Steppe dans la région frontalière Kazakhstan / Kyrgyzstan. Elevage de chevaux, vaches, moutons, et abeilles

Kudaibergen ansambl : "Конил кұй"

Je savais avant de partir (et la charmante hôtesse au comptoir Turkish Airlines de Cointrin le savait aussi) que sans visa, je n'avais pas le droit de rester plus de 30 jours consécutifs au Kazakhstan, alors que je suis partie pour 33 jours. J'avais décidé de faire un petit détour au Kyrgyzstan voisin pour réinitialiser mon compteur des 30 jours : on peut aussi entrer au Kyrgyzstan sans visa pour les séjours < 30 jours, la frontière n'est qu'à 30 km de Kegen, et le lac Yssyk Kul à 120 km, avec au passage un col à + de 2000, facile vu que Kegen est déjà à presque 1800m.

Abords du col de San-Tash. C'est plus vert qu'au Kazakhstan

A l'aller, j'ai passé la frontière en heure creuse, vite fait. Le plus long était d'attendre que les policiers kazakhs puis kyrgyzes essaient mon vélo à 3 roues en se photographiant les uns les autres (moi, j'avais pas le droit de prendre de photos). Au retour, y avait un peu de queue, à cause des Kazakhs qui rentrent de leur week-end au lac, mais le tricycle a été autorisé à dépasser les voitures donc je n'ai pas trop attendu.

Poste frontière de Karkara

Le reste du détour m'a pris un peu plus longtemps que prévu, à cause de quelques dizaines de kilomètres de pistes pas très roulantes (en passant, j'en profite pour rendre grâce à la suspension du trike AZUB Ti-Fly, elle amortit bien), et d'une petite tourista vraisemblablement causée par de la mayonez qui avait pris un coup de chaud. Mais cette semaine au Kyrgyzstan était bien agréable.

Aigles-volants synthétiques au-dessus d'une plage kyrgyze

Les Kyrgyzes sont culturellement et linguistiquement très proches des Kazakhs, mais leur pays est tout petit, ce qui permet, contrairement au Kazakhstan, d'avoir une multitude de paysages variés sur de courtes distances. Le Kyrgyzstan est donc, logiquement, devenu nettement plus touristique. Et comme il n'a, contrairement au Kazakhstan, pas d'énormes ressources minières et pétrolières, eh bien on y exploite les touristes, mais ça reste raisonnable pour un touriste de la zone euro. Ainsi à Karakol, point de passage de hordes de touristes, j'ai créché pour 1500 sums (20€/nuit) chez Svetlana, qui tient un gîte propret et très confortable : chambres impeccables avec douche à l'italienne, couette en duvet, p'tit-déj copieux et savoureux, et seulement 500 sums le supplément banya avec thé inclus (il y a bien moins cher, dans les "hostels" avec WC et douche communs)

Cimetière de Boz-Beshik. Au fond, chaîne des Terskey Ala Tau

Et puis, il suffit de sortir un peu des itinéraires touristiques classiques pour trouver des coins calmes ou fréquentés quasi exclusivement par des gens du coin. J'ai ainsi pris un.premier bain très tranquille sur la datchniy plyazh, la plage du coin des datchas à Mikaïlovka. Piotr, un retraité russe veuf depuis 2 ans, m'a tenu compagnie et m'a conseillé une autre petite plage à l'eau plus claire, un peu plus loin entre 2 vergers.

La plage des datchas â Mikhaïlovka

Ensuite, je suis tombée un peu par hasard, en suivant les indications de 2 villageois de Ak-Döbö, sur une plage très animée par les nombreuses familles kyrgyzes en week-end.

Plage fortement fréquentée par les locaux le week-end, environ 35km à l'ouest de Karakol

J'ai assisté à une fête célébrant les premiers pas de la petite dernière d'Adilet. A cette occasion, on entrave symboliquement les pieds du bambin avec un double fil de laine noire et blanche,

La petite dernière d'Adilet dont on fête les premiers pas, et à sa gauche, le gros lot de la journée : un mouton

et au moment de couper ce fil à la patte, les invités et autres passants participent à une course dont le bambin est la ligne d'arrivée, et dotée de divers lots, selon la catégorie de coureurs :

La course, catégorie Dames, avec des plats et divers ustensiles de cuisine à gagner

petits garçons, petites filles, hommes, et femmes.

La course pour le mouton à l'occasion de la fête des premiers pas de la fille d'Adilet

Le gros lot, pour l'homme le plus rapide, était rien moins qu'un mouton encore vivant, destiné à devenir assez rapidement kurdak, beshbarmak et autres shashliks.

Le gagnant de la course repart avec le gros lot : un délicieux mouton

Dès la fin de cette festivité, mon tricycle est naturellement devenu la principale attraction de la plage.

Et c'est parti pour une longue séance d'essais de tricycle et/ou de photos sur la chaise longue à pédales

J'avais pas le temps de souffler. Fallait que je donne quelques consignes : non, on ne tire pas le velosiped par les gaines de frein, on ne le pousse pas par les garde-boue, on ne monte pas à plus de 2 à la fois sur le siège, et le porte-bagages est réservé aux enfants de moins de 30 kilos, etc. Parfois on me demandait d'arbitrer sur qui ferait le tour suivant.

Trop petit pour atteindre les pédales ? Ce n'est pas un problème !

Elim, un brave gamin désireux lui aussi de piloter l'engin, est même venu timidement me demander si c'était gratuit. Ca faisait plaisir de voir sa mine réjouie au guidon de ma chaise longue à pédales. Par contre, les yourtes sur la plage n'étaient pas du tout gratuites, et si j'avais discuté le tarif avant d'y passer la nuit, je crois bien que j'aurais plutôt planté ma tente...

Yourte payante au prix d'un hôtel chic

Pour me remettre de cette trépidante journée, je suis allée me reposer au pansionat Marko Polo, une quinzaine de km plus à l'ouest.

Plage privée du pansionat Marko Polo, près de Boz-Beshik

Là, ce n'est pas le même public. Ma chambre avec balcon au pansionat Marko Polo. Admirez particulièrement la découpe de la moquette au niveau du seuil du balcon. En gros, c'est une résidence de luxe ex-soviétique rénovée, avec un parc verdoyant et une plage privée équipée de chaises longues sans pédales mais avec parasols, et avec un banya au bout d'un ponton en bois, pour pouvoir sauter directement du sauna dans le lac.

J'y ai passé 3 jours pour profiter du lac, et pour digérer la mayonnaise daubée du premier repas en pension complète...

Plage du pansionat Marko Polo vue depuis le quai du banya

Après cet intermède balnéaire, j'ai pris le chemin du retour, partiellement en taxi pour ne pas passer trop de temps sur la tôle ondulée entre Sary-Tölögöy et Karkara. Bye bye Kyrgyzstan. Oydon, mon chauffeur de Karakol à Karkyra Le chauffeur Oydon était intéressant, ancien apparatchik communiste, cultivé, plein d'entrain et d'humour, et plutôt content de pouvoir causer à un touriste occidental qui parlait russe. Quand je lui ai expliqué que j'avais un vélo aussi spécial à cause d'un accident qui m'avait laissé quelques séquelles évaluées à 10% d'invalidité, il m'a répondu qu'il mériterait lui aussi au moins 10% d'invalidité vu qu'il avait 10 ans de plus que moi... Et il a continué à chanter.