Bienvenue chez Ramzan Kadyrov...

Un gars jovial m'a dit en riant que la Tchétchénie était en train d'annexer le Daguestan, avant de m'expliquer que j'étais tout simplement dans un centre de vacances de l'Université d'Etat Tchétchène (ЧГУ). D'ailleurs, d'autres murs étaient ornés de citations du mégalo-président Ramzan Ahmadovitch Kadyrov.

Plutôt qu'un emplacement pour ma tente ou qu'une location de petit bungalow, j'ai eu droit à une des 2 maisons 'VIP", puis j'ai dîné avec la famille du directeur. Soirée au centre aéré du CROUS tchétchène : aprés le repas, on danse. On m'a expliqué que les Tchétchènes sont les plus hospitaliers des peuples du Caucase (je manque de recul pour confirmer ce point, mais... j'ai bien l'impression que ce sont les plus chauvins), et qu'il n'était pas question que je paye quoi que ce soit. Ils étaient aussi fiers de me dire que leur centre de vacances et leur plage étaient les plus propres du secteur : ça, c'était vrai. Parce que avant d'arriver là, j'avais vu pas mal de sacs poubelles ou autres détritus le long des routes ou chemins. Après un petit discours d'un prof, que les étudiants ont écouté rangés au garde-à-vous, j'ai pu assister à une séance de lezginka, la plus connue des danses du Nord Caucase. Je n'ai presque pas de photos, 2 des danseuses n'ont pas voulu que j'en prenne. Puis extinction des feux.

Bon accueil à la cusine de la cantine du camp TchGU Le lendemain, quand je me suis levée, mes hôtes et la plupart des étudiants étaient déjà partis à Derbent pour une cérémonie de remise de diplômes. Mais le directeur avait laissé des consignes à la cheftaine de la cantine : on m'a servi un copieux petit-déj avant mon bain de mer. La cuisinière a papoté avec moi ; ses 2 enfants ont à peine connu leur père, enlevé par "les fédéraux" et tué pendant la guerre de Tchétchénie.

Avant de repartir, j'ai prêté un moment ma chaise longue à pédales aux 2 jeunes assistants du concierge, tout le monde a trouvé ça bien amusant. Et bien sûr je suis invitée à visiter la riante Tchétchénie...

Essai de tricycle dans le camp TchGU de Manas. Vue de profil